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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300225

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300225

vendredi 28 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat statuant seul
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 février et 18 avril 2023, Mme C A, représentée par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 15 décembre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul, à raison d'une infraction commise le 21 décembre 2021, ainsi que les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 3 novembre 2018, 3 mars 2019, 4 juin 2019, 25 mars 2020 et 15 décembre 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- s'agissant du retrait de points consécutif à l'infraction du 21 décembre 2021, visé dans la décision référencée " 48 SI " du 15 décembre 2022, sa motivation est insuffisante et aucune indication ne permet de caractériser le caractère définitif de la condamnation du 14 novembre 2022 ;

- l'administration n'a pas satisfait à l'obligation d'information préalable prescrite à l'article L. 223-3 du code de la route s'agissant des infractions commises les 3 novembre 2018, 3 mars 2019, 4 juin 2019, 25 mars 2020 et 15 décembre 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir présenté son rapport au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande au tribunal d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 15 décembre 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul, à raison d'une infraction commise le 21 décembre 2021, ainsi que les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 3 novembre 2018, 3 mars 2019, 4 juin 2019, 25 mars 2020 et 15 décembre 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de motivation de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 21 décembre 2021 :

2. Aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision " 48 SI " du 15 décembre 2022, qui notifie à Mme A la décision de retrait de points consécutive à l'infraction commise le 21 décembre 2021, l'informe de la date, du lieu et de la qualification de l'infraction. Elle précise que la réalité de l'infraction a été établie, conformément à l'article L. 223-1 du code de la route, par la condamnation devenue définitive prononcée à son encontre le 14 novembre 2022 par le tribunal d'instance ou de police de Dieppe, et qu'en application de l'article L. 223-3 du code de la route, cette infraction a entrainé de plein droit la perte de trois points de son permis de conduire. Cette décision, qui énonce les considérations de droit et de fait en constituant le fondement, est ainsi régulièrement motivée.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :

4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document. La preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

S'agissant de l'infraction commise le 3 novembre 2018 :

5. Lorsqu'une contravention soumise à la procédure de l'amende forfaitaire est relevée avec interception du véhicule et donne lieu au paiement immédiat de l'amende entre les mains de l'agent verbalisateur, le contrevenant se voit remettre, en application de l'article R. 49-2 du code de procédure pénale, une quittance de paiement. Le modèle de cette quittance comporte une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui doit être regardée comme ayant été délivrée préalablement au paiement de l'amende dès lors que le contrevenant conserve la faculté de renoncer à la modalité du paiement immédiat de l'amende avant de procéder à la signature de la quittance ou, le cas échéant, d'inscrire sur celle-ci une réserve sur les modalités selon lesquelles l'information lui avait été délivrée. Il suit de là qu'il incombe à l'administration d'apporter la preuve, par la production de la souche de la quittance dépourvue de réserve sur la délivrance de l'information, que celle-ci est bien intervenue préalablement au paiement. La mention, au système national des permis de conduire, du paiement immédiat de l'amende forfaitaire au titre d'une infraction relevée avec interception du véhicule n'est donc pas, à elle seule, de nature à établir que le titulaire du permis a été destinataire de l'information requise.

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral de l'intéressée, que l'amende forfaitaire concernant l'infraction commise le 3 novembre 2018 a été acquittée le jour même. Toutefois, l'administration, à qui incombe la charge de la preuve, ne produit pas le duplicata de la quittance, dépourvue de réserve, qui aurait été remise à la contrevenante en cas de paiement immédiat entre les mains de l'agent verbalisateur. Elle ne produit pas non plus le procès-verbal de constatation de cette infraction, de nature à établir la remise à la contrevenante d'un avis de contravention comportant l'ensemble des informations requises. En l'absence de production de l'un ou l'autre de ces documents, la mention, au système national des permis de conduire, du paiement le jour même de l'amende forfaitaire n'est pas, à elle seule, de nature à établir que l'intéressée a été destinataire de l'information requise, en dépit de la production en défense de la copie d'écran d'une application informatique relative à l'infraction du 3 novembre 2018 et du bordereau de versement des quittances à souche d'encaissement immédiat, sur lequel apparaît la somme versée par la conductrice.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision de retrait de trois points consécutive à cette infraction.

S'agissant des infractions commises les 3 mars 2019, 4 juin 2019, 25 mars 2020 et 15 décembre 2020 :

8. Ainsi qu'il a été dit au point 4, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par un outil dédié ou par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

9. Il ressort des mentions " AF " portées sur le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de Mme A, que l'intéressée s'est acquitté de l'amende forfaitaire correspondant aux infractions des 4 juin 2019 et 15 décembre 2020, constatées par procès-verbal électronique, ainsi qu'aux infractions des 3 mars 2019 et 25 mars 2020 constatées par radar. Ainsi, la requérante, qui ne conteste pas le paiement de ces amendes, a nécessairement reçu des courriers du ministre de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de son paiement. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, alors que Mme A n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis ou qu'elle a reçu, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission de ces infractions doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle lui retire trois points du capital de son permis de conduire à raison de l'infraction commise le 3 novembre 2018.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Le présent jugement implique nécessairement que le ministre de l'intérieur restitue trois points sur le capital de points du permis de conduire de Mme A, dans la limite d'un capital maximum de douze points, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décisions par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré trois points du permis de conduire de Mme A à la suite de l'infraction commise le 3 novembre 2018, ainsi que la décision référencée " 48 SI " du 15 décembre 2022 en tant qu'elle invalide son permis de conduire sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à Mme A trois points sur le capital de points de son permis de conduire, dans la limite d'un capital maximum de douze points, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juillet 2023.

La magistrate désignée,

Signé

C. B

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

H. MANNONI 25

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