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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300268

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300268

lundi 13 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300268
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationRéconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 mars 2023, M. C A, représenté par Me Solinski, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 7 mars 2023 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté en date du 7 mars 2023 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud l'a assigné à résidence dans le département de la Corse-du-Sud pour une durée de 45 jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il vit en France depuis 2021, y travaille et a pu y développer des relations sentimentales ;

- il justifie d'une activité professionnelle lui permettant de bénéficier d'un titre de séjour mention " travail " ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet de la Corse-du-Sud qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Jan Martin, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 13 mars 2023 à 10 heures en présence de Mme Alfonsi, greffière d'audience, M. B a lu son rapport.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté du 7 mars 2023, le préfet de la Corse-du-Sud a obligé M. A, ressortissant tunisien âgé de 29 ans, sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par l'arrêté du même jour, le préfet l'a assigné à résidence dans le département de la Corse-du-Sud pour une durée de 45 jours. M. A demande au tribunal d'annuler ces deux actes.

2. En premier lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'est entré sur le territoire français qu'en 2021. S'il prétend qu'un cousin réside également en France et y avoir développé une vie conjugale, il ne produit qu'une attestation à l'appui de ses allégations, alors qu'il ne conteste pas avoir conservé ses attaches familiales en Tunisie. Dès lors, nonobstant la circonstance qu'il a conclu un contrat de travail à durée indéterminée le 24 novembre 2022, l'arrêté portant obligation de quitter sans délai le territoire français ne porte pas au requérant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

4. En deuxième lieu et en tout état de cause, la seule circonstance qu'il justifie d'une activité professionnelle ne saurait suffire à justifier la délivrance d'un titre de séjour au titre du travail qu'il n'a au demeurant pas sollicité.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

6. M. A se borne à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans prononcée à son encontre n'est pas justifiée et disproportionnée. Il ne se prévaut cependant d'aucune circonstance humanitaire qui justifierait qu'une telle interdiction ne soit pas prise. En outre, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, il n'apparait pas que la durée de cette interdiction de retour soit excessive.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Corse-du-Sud du 7 mars 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour sur ce territoire. Par voie de conséquence, ses conclusions dirigées contre l'arrêté du même jour portant assignation à résidence, au demeurant assorties d'aucun moyen propre, ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sans qu'il y ait lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Corse-du-Sud.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2023.

Le magistrat désigné,

Signé

J. B

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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