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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300499

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300499

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300499
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 avril 2023 et le 12 mai 2023, Mme B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 mars 2023 du préfet de Corse, préfet de la Corse du-Sud, approuvant la convention de la concession d'utilisation du domaine public maritime en dehors des ports établie au profit de la chambre du commerce et de l'industrie de Corse pour la mise en place et l'exploitation de deux coffres d'amarrage dédiés aux navires de grande plaisance dans le golfe d'Ajaccio.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 431-4 du code de justice administrative : " Dans les affaires où ne s'appliquent pas les dispositions de l'article R. 431-2, les requêtes et les mémoires doivent être signés par leur auteur et, dans le cas d'une personne morale, par une personne justifiant de sa qualité pour agir. " Le représentant d'une personne morale, partie à une instance devant le juge administratif doit, à peine d'irrecevabilité, justifier de sa qualité pour agir. En l'absence, dans les statuts d'une association ou d'un syndicat, de stipulation réservant expressément à un autre organe la capacité de décider de former une action devant le juge administratif, ceux-ci sont régulièrement engagés par l'organe tenant des mêmes statuts le pouvoir de représenter en justice cette association ou ce syndicat.

2. D'autre part, aux termes de l'article R. 612-1 du code de justice administrative : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. () " Par ailleurs, aux termes de l'article R. 611-8-6 de ce code : " Les parties sont réputées avoir reçu la communication ou la notification à la date de première consultation du document qui leur a été adressé par voie électronique, certifiée par l'accusé de réception délivré par l'application informatique [mentionnée à l'article R. 414-2], ou, à défaut de consultation dans un délai de deux jours ouvrés à compter de la date de mise à disposition du document dans l'application, à l'issue de ce délai. () "

3. Mme A demande au tribunal, au nom d'un collectif Stop Croisières Ajaccio, d'annuler l'arrêté du 22 mars 2023 par lequel le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, a approuvé la convention de la concession d'utilisation du domaine public maritime en dehors des ports établie au profit de la chambre du commerce et de l'industrie de Corse pour la mise en place et l'exploitation de deux coffres d'amarrage dédiés aux navires de grande plaisance dans le golfe d'Ajaccio. Par un courrier du 2 mai 2023 que le greffe lui a adressé au moyen de l'application informatique mentionnée à l'article R. 414-2 du code de justice administrative, et dont elle est réputée avoir accusé réception à l'issue du délai de deux jours ouvrés suivant cette mise à disposition, en application de l'article R. 611-8-6 cité au point 2, Mme A a été invitée à régulariser la requête, dans un délai de quinze jours, en produisant les statuts du collectif Stop Croisières Ajaccio ainsi que la délibération l'autorisant à ester devant le tribunal. Mme A n'a pas répondu à cette demande dans le délai imparti. Elle ne peut dès lors pas être regardée comme ayant été régulièrement habilitée à ester en justice au nom et pour le compte du collectif Stop Croisières Ajaccio, dans le cas où ce collectif aurait la personnalité morale. Il suit de là que la requête est entachée d'une irrecevabilité manifeste en tant qu'elle est présentée au nom du collectif Stop Croisières Ajaccio.

4. En deuxième lieu, indépendamment du recours de pleine juridiction dont disposent les tiers à un contrat administratif pour en contester la validité, dans les conditions définies par la décision n° 358994 du 4 avril 2014 du Conseil d'Etat, statuant au contentieux, ou du recours pour excès de pouvoir susceptible d'être formé contre les clauses réglementaires d'un tel contrat, les tiers qui se prévalent d'intérêts auxquels l'exécution du contrat est de nature à porter une atteinte directe et certaine sont recevables à contester devant le juge de l'excès de pouvoir la légalité de l'acte administratif portant approbation du contrat, sauf à ce qu'un tel acte intervienne, en réalité, dans le cadre de la conclusion même du contrat. Dans le cadre d'un tel recours, les tiers ne sauraient utilement faire valoir des moyens relatifs au contrat lui-même, mais ne peuvent soulever que des moyens tirés de vices propres entachant l'acte d'approbation, voire demander l'annulation de cet acte par voie de conséquence de ce qui est jugé sur les recours formés contre le contrat.

5. Toutefois, les actes d'approbation d'un contrat visés au point précédent sont seulement ceux qui émanent d'une autorité distincte des parties contractantes, qui concernent des contrats déjà signés et qui sont nécessaires à leur entrée en vigueur. Ne sont pas au nombre de ces actes ceux qui, même s'ils indiquent formellement approuver le contrat, participent en réalité au processus de sa conclusion.

6. L'arrêté attaqué du 22 mars 2023 émane du préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, représentant l'Etat, lequel est, en sa qualité de concédant d'une dépendance du domaine public maritime, une partie au contrat qu'il approuve. Par ailleurs, cet arrêté ne peut être dissocié de la convention dont il valide la conclusion. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent, qu'à supposer même qu'elle puisse être regardée comme agissant en son nom propre, Mme A n'est en tout état de cause pas recevable à demander l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 22 mars 2023 du préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud.

7. En dernier lieu, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles.

8. A supposer même que Mme A puisse être regardée comme contestant en son nom propre la validité de la concession d'utilisation du domaine public maritime en dehors des ports conclue le 22 mars 2023 entre l'Etat et la chambre du commerce et de l'industrie de Corse, la requérante se prévaut de sa seule qualité de résidente corse et de considérations générales relatives à la pollution, au réchauffement climatique, à la gestion des déchets, à la ressource en eau et à la présence de sites patrimoniaux remarquables. Ainsi, elle ne justifie être lésée dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine, ni par la décision d'installation et d'exploitation de deux coffres d'amarrage dédiés à la grande plaisance dans le golfe d'Ajaccio, ni par les autres stipulations du contrat relatives à sa mise en œuvre, lesquelles ne présentent pas de caractère réglementaire. Dans ces conditions, les conclusions susceptibles d'avoir été présentées par Mme A en contestation de la validité de la convention de la concession d'utilisation du domaine public maritime en dehors des ports, conclue le 22 mars 2023 entre l'Etat et la chambre du commerce et de l'industrie de Corse, sont irrecevables.

9. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens () ".

10. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 3 à 8 qu'il y a lieu de rejeter la requête selon la procédure prévue par les dispositions de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Fait à Bastia, le 7 juillet 2023.

Le président du tribunal,

Signé

T. VANHULLEBUS

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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