vendredi 30 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2300404 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Magistrat statuant seul |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 avril 2023, M. B, représenté par Me Darmon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2023-23 du 29 mars 2023 par lequel le préfet de la Haute-Corse a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans le délai de trente jours à compter du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus de titre de séjour porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, compte tenu de la durée de sa présence sur le territoire français, des attaches familiales et des liens personnels qu'il y a noués, de sa situation professionnelle et de ce qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Vanhullebus a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant sénégalais né le 24 janvier 1970, M. A déclare être entré en France au cours de l'année 2015, sans toutefois l'établir. Il ressort de l'examen des timbres humides apposés sur les pages de son passeport que sa dernière entrée sur le territoire national date du 31 mars 2022, par l'aéroport de Marseille-Provence. Il a sollicité, le 7 octobre 2022, son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par un arrêté du 29 mars 2023, le préfet de la Haute-Corse a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
3. M. A n'établit pas avoir des attaches familiales en France, ni en être dépourvu dans son pays d'origine où vivent son épouse et les enfants nés de leur union. S'il allègue être entré en France au cours de l'année 2015, à l'âge de quarante-cinq ans, sans toutefois le démontrer, il ne justifie, par la production de certificats et de contrats de travail à durée déterminée ainsi que de bulletins de paie, d'une présence habituelle sur le territoire national qu'au titre des seules années 2015 à 2017 puis 2021 et 2022. Il a au demeurant fait l'objet le 6 juin 2017 d'une procédure de réadmission en Italie dont les autorités lui ont délivré un titre de séjour de longue durée Union européenne, en cours de validité à la date de l'arrêté attaqué. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. A et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Haute-Corse n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit, par suite, être écarté.
4. Pour les motifs indiqués au point 3, les décisions attaquées ne sont pas non plus entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A.
5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Il suit de là que la requête ne peut qu'être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de la Haute-Corse.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé
T. VANHULLEBUSLa greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
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