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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300141

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300141

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 février 2023, M. A B, représenté par Me Souidi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 23 2A 200 01 du 3 janvier 2023 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de séjour est entaché d'un défaut de motivation en raison du caractère contradictoire de celle-ci ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 233-1 et suivants et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale ;

- il méconnaît l'article 27 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 ;

- c'est à tort que l'arrêté attaqué fait état d'une réitération d'infractions ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il fait mention d'une suspension de permis de conduire ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il le regarde comme constituant une menace pour l'ordre public ;

- ce refus méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation en raison du caractère contradictoire de celle-ci ;

- elle est entachée des mêmes erreurs de droit et de fait que le refus de séjour ;

- la mesure d'éloignement méconnaît l'article 28 de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article 6 de la directive 2008/115/UE du 16 décembre 2008 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle le regarde comme constituant une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Corse-du-Sud qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 ;

- la directive 2008/115/UE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Vanhullebus,

- et les observations de Me Souidi, représentant M. B.

Une note en délibéré présentée par M. B a été enregistrée le 16 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant tunisien né le 16 juin 1990, M. B est entré en France le 19 décembre 2013 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour, valable jusqu'au 9 décembre 2014. Il a fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français le 31 juillet 2015 puis le 7 janvier 2020 dont les demandes d'annulation ont été rejetées par jugements du tribunal administratif de Bastia respectivement le 19 novembre 2015 et le 9 juin 2020. Ayant épousé une ressortissante polonaise le 31 mai 2021, il a sollicité, le 26 janvier 2022, la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 3 janvier 2023, le préfet de la Corse-du-Sud a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 200-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : () 3° Des membres de famille des citoyens de l'Union européenne et des étrangers qui leur sont assimilés, tels que définis à l'article L. 200-4 () ". L'article L. 200-4 prévoit que " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : 1° Conjoint du citoyen de l'Union européenne () ". L'article L. 200-6 dispose que " Les restrictions au droit de circuler et de séjourner librement en France prononcées à l'encontre de l'étranger dont la situation est régie par le présent livre ne peuvent être motivées que par un comportement qui constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. " Aux termes de l'article L. 233-1 : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". Selon l'article L. 233-2 : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. " Aux termes de l'article L. 233-5 : " Sauf application des mesures transitoires prévues par le traité d'adhésion du pays dont ils sont ressortissants, les ressortissants de pays tiers mentionnés aux articles L. 200-4 ou L. 200-5 âgés de plus de dix-huit ans ou, lorsqu'ils souhaitent exercer une activité professionnelle, d'au moins seize ans, doivent être munis d'un titre de séjour. Ce titre, dont la durée de validité correspond à la durée de séjour envisagée du citoyen de l'Union européenne qu'il accompagne ou rejoint dans la limite de cinq années, porte la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union " et donne à son titulaire le droit d'exercer une activité professionnelle. "

3. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. B, conjoint d'une citoyenne de l'Union européenne, le préfet a considéré que le comportement de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public, au motif que M. B a fait l'objet, le 10 janvier 2022, d'une suspension administrative de son permis de conduire pour une durée de quatre mois à la suite d'une infraction au code de la route pour excès de vitesse constatée le 9 janvier 2022 et qu'il a été contrôlé le 28 juin 2022 pour conduite d'un véhicule à moteur malgré une suspension administrative de permis de conduire. Il ressort toutefois d'une jurisprudence constante de la Cour de justice de l'Union européenne qu'un citoyen de l'Union ayant fait usage de son droit à la libre circulation et certains membres de sa famille ne peuvent être considérés comme représentant une menace pour l'ordre public que si leur comportement individuel représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave, affectant un intérêt fondamental de la société de l'État membre concerné. En dépit de leur gravité et des exigences de protection et de sécurité routière, les faits reprochés à M. B par le préfet de la Corse-du-Sud ne peuvent être regardés comme suffisants en l'espèce pour caractériser un comportement représentant une menace réelle, actuelle et suffisamment grave, affectant un intérêt fondamental de la société. Il suit de là que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour.

4. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. " L'article L. 251-3 prévoit, en son premier alinéa, que " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. "

5. Il résulte de ce qui a été indiqué au point 3 que les décisions faisant obligation à M. B de quitter le territoire français, fixant à trente jours le délai de départ volontaire et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation du refus de lui délivrer un titre de séjour.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 janvier 2023 du préfet de la Corse-du-Sud.

7. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un titre de séjour portant la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union " soit délivré au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud de délivrer ce titre de séjour au requérant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. B.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté n° 23 2A 200 01 du 3 janvier 2023 du préfet de la Corse-du-Sud est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Corse-du-Sud de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, où siégeaient :

- M. Vanhullebus, président,

- M. Martin, premier conseiller,

- Mme Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Le président-rapporteur,

Signé

T. VANHULLEBUSL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

J. MARTIN

Le greffier,

Signé

A. AUDOUIN

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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