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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300055

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300055

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300055
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bastia a annulé la décision tacite de non-opposition du maire d'Olmeto à une déclaration préalable de division parcellaire, prise sur le fondement de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Le juge a estimé que le projet, situé dans un espace d'habitat diffus et éloigné du village, ne respectait pas l'obligation de continuité avec une agglomération ou un village existant, telle que précisée par le PADDUC. Cette solution a été retenue malgré l'argument du pétitionnaire selon lequel la division n'étendait pas l'urbanisation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 12 janvier 2023, le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision tacite par laquelle le maire d'Olmeto ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de M. A B en vue de la division en deux lots à fin de construire de la parcelle cadastrée section D n° 737, située au lieudit " Aria di a Teppa ".

Le préfet soutient que la décision attaquée méconnaît l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2023 et un mémoire non communiqué, enregistré le 25 août 2024, M. A B doit être regardé comme concluant au rejet de la requête. Il soutient que sa demande n'a pas pour effet d'étendre l'urbanisation, en ce qu'elle conduira, s'agissant d'un des lots, à remplacer deux immeubles par un seul.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a déposé le 22 août 2022 en mairie d'Olmeto une déclaration préalable en vue de la division en deux lots à fin de construire de la parcelle cadastrée section D n° 737, située au lieudit " Aria di a Teppa ". En application du a) de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, du silence de l'administration durant un mois est née, le 22 septembre 2022, une décision tacite de non-opposition à cette déclaration préalable. Le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.

3. Le plan d'aménagement et de développement durable de Corse (PADDUC), qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 2.

4. Il ressort des pièces du dossier et du site officiel Géoportail, accessible tant au juge qu'aux parties, que la construction projetée s'implante dans un espace d'habitat limité et diffus dont il n'est d'ailleurs ni établi ni même allégué en défense qu'il jouerait une fonction structurante à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire et serait identifié, eu égard à sa trame, à sa morphologie urbaine et aux indices de vie sociale, comme ayant un caractère stratégique pour l'organisation et le développement de la commune d'Olmeto. Cet espace étant situé à plusieurs kilomètres au sud du village d'Olmeto, ce projet ne se situe pas en continuité d'une agglomération ou d'un village au sens des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. Il s'ensuit que, nonobstant la circonstance que la division parcellaire projetée ne porte pas sur l'édification de constructions, le moyen tiré de l'inexacte application de ces dispositions doit être accueilli.

5. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à demander l'annulation de la décision tacite du maire d'Olmeto née le 22 septembre 2022.

D E C I D E :

Article 1er : La décision tacite du maire d'Olmeto née le 22 septembre 2022 est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corse-du-Sud, à la commune d'Olmeto et à M. A B.

Copie en sera adressée à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

H. NICAISE

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. NICAISE

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