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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300234

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300234

vendredi 30 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300234
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat statuant seul
Avocat requérantSILVESTRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 mars 2023, M. B A, représenté par Me Silvestri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2023-09 du 7 février 2023 par lequel le préfet de la Haute-Corse a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à défaut, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet ne l'a pas mis en mesure de compléter son dossier de demande d'admission au séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation professionnelle ;

- le préfet était tenu d'examiner la demande d'autorisation de travail ;

- la justification d'une visite médicale préalable et la présentation d'un visa ne sont pas requises dans le cas d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par le travail ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait relative à sa situation professionnelle ;

- le refus d'admission exceptionnelle au séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à l'ancienneté de son séjour et à son activité professionnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination sont dépourvues de base légale pour avoir été prises sur le fondement d'un refus illégal de délivrance d'un titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2023, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience publique, après présentation du rapport, les observations de Me Silvestri, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant marocain, né le 23 avril 1986, M. A déclare être entré en France au cours de l'année 2016. Il a sollicité, le 9 novembre 2021, son admission exceptionnelle au séjour par le travail. Le préfet de la Haute-Corse a rejeté cette demande par un arrêté du 7 février 2023 qui lui fait en outre obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixe le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. "

3. En relevant que M. A ne peut pas bénéficier d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans la mesure où il ne justifie pas remplir les conditions prévues à l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 relatives au contrôle médical d'usage et à la présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, le préfet de la Haute-Corse n'a pas entendu se fonder sur le caractère incomplet du dossier de demande de titre de séjour déposé par M. A mais a uniquement retenu le motif tiré de l'absence de contrôle médical et d'obtention d'une autorisation de travail à la date à laquelle il s'est prononcé sur cette demande. Le préfet, qui a ensuite constaté que le requérant n'établissait pas la durée de sa présence en France en l'absence de production de la copie d'un visa d'entrée ou de l'intégralité de son passeport, n'a pas considéré que le dossier de demande de titre de séjour n'était pas complet mais s'est borné à déduire de ces faits que l'intéressé ne pouvait pas se prévaloir d'une ancienneté de séjour significative susceptible de fonder son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que cette autorité aurait méconnu les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. L'arrêté attaqué mentionne les dispositions applicables, rappelle les éléments propres à la situation professionnelle et personnelle de M. A, relève que l'intéressé ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, constate que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour par le travail ne sont pas applicables au requérant, se prononce sur son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 435-1 et considère enfin que la situation de M. A ne justifie pas que le préfet la régularise dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire. Eu égard à la motivation de l'arrêté attaqué et à l'ensemble des éléments qui précèdent, le moyen tiré de ce que le préfet, qui n'est pas tenu de faire état dans sa décision de chacun des éléments propres au requérant, n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation professionnelle de celui-ci ne peut qu'être écarté.

5. Si M. A produit la copie d'une annexe 1, " Information relative au versement par l'employeur à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la taxe due pour l'emploi d'un salarié étranger en France ", il n'établit pas que la personne susceptible de l'employer aurait saisi l'administration d'une demande d'autorisation de travail au profit du requérant. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait pas légalement lui opposer le défaut d'obtention d'une autorisation de travail au motif qu'il lui appartenait de se prononcer sur une demande d'autorisation de travail ou de la transmettre aux services compétents, ne peut qu'être écarté. Au demeurant, à supposer même qu'une autorisation de travail ait été délivrée à l'employeur, l'absence de possession par M. A du visa de long séjour exigé par les dispositions de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux Marocains en application des stipulations de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, fait obstacle à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations du premier alinéa de l'article 3 de cet accord.

6. Ainsi qu'il a été indiqué au point 4, le préfet a d'abord relevé que l'intéressé ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, faute pour lui de s'être soumis au contrôle médical d'usage et d'avoir été autorisé à travailler. Il a ensuite constaté que M. A, ressortissant marocain, n'entrait pas dans le champ des prévisions des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour par le travail. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la justification d'une visite médicale préalable et la présentation d'un visa ne sont pas requises dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par le travail est inopérant. Il doit par suite être écarté.

7. Le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'une erreur de fait pour les motifs indiqués aux points 15 et 16 de la requête ne sont pas assortis de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier la portée ou le bien-fondé.

8. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention () " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

9. M. A se déclare célibataire et sans enfant. Il n'établit ni avoir des attaches familiales en France ni être dépourvu de telles attaches dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de trente ans. Le caractère habituel de sa présence sur le territoire national n'est pas démontré avant les mois d'avril 2017, par la production de relevés bancaires, et de mai 2018, par la production de factures de consommation d'énergie électrique. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu de ces éléments, le préfet aurait fait une appréciation manifestement erronée de la situation personnelle de M. A en refusant son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale ou en refusant de régulariser sa situation dans le cadre de l'exercice de son pouvoir général de régularisation.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Haute-Corse a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Il suit de là que les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant à trente jours le délai de départ volontaire et déterminant le pays de destination sont dépourvues de base légale pour avoir été prises sur le fondement d'un refus illégal de délivrance d'un titre de séjour, doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Il suit de là que la requête ne peut qu'être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Corse.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.

Le rapporteur,

Signé

T. VANHULLEBUSLa greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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