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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300482

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300482

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300482
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCELLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 avril 2023 et le 4 mars 2024, Mme B C représentée par Me Poli, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n° 2022-159 du 8 novembre 2022 par lequel le président du syndicat intercommunal à vocation multiple (SIVOM) de Mezzana a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au SIVOM de Mezzana de la réintégrer dans ses fonctions ;

3°) de mettre à la charge du SIVOM de Mezzana une somme au titre des dépens ;

4°) de mettre à la charge du SIVOM de Mezzana la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière en ce que les conclusions de l'expertise réalisée par M. A sont irrégulières en la forme ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que le délai qui lui a été imparti pour rejoindre son poste par la mise en demeure était insuffisant ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit tirée du fait que la radiation pour abandon de poste ne peut être motivée par un cumul d'activité non-autorisé ;

- la décision est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors qu'elle ne peut être regardée comme ayant abandonné son poste ;

- la décision méconnaît le principe de non-rétroactivité des administratifs individuels.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2023, le SIVOM de Mezzana représenté par Me Celli conclut au rejet de la requête et à ce que le versement de la somme de 3 000 euros soit mis à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Celli représentant le SIVOM de Mezzana.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 8 novembre 2022, le président du SIVOM de Mezzana a radié Mme C des cadres de la fonction publique pour abandon de poste. Mme C demande l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur le recours gracieux qu'elle a formé le 19 décembre 2022.

Sur le cadre juridique du litige :

2. Une mesure de radiation de cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il encourt d'une radiation de cadres sans procédure disciplinaire préalable. Lorsque l'agent ne s'est ni présenté ni n'a fait connaître à l'administration aucune intention avant l'expiration du délai fixé par la mise en demeure, et en l'absence de toute justification d'ordre matériel ou médical, présentée par l'agent, de nature à expliquer le retard qu'il aurait eu à manifester un lien avec le service, cette administration est en droit d'estimer que le lien avec le service a été rompu du fait de l'intéressé.

3. L'agent en position de congé de maladie est regardé comme n'ayant pas cessé d'exercer ses fonctions. Par suite, il ne peut en principe faire l'objet d'une mise en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service, à la suite de laquelle l'autorité administrative serait susceptible de prononcer sa radiation des cadres pour abandon de poste. Il en va toutefois différemment lorsque l'agent, reconnu apte à reprendre ses fonctions lors d'une contre-visite médicale, se borne, pour justifier sa non présentation ou l'absence de reprise de son service, à produire un certificat médical prescrivant un nouvel arrêt de travail sans apporter, sur son état de santé, d'éléments nouveaux par rapport aux constatations sur la base desquelles a été rendu l'avis lors de la contre-visite médicale.

4. Aux termes de l'article 15 du décret du 30 juillet 1987 relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Pour obtenir un congé de maladie ainsi que le renouvellement du congé initialement accordé, le fonctionnaire adresse à l'autorité territoriale dont il relève, dans un délai de quarante-huit heures suivant son établissement, un avis d'interruption de travail () L'autorité territoriale peut faire procéder à tout moment à une visite de contrôle du demandeur par un médecin agréé () Le conseil médical compétent peut être saisi, soit par l'autorité territoriale, soit par l'intéressé, des conclusions du médecin agréé. "

Sur la légalité de l'arrêté portant radiation des cadres pour abandon de poste :

5. Il résulte des dispositions citées au point précédent que lorsque le médecin agréé qui a procédé à la contre-visite du fonctionnaire conclut à l'aptitude de celui-ci à reprendre l'exercice de ses fonctions, il appartient à l'intéressé de saisir le conseil médical compétent s'il conteste ces conclusions. Si, sans contester ces conclusions, une aggravation de son état ou une nouvelle affection, survenue l'une ou l'autre postérieurement à la contre-visite, le met dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, il lui appartient de faire parvenir à l'autorité administrative un nouveau certificat médical attestant l'existence de ces circonstances nouvelles.

6. Il ressort des pièces du dossier que le congé initial de maladie ordinaire de Mme C à compter du 7 février 2022 a été prolongé à plusieurs reprises et que le 12 juillet 2022, l'intéressée était encore en congé de maladie lorsque son employeur l'a contrôlée et que le médecin agréé désigné par l'administration l'a déclarée apte à reprendre ses fonctions sans délai. Si, par un courrier adressé le 27 juillet 2022, le président du SIVOM de Mezzana a mis en demeure la requérante de reprendre son poste à compter du 1er août suivant à peine de radiation des cadres pour abandon de poste, et a indiqué le 2 août qu'elle pourra être radiée des cadres pour ce motif, l'administration n'a toutefois pas tiré les conséquences de l'absence de la requérante, dès lors qu'elle l'a maintenue dans les cadres lorsqu'elle s'est déclarée en congés annuels puis a fait droit à sa demande de contre-expertise qui s'est tenue le 20 septembre 2022. Le psychiatre ainsi désigné par l'administration a considéré que les congés de maladie ordinaire depuis le 7 février 2022 se justifiaient " avec prolongations possibles de quelques mois ". Cependant, l'administration n'a pas saisi le conseil médical pour se prononcer sur l'aptitude de l'intéressée et a décidé qu'elle ne devait être regardée en abandon de poste qu'à compter du 1er novembre 2022, sans qu'aucune pièce du dossier ne permette d'expliquer le choix de cette date. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le lien avec le service aurait été rompu du fait de Mme C à la date de l'arrêté attaquée ou de sa prise d'effet. La requérante est dès lors fondée à soutenir que l'administration a inexactement qualifié les faits de l'espèce. Il suit de là que le moyen doit être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent jugement implique que Mme C soit réintégrée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au président du SIVOM de Mezzana de procéder à cette réintégration dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le SIVOM de Mezzana demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du SIVOM de Mezzana une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 novembre 2022 et la décision implicite née du silence gardé par l'administration sur le recours gracieux de la requérante sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au SIVOM de Mezzana de réintégrer Mme C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le SIVOM de Mezzana versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions du SIVOM de Mezzana présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au SIVOM de Mezzana.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, où siégeaient :

- M. Vanhullebus, président ;

- M. Jan Martin, premier conseiller ;

- Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

signé

N. SADATLe président,

signé

T. VANHULLEBUS

La greffière,

signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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