mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2300447 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré, enregistré le 14 avril 2023, le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir le certificat d'urbanisme n° CU b 2A 288 23 R0001 délivré le 24 février 2023 à M. B A pour la construction de deux résidences sur les parcelles cadastrées section B n°s 2050 et 2051, situées strada di Livia au lieudit Biaculonu.
Le préfet soutient que l'arrêté litigieux méconnaît :
- l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme ;
- l'article L. 122-10 du même code.
Par un mémoire, enregistré le 12 mai 2023, la commune de Sotta, représentée par son maire, conclut au rejet du déféré. La commune soutient que les moyens du préfet ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 12 mai 2023, M. B A conclut au rejet du déféré. Il soutient que les moyens du préfet ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;
- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Corse-du-Sud défère au tribunal le certificat d'urbanisme n° CU b 2A 288 23 R0001 délivré le 24 février 2023 à M. A par le maire de Sotta pour la construction de deux résidences sur les parcelles cadastrées section B n°s 2050 et 2051, situées strada di Livia au lieudit Biaculonu.
2. Aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions () ".
3. Il résulte des dispositions citées ci-dessus que l'urbanisation en zone de montagne, sans être autorisée en zone d'urbanisation diffuse, peut être réalisée non seulement en continuité avec les bourgs, villages et hameaux existants, mais également en continuité avec les " groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants " et qu'est ainsi possible l'édification de constructions nouvelles en continuité d'un groupe de constructions traditionnelles ou d'un groupe d'habitations qui, ne s'inscrivant pas dans les traditions locales, ne pourrait être regardé comme un hameau. L'existence d'un tel groupe suppose plusieurs constructions qui, eu égard notamment à leurs caractéristiques, à leur implantation les unes par rapport aux autres et à l'existence de voies et de réseaux, peuvent être perçues comme appartenant à un même ensemble. Pour déterminer si un projet de construction réalise une urbanisation en continuité par rapport à un tel groupe, il convient de rechercher si, par les modalités de son implantation, notamment en termes de distance par rapport aux constructions existantes, ce projet sera perçu comme s'insérant dans l'ensemble existant.
4. Le PADDUC (plan d'aménagement et de développement durable de la Corse), qui peut préciser les modalités d'application de ces dispositions en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, adopté par la délibération n° 15/235 AC du 2 octobre 2015 de l'assemblée de Corse, prévoit qu'un bourg est un gros village présentant certains caractères urbains, qu'un village est plus important qu'un hameau et comprend ou a compris des équipements ou lieux collectifs administratifs, culturels ou commerciaux, et qu'un hameau est caractérisé par sa taille, le regroupement des constructions, la structuration de sa trame urbaine, la présence d'espaces publics, la destination des constructions et l'existence de voies et équipements structurants. Ces prescriptions apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières à la montagne. En revanche, le PADDUC se borne à rappeler les critères mentionnés ci-dessus et permettant d'identifier un groupe de constructions traditionnelles ou d'habitations existants et d'apprécier si une construction est située en continuité des bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants.
5. Il ressort des pièces du dossier et du site officiel Géoportail, librement accessible tant au juge qu'aux parties, que le terrain d'assiette du projet est situé à mi-distance du hameau de Salvadilevo, à l'ouest, et le village de Sotta, à l'est, dont il est éloigné d'environ un kilomètre et dont ce terrain ne fait pas partie. Il est localisé dans un espace d'habitat diffus dont les deux bâtiments adjacents situés au nord et les quelques constructions situées au nord-ouest, par leur implantation les unes par rapport aux autres, ne sauraient être regardés comme formant un espace urbanisé structuré au sens des dispositions précitées de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC, nonobstant la circonstance que les deux parcelles sont classées en zone AU2a par le plan local d'urbanisme de la commune de Sotta et qu'elles sont desservies par tous les réseaux.
6. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme doit être accueilli.
7. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à demander l'annulation du certificat d'urbanisme délivré le 24 février 2023 à M. A.
8. Enfin, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen du déféré n'est pas susceptible, en l'état de l'instruction, de fonder l'annulation du certificat d'urbanisme litigieux.
D E C I D E :
Article 1er : Le certificat d'urbanisme du 24 février 2023 est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Sotta et à M. B A.
Copie en sera transmise à la ministre de transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
P. MONNIER
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
J. MARTINLa greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. Mannoni
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