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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300144

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300144

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300144
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMAESTRINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 février 2023, M. A B, représenté par Me Maestrini, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 2022-31 du 28 novembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Corse a refusé de renouveler son certificat de résidence ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Haute-Corse de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- cette décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision méconnaît les stipulations des articles 6, 5°, 6, 7° et 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2023, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, une telle décision n'existant pas.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Nathalie Sadat a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 18 août 1976, titulaire d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " délivré le 30 décembre 2021 et valable un an, en a sollicité le renouvellement le 24 novembre 2022. Par un arrêté du 28 novembre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Haute-Corse lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité.

Sur les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français :

2. Ainsi qu'il a été dit au point 1, l'arrêté préfectoral a refusé la délivrance d'un titre de séjour. Les conclusions de M. B tendant à l'annulation d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sont dirigées contre une décision qui n'existe pas, en dépit de la mention d'une telle décision par le courrier de notification de l'arrêté litigieux. Par suite, ces conclusions ne peuvent être que rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant refus de renouveler un titre de séjour :

3. En premier lieu, le préfet de la Haute Corse a, par un arrêté n° 2B-2022-08-24-00003 du 24 août 2022 publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, donné délégation à Mme C, directrice de cabinet du préfet, à l'effet de signer notamment " () pendant les permanences du corps préfectoral () toutes décisions, arrêtés et mesures d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "

5. L'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète tant les conditions d'admission des ressortissants algériens à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle, que les règles relatives à la nature et à la durée des titres de séjour pouvant leur être délivrés, sans pour autant écarter, sauf dispositions contraires expresses, l'application des dispositions procédurales qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour, dès lors que la situation dans laquelle se trouvent ces ressortissants algériens entre à la fois dans les prévisions de l'accord et dans celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte en revanche de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non du cas de tous les étrangers qui s'en prévalent.

6. M. B fait valoir qu'il remplit la condition relative à la durée de résidence habituelle exigée par les dispositions précitées. Toutefois, il se borne à produire une attestation de dépôt de demande d'asile territorial datée du mois de juin 2001 et il ne justifie par aucune pièce de sa durée de présence sur le territoire. Par suite, M. B ne justifiant pas résider habituellement en France depuis plus de 10 ans à la date de l'arrêté attaqué, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet devait consulter la commission du titre de séjour avant de prendre l'arrêté attaqué.

7. En troisième lieu, l'arrêté attaqué précise sur quelles dispositions il se fonde et les motifs de refus retenus. Il comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

8. En quatrième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement d'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une des stipulations d'un accord bilatéral, le préfet n'est pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code ou de cet accord.

9. Si M. B soutient que l'arrêté méconnaît les stipulations du 5) et du 7) de l'article 6 et de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, il ne soutient pas qu'il aurait sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de ces stipulations ou de l'une d'entre elles. En tout état de cause, d'une part, l'intéressé produit la copie d'un contrat à durée indéterminée signé postérieurement à l'arrêté attaqué, alors qu'il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'il est divorcé et n'a pas d'enfant et que le refus opposé par le préfet est motivé par sa condamnation par le tribunal correctionnel de Bastia le 18 avril 2017 à une peine d'un an et six mois d'emprisonnement pour des faits de transport, détention et offre ou cession de stupéfiants et le 20 mai 2019 par le tribunal de grande instance de Bastia au paiement d'une amende de cinquante euros pour vol. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien. D'autre part, le requérant soutient qu'il est atteint de troubles psychiques, qu'il souffre d'un asthme qui nécessite un traitement régulier, et qu'il bénéficie de l'allocation aux adultes handicapés pour un taux d'invalidité compris entre 50 et 80 %. Cependant, les pièces produites ne permettent pas d'attester que la décision attaquée emportera des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ni qu'il ne pourrait poursuivre le traitement des pathologies dont il souffre dans son pays d'origine. En outre, la circonstance que le requérant bénéficie d'une allocation aux adultes handicapés n'est pas par elle-même de nature à établir que son état de santé nécessite un traitement médical ni que ce traitement ne peut être reçu dans le pays d'origine. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien. Enfin, l'article 7 bis de l'accord franco-algérien n'est ouvert qu'aux Algériens qui relèvent de l'article 7 et le requérant ne justifiant par aucune pièce entrer dans le champ de cet article ne peut utilement se prévaloir de l'inexacte application de l'article 7 bis. Il suit de là que le requérant ne saurait utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations précitées.

10. En cinquième et dernier lieu, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 du même code relative à la production, par l'étranger, d'un visa de long séjour. Cet article, qui est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France à raison de liens personnels et familiaux, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, le moyen tiré par M. B de la violation des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté comme inopérant.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté portant refus de renouveler son certificat de résidence.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Corse.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, où siégeaient :

- M. Vanhullebus, président,

- M. Jan Martin, premier conseiller,

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

N. SADATLe président,

Signé

T. VANHULLEBUS

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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