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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300126

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300126

lundi 5 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300126
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS BERENGER BLANC BURTEZ-DOUCEDE & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bastia a été saisi d’un recours en excès de pouvoir par les consorts F contre un arrêté du maire de Luri du 9 mai 2022 accordant un permis de construire une maison individuelle à M. C. La juridiction a rejeté la requête comme irrecevable, faute pour les requérants de justifier d’un intérêt à agir au sens de l’article L. 600-1-2 du code de l’urbanisme, leur propriété n’étant pas directement affectée par le projet. Les moyens soulevés, notamment la méconnaissance des articles R. 423-23, R. 431-8, R. 431-9, R. 431-16 et L. 421-6 du code de l’urbanisme ainsi que du règlement du plan local d’urbanisme, n’ont pas été examinés au fond.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistré les 2 février et 4 mai 2023, Mme B F, Mme D F et M. A F, représentés par Me Hachem, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 mai 2022 par lequel le maire de la commune de Luri a délivré à M. C un permis de construire en vue de l'édification d'une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section K n° 1414, située au lieudit " Partina Liccetu ", ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux introduit le 5 octobre 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Luri et de M. C la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- le permis de construire est entaché d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, en l'absence de consultation de l'autorité de gestion de la voirie ;

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet au regard des exigences posées par les articles R. 431-8, R. 431-9 et R. 431-16 du code de l'urbanisme ;

- le permis de construire méconnaît l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme dès lors que le projet constitue un ensemble immobilier unique avec la construction mitoyenne ;

- il méconnaît les dispositions de l'article N1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune en ce que des aménagements relatifs à la collecte des eaux pluviales ont vocation à être implantés en zone naturelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 mars et 25 mai 2023, la commune de Luri, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, les requérants ne justifient pas d'un intérêt pour agir ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2024, M. E C, représenté par Me Reboul, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- à titre principal :

. les requérants ne justifient pas de leur qualité et intérêt pour agir ;

. leur requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zerdoud,

- les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique.

1. Par un arrêté du 9 mai 2022, le maire de la commune de Luri a délivré à M. C un permis de construire en vue de l'édification d'une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section K n° 1414, située au lieudit " Partina Liccetu ". Par un courrier en date du 5 octobre 2022, reçu le 10 octobre suivant et resté sans réponse, Mmes et M. F ont sollicité du maire de Luri l'annulation de ce permis de construire. Par la présente requête, les intéressés demandent au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 9 mai 2022 et celle de la décision implicite de rejet de leur recours gracieux.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne () n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.

4. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle dont Mmes et M. F sont propriétaires, ne jouxte pas immédiatement la parcelle K n° 1412 sur laquelle porte le projet en litige, dont elle est séparée par la parcelle K n° 1413. Si Mmes et M. F soutiennent que le projet en litige leur préjudicie dès lors qu'une habitation supplémentaire générera nécessairement du trafic routier, il ne ressort pas des pièces du dossier que la construction, qui prévoit un accès spécifique sur la rue communale, serait de nature à occasionner une telle gêne. En outre, en se bornant à produire des vues aériennes et des plans des parcelles, eu égard à la nature, à l'orientation de la construction projetée, à sa faible hauteur et à son intégration dans la pente naturelle du terrain, Mmes et M. F n'établissent pas que les vues qu'ils auraient sur l'habitation en litige et la perte d'ensoleillement qui résulterait de la réalisation du projet, à les supposer avérées, seraient de nature à affecter leurs conditions d'occupation, de jouissance ou d'utilisation de leur bien. Dans ces circonstances, à défaut d'intérêt direct et personnel à contester la décision du maire de Luri, l'intérêt à agir des requérants n'est pas caractérisé. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être accueillie.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mmes et M. F doit être rejetée en toute ses conclusions.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mmes et M. F la somme que la commune de Luri et M. C demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par les requérants soient mises à la charge de de la commune de Luri et de M. C, qui ne sont pas les parties perdantes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mmes et M. F est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, à Mme D F, à M. A F, à la commune de Luri et à M. E C.

Délibéré après l'audience du 10 avril 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Zerdoud, conseillère,

M. Samson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2025.

La présidente,

Signé

A. Baux

Le rapporteur,

Signé

I. Zerdoud

La greffière,

Signé

H. Mannoni

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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