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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300072

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300072

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS NEVEU- CHARLES & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 janvier 2023 et le 6 novembre 2023, la SCI I Cervi, représentée par la SELARL Neveu, A et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 21 juillet 2022 par lequel le maire de Pianottoli-Caldarello a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la mise en conformité d'un bâtiment principal existant, la création d'un chalet de stockage, d'une piscine, d'un jacuzzi surhaussé d'une palissade, d'espaces extérieurs de jeux pour les enfants et d'une clôture en bordure du terrain de camping " Kevano plage ", sur la parcelle cadastrée section D n° 420, située au lieudit " Pentaniella ", ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux présenté le 21 septembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Pianottoli-Caldarello de lui délivrer un permis de construire, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pianottoli-Caldarello la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- en l'absence de consultation effective du préfet de la Corse-du-Sud et d'avis de ce dernier, l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence ;

- cet arrêté est entaché d'un vice de forme en ce qu'il ne vise pas l'avis conforme du préfet de la Corse-du-Sud ;

- les travaux projetés ne sont pas soumis à une demande de permis d'aménager au sens l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme ;

- ces travaux ne relèvent pas d'une extension d'urbanisation au sens des articles L. 121-8 et L. 121-13 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023, la commune de Pianottoli-Caldarello, représentée par Me Giovannangeli, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCI I Cervi au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que :

- les moyens soulevés par la SCI I Cervi ne sont pas fondés ;

- par voie de substitution de motifs, les travaux en cause méconnaissent les articles L. 121-8, L. 121-9, L. 121-13 et L. 121-14 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Grech, avocat de la SCI I Cervi.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 21 juillet 2022, le maire de Pianottoli-Caldarello a refusé de délivrer à la SCI I Cervi un permis de construire pour la mise en conformité d'un bâtiment principal existant, la création d'un chalet de stockage, d'une piscine, d'un jacuzzi surhaussé d'une palissade, d'espaces extérieurs de jeux pour les enfants et d'une clôture en bordure du terrain de camping " Kevano plage ", sur la parcelle cadastrée section D n° 420, située au lieudit " Pentaniella ". Par une lettre notifiée à cette commune le 21 septembre 2022, la société pétitionnaire a présenté un recours gracieux auquel l'administration n'a pas répondu. La SCI I Cervi demande au tribunal d'annuler l'arrêté du maire de Pianottoli-Caldarello du 21 juillet 2022 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux née le 21 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 422-6 du code de l'urbanisme : " En cas d'annulation par voie juridictionnelle ou d'abrogation d'une carte communale, d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ou de constatation de leur illégalité par la juridiction administrative ou l'autorité compétente et lorsque cette décision n'a pas pour effet de remettre en vigueur un document d'urbanisme antérieur, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale recueille l'avis conforme du préfet sur les demandes de permis ou les déclarations préalables postérieures à cette annulation, à cette abrogation ou à cette constatation ". En application de ces dispositions, compte tenu de la déclaration d'illégalité de la carte communale de Pianottoli-Caldarello résultant du jugement n° 1901034 du tribunal administratif de Bastia du 6 mai 2021, le maire de cette commune devait recueillir l'avis conforme du préfet de la Corse-du-Sud avant de se prononcer sur les demandes d'autorisation d'urbanisme.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 423-59 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 752-4, L. 752-14 et L. 752-17 du code de commerce et des exceptions prévues aux articles R*423-60 à R*423-71-1, les collectivités territoriales, services, autorités ou commissions qui n'ont pas fait parvenir à l'autorité compétente leur réponse motivée dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'avis sont réputés avoir émis un avis favorable ".

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que par une lettre du 1er août 2022, le maire de Pianottoli-Caldarello a sollicité l'avis conforme du préfet de la Corse-du-Sud sur la demande de permis de construire de la SCI I Cervi. Toutefois, alors qu'il résulte des dispositions citées au point 3 que le préfet disposait d'un délai d'un mois pour transmettre son avis au maire, ce dernier s'est abstenu d'attendre l'achèvement de ce délai en signant l'arrêté litigieux le 21 juillet 2022. Il suit de là que la société requérante est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence.

5. En second lieu, aux termes de l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés de la délivrance d'un permis d'aménager : () c) La création ou l'agrandissement d'un terrain de camping permettant l'accueil de plus de vingt personnes ou de plus de six hébergements de loisirs constitués de tentes, de caravanes, de résidences mobiles de loisirs ou d'habitations légères de loisirs () ". Il résulte de ces dispositions que la création, l'agrandissement ou le réaménagement d'un terrain de camping suppose la délivrance d'un permis d'aménager lorsque les seuils règlementairement fixés sont atteints.

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les travaux projetés, cités au point 1, conduisent à augmenter l'accueil au sein du camping " Kevano plage " ou l'hébergement des personnes. Dès lors, sans que la commune de Pianottoli-Caldarello puisse utilement soutenir que le camping bénéficie d'un classement, depuis 2017, pour 160 emplacements, dont 16 " grand confort caravane ", la SCI I Cervi est fondée à soutenir que l'arrêté litigieux a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la demande de substitution de motif présentée en défense, la SCI I Cervi est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Pianottoli-Caldarello du 21 juillet 2022 et de sa décision implicite de rejet de son recours gracieux née le 21 novembre 2022.

8. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués par la SCI I Cervi ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.

10. Le présent jugement censure le motif opposé par le maire de Pianottoli-Caldarello à la demande de permis de construire déposée par la SCI I Cervi. Néanmoins, il résulte de l'instruction que la parcelle devant accueillir la construction litigieuse se situe dans un espace d'habitat diffus, composé de quelques constructions qui ne sont constitutives, par la trame et la morphologie de cet espace, ni d'un village ni d'une agglomération au sens des prescriptions du PADDUC. Dès lors, l'application des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles qu'éclairées par le PADDUC fait obstacle à ce que le maire de Pianottoli-Caldarello délivre le permis de construire demandé par la SCI I Cervi en tant qu'il porte sur l'ensemble des travaux projetés, hormis la mise en conformité du bâtiment principal existant du camping " Kevano plage ". Par suite, l'exécution du présent jugement implique seulement que le maire délivre à cette société un permis de construire en tant qu'il porte sur ce bâtiment et se prononce à nouveau sur les autres travaux projetés. Il y a lieu de lui enjoindre de le faire dans le délai de deux mois sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

11. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Pianottoli-Caldarello une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCI I Cervi et non compris dans les dépens. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la SCI I Cervi, qui n'est pas la partie perdante, verse à la commune de Pianottoli-Caldarello une quelconque somme au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Pianottoli-Caldarello du 21 juillet 2022 et la décision implicite de rejet du recours gracieux de la SCI I Cervi née le 21 novembre 2022 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Pianottoli-Caldarello de délivrer à la SCI I Cervi un permis de construire en vue de la mise en conformité du bâtiment principal existant et de réexaminer la demande de permis de construire de cette société en tant qu'elle porte sur les autres travaux projetés, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Pianottoli-Caldarello versera à la SCI I Cervi une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI I Cervi et à la commune de Pianottoli-Caldarello.

Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

H. NICAISE

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. B

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