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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300487

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300487

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationRéconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2023, M. C A, représenté par Me Bozzi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 23-2A-0083 du 25 avril 2023 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud l'a assigné à résidence dans le département de la Corse-du-Sud pendant une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire des arrêtés attaqués ne disposait pas d'une délégation à cet effet ;

- les arrêtés attaqués sont insuffisamment motivés ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il n'entre pas dans le champ d'application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est entaché d'erreur de droit ;

- les arrêtés attaqués sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Corse-du-Sud qui n'a pas produit de mémoire.

Les parties ont été informées de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution de base légale, l'obligation de quitter le territoire français étant susceptible d'être prise sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non de celles du 1° mentionnées à tort.

Par un mémoire, enregistré le 28 avril 2023, M. A a présenté des observations en réponse à cette mesure d'information.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal sur la circulation et le séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant sénégalais né le 1er janvier 1991, M. A est entré en France sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", valable pour une durée d'un an à compter du 1er septembre 2019. Une carte de séjour temporaire, valable du 1er décembre 2020 au 30 novembre 2022, lui a ensuite été délivrée pour la poursuite de ses études. Interpelé le 24 avril 2023, l'intéressé a été placé en retenue pour vérification de son droit au séjour ou de circulation. Le préfet de la Corse-du-Sud a pris, le lendemain, un premier arrêté lui faisant obligation sans délai de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un second arrêté, le préfet a assigné M. A à résidence dans le département de la Corse-du-Sud pendant une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

2. Les arrêtés attaqués ont été signés par M. B, directeur de cabinet, en vertu de la délégation que le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, lui a consentie par un arrêté n° 2A-2022-11-03-00005 du 3 novembre 2022 qui a été régulièrement publié le même jour dans le n° 2A-2022-164 du recueil des actes administratifs de la préfecture. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. " L'article L. 732-1 du même code dispose que " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées. "

4. L'arrêté portant obligation de quitter le territoire français précise les dispositions applicables, retrace la situation de M. A en France et mentionne ses liens familiaux. Cet arrêté comporte ainsi l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. L'arrêté portant assignation à résidence indique les dispositions applicables, fait état de ce que M. A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, de ce qu'il est en possession d'un passeport en cours de validité et de ce que son éloignement demeure une perspective raisonnable en dépit de l'absence de moyen de transport immédiat. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation des arrêtés attaqués doit, par suite, être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré () ".

6. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

7. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français que, ainsi qu'il a été indiqué au point 1, M. A est entré régulièrement en France sous couvert d'un visa de long séjour et y a été mis en possession d'un titre de séjour dont la validité a expiré le 30 novembre 2022. L'arrêté attaqué ajoute que M. A n'a, depuis l'expiration de son titre de séjour, effectué aucune démarche pour le renouveler, se maintenant ainsi irrégulièrement sur le territoire français. Si cet arrêté vise, en première page, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment son article L. 611-1, 2°, il cite toutefois, en page 2, les seules dispositions du 1° de l'article L. 611-1. La mesure d'éloignement dont M. A fait l'objet doit dès lors être regardée comme trouvant son fondement légal dans les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 qui peuvent être substituées à celles du 1° du même article dès lors, en premier lieu, que le requérant se trouvait dans la situation où le préfet de la Corse-du-Sud pouvait lui faire obligation de quitter le territoire français, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Il suit de là que le moyen tiré de ce que le préfet s'est à tort fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 ne peut être accueilli.

8. Il résulte des dispositions combinées de l'article L. 612-1, L. 612-2, 3° et L. 612-3, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire à l'étranger qui s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement, sauf circonstance particulière.

9. Ainsi qu'il a été indiqué aux points 1 et 7, M. A s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, le 30 novembre 2022, sans en avoir demandé le renouvellement. Il existe ainsi, en vertu des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un risque que l'intéressé se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. En se bornant à faire état de ce qu'il réside en France depuis quatre ans et qu'il est susceptible de se voir délivrer un titre de séjour valable dix ans en application des stipulations de la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal sur la circulation et le séjour des personnes, M. A ne justifie pas de l'existence d'une circonstance particulière au sens des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Si M. A fait valoir qu'il séjourne en France depuis le mois de septembre 2019, qu'il y a suivi des études, qu'il a été titulaire d'un contrat de travail saisonnier à durée déterminée et à temps plein du 9 août 2022 au 30 octobre 2022, qu'il exerce une activité professionnelle depuis le 1er avril 2023 et qu'il est susceptible de se voir accorder un titre de séjour valable dix ans en application des stipulations mentionnées au point précédent, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Corse-du-Sud a entaché d'une erreur manifeste l'appréciation qu'il a faite de la situation personnelle du requérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 25 avril 2023 du préfet de la Corse-du-Sud. Il suit de là que la requête doit être rejetée, y compris les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le rapporteur,

Signé

T. DLa greffière,

Signé

H. NICAISE La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

H. NICAISE

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