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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300122

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300122

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300122
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC+
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 février 2023 et le 9 avril 2023, M. B A, représenté par Me Tall, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours, le tout sous astreinte de 50 euros par jour de retard

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation ;

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- ces décisions méconnaissent les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la mesure d'éloignement est prise sur le fondement d'un refus de séjour illégal ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est prise sur le fondement de décisions illégales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est prise sur le fondement de décisions illégales.

La requête a été communiquée au préfet de la Corse-du-Sud qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant sénégalais né le 3 août 1992, M. A est entré en France le 20 septembre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour, en qualité d'étudiant, valable jusqu'au 7 septembre 2019. Il a séjourné en France sous couvert de titres de séjour portant la mention " étudiant " jusqu'au 7 octobre 2022. Il a sollicité un changement de statut, le 28 novembre 2022, afin d'obtenir la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Le préfet de la Corse-du-Sud a, par un arrêté du 31 janvier 2023, fait obligation à M. A de quitter sans délai le territoire français, fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. L'arrêté attaqué mentionne les dispositions applicables et les éléments propres à la situation personnelle du requérant. Ainsi et alors qu'il n'avait pas à indiquer la totalité des informations relatives à la situation de l'intéressé, il comporte une indication suffisante des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions prises par le préfet manque ainsi en fait et doit être écarté.

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, eu égard notamment à la motivation de l'arrêté attaqué, le préfet de la Corse-du-Sud n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de M. A.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A séjourne en France depuis le 20 septembre 2018 pour y effectuer des études. Il est célibataire et sans enfant. Il n'établit pas avoir des attaches familiales sur le territoire national ni y avoir noué des liens d'une particulière intensité. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français méconnaissent les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

6. Si M. A est entré sous couvert d'un visa de long séjour et y réside depuis lors de manière continue, ce séjour a été effectué en qualité d'étudiant. Ainsi qu'il a été indiqué au point précédent, l'intéressé, célibataire et sans enfant, n'établit pas avoir des attaches familiales ni des relations d'une particulière intensité sur le territoire national. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que s'il a été recruté par contrat de travail à durée indéterminée à compter du 11 janvier 2023 à la suite de l'autorisation de travail délivrée le 15 novembre 2022, le requérant ne dispose d'aucun titre de séjour depuis le 7 octobre 2022. Dans ces conditions, et compte tenu de la durée limitée de sa présence en France, ni le refus de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié, ni la mesure d'éloignement, ne sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que le refus de séjour n'étant pas entaché d'illégalité, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi n'ont pas été prises sur le fondement d'une décision illégale.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " En se bornant à soutenir que le préfet n'a pas pris en considération les éléments relatifs à sa vie privée et familiale, le requérant n'établit pas que la décision fixant le pays de destination méconnaît les dispositions précitées.

9. Il résulte de ce qui précède que le refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi ne sont pas entachées d'illégalité. Il suit de là que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'a pas été prise sur le fondement de décisions illégales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2023 du préfet de la Corse-du-Sud. Il suit de là que sa requête doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, où siégeaient :

- M. Vanhullebus, président,

- M. Martin, premier conseiller,

- Mme Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

Le président-rapporteur,

Signé

T. CL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

J. MARTIN

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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