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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300486

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300486

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300486
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationRéconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 et 27 avril 2023, M. A B, représenté par Me Solinski, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud de communiquer l'arrêté du 25 avril 2023 lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français, ainsi que l'ensemble de son dossier ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 du préfet de la Corse-du-Sud ;

3°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud l'a assigné à résidence dans le département de la Corse-du-Sud pendant une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pu bénéficier de l'assistance d'un interprète au cours de la procédure préalable à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français ;

- il n'a pas bénéficié d'un délai suffisant pour présenter ses observations et n'a pu apporter les justificatifs de sa situation ;

- l'administration ne justifie pas avoir procédé à un examen sérieux de sa situation ni avoir recherché s'il peut bénéficier d'un titre de séjour ;

- il est porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- l'appréciation de sa situation personnelle est entachée d'une erreur manifeste.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant tunisien né le 3 novembre 1997, M. B est entré en France à une date indéterminée et sans être titulaire d'un visa. Il a fait l'objet, le 30 novembre 2018, d'un arrêté du préfet des Alpes-Maritimes lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français. Le préfet des Bouches-du-Rhône lui a également ordonné de quitter sans délai le territoire national, par un arrêté du 25 juin 2020, qui a en outre prononcé à son encontre une interdiction de retour sur ce territoire pendant deux ans. A la suite du placement de l'intéressé en retenue pour vérification de son droit au séjour ou de circulation, le préfet de la Corse-du-Sud a pris, le 25 avril 2023, un premier arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par un second arrêté, le préfet a assigné M. B à résidence dans le département de la Corse-du-Sud pendant une durée de quarante-cinq jours. M. B demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

2. D'une part, aux termes de l'article R. 776-1 du code de justice administrative : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du chapitre IV du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 732-8 du même code, ainsi que celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : 1° Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prévues aux articles L. 241-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les décisions relatives au séjour notifiées avec les décisions portant obligation de quitter le territoire français ; 2° Les décisions relatives au délai de départ volontaire prévues aux articles L. 251-3 et L. 612-1 du même code ; () 5° Les décisions d'assignation à résidence prévues aux articles L. 731-1, L. 751-2, L. 752-1 et L. 753-1 du même code. / () ". L'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision () ". Il ressort des dispositions combinées des articles L. 614-8, L. 614-9, L. 614-12 et L. 732-8 du même code que le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français lorsqu'elle est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 et que le président statue alors au plus tard quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 776-8 du code de justice administrative : " Dès le dépôt de la requête, le président du tribunal administratif transmet au préfet compétent pour représenter l'Etat en défense copie du recours et des pièces qui y sont jointes. " L'article R. 776-8 du même code dispose en son troisième alinéa que " Les décisions attaquées sont produites par l'administration. "

4. L'arrêté du 25 avril 2023 portant assignation à résidence a été notifié à M. B le même jour à 15 h 30. Cet arrêté indique que M. B " fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise et notifiée le 25/04/2023 ". Le préfet de la Corse-du-Sud, s'il a versé aux débats notamment les obligations de quitter le territoire français décidées le 30 novembre 2018 et le 25 juin 2020, s'est toutefois abstenu de produire l'obligation de quitter le territoire français attaquée, en méconnaissance des dispositions du troisième alinéa de l'article R. 776-8 du code de justice administrative citées au point précédent et en dépit de la demande expresse et très claire que le greffe du tribunal lui a adressée le 27 avril 2023. Cette carence de l'administration met le tribunal dans l'impossibilité d'examiner le bien-fondé de plusieurs des moyens soulevés par M. B et, par suite, de se prononcer en toute connaissance de cause sur la légalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu, avant dire droit, d'ordonner au préfet de la Corse-du-Sud de produire, au plus tard le 2 mai 2023, l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel il a fait obligation à M. B de quitter sans délai le territoire français. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 250 euros par jour de retard jusqu'à la date à laquelle le présent jugement aura reçu exécution.

D É C I D E :

Article 1er : Avant de statuer sur les conclusions de la requête de M. B, il est enjoint au préfet de la Corse-du-Sud de produire l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel il a fait obligation à M. B de quitter sans délai le territoire français, au plus tard le 2 mai 2023, sous astreinte de 250 euros par jour de retard jusqu'à la date à laquelle le présent jugement aura reçu exécution.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé

T. CLa greffière,

Signé

H. NICAISE

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

H. NICAISE

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