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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300570

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300570

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300570
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMUSCATELLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 17 mai 2023, le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 6 décembre 2022 par lequel le maire de la commune de Pietrosella a accordé à la société civile immobilière (SCI) Vadina un permis d'aménager pour la création d'un lotissement de 27 lots sur un terrain cadastré section B n° 396, situé au lieudit Jean-Marc.

Le préfet soutient que :

- le permis méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions des articles AU2 et N1 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 111-11 relatives à la desserte par les réseaux ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2023, la SCI Vadina, représentée par Me Muscatelli, doit être regardée comme concluant :

1°) à titre principal, au rejet du déféré ;

2°) à titre subsidiaire, au sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de justice administrative en lui impartissant un délai de 4 mois afin de régulariser les vices tirés de la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme et de l'article N-1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Pietrosella ;

3°) à la mise à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens du déféré ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, les vices tirés de la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme et de l'article N-1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Pietrosella sont régularisables.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Corse-du-Sud défère au tribunal l'arrêté du 6 décembre 2022 par lequel le maire de Pietrosella a accordé à la SCI Vadina un permis d'aménager pour la création d'un lotissement de 27 lots sur un terrain cadastré section B n° 396, situé au lieudit Jean-Marc.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise soit en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que les constructions peuvent être autorisées dans les communes littorales en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.

3. Le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC), qui précise les modalités d'application de ces dispositions en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'il constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. Le PADDUC prévoit par ailleurs la possibilité de permettre le renforcement et la structuration, sans extension de l'urbanisation, des espaces urbanisés qui ne constituent ni une agglomération ni un village ainsi caractérisés, sous réserve qu'ils soient identifiés et délimités dans les documents d'urbanisme locaux. Ces prescriptions apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 2.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, s'implante à plusieurs kilomètres du village de Pietrosella, dans une vaste zone naturelle vierge de constructions hormis la station d'épuration de Cruciata située à proximité. En tout état de cause, il n'est pas en continuité avec l'urbanisation qui s'étend le long du littoral. Dans ces conditions, le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à soutenir que le projet ne s'implante ni dans un secteur urbanisé ni en continuité d'une agglomération ou d'un village existants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies ". Aux termes des premier et quatrième alinéas de l'article L. 332-15 du même code : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire () exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction (), notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité, les réseaux de télécommunication, l'évacuation et le traitement des eaux et matières usées, l'éclairage, les aires de stationnement, les espaces collectifs, les aires de jeux et les espaces plantés. () / L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures ".

6. Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, sans prise en compte des perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Une modification de la consistance d'un des réseaux publics que ces dispositions mentionnent ne peut être réalisée sans l'accord de l'autorité administrative compétente.

7. Il résulte donc de ces dispositions qu'un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et que, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

8. En l'espèce, s'il n'est pas contesté que la société Kyrnolia a émis le 5 septembre 2022 un avis favorable avec prescription, cet avis conditionne la faisabilité du projet à une extension des réseaux publics d'eaux potables et d'eaux usées sans indiquer une date de réalisation des travaux. Contrairement à ce que soutient la société pétitionnaire, il ne ressort pas des pièces du dossier que la réalisation des travaux était prévue. Le maire de Pietrosella se trouvait dès lors tenu de refuser le permis sollicité.

9. En troisième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'au moins trois des quinze lots destinés à une zone à usage artisanal ou commercial sont implantées en zone N où, en vertu de l'article N1 du règlement du plan local d'urbanisme de Pietrosella, sont interdites les constructions de commerces. Par suite, le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît cet article N1.

10. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 décembre 2022 du maire de la commune de Pietrosella.

11. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens du préfet de la Corse-du-Sud ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, d'entraîner l'annulation du permis d'aménager déféré.

Sur les conclusions tendant au sursis à statuer :

12. Le vice tiré de la méconnaissance de la loi littoral retenu au point 4 n'est pas susceptible de régularisation. Par suite, les conclusions de la SCI Vadina tendant à ce qu'il soit sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ne sauraient être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

13. La SCI Vadina succombant à l'instance, ses conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne sauraient être accueillies.

DECIDE

Article 1er : L'arrêté du 6 décembre 2022 du maire de Pietrosella accordant à la SCI Vadina un permis d'aménager est annulé.

Article 2 : Les conclusions de la SCI Vadina au titre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Pietrosella et à la SCI Vadina.

Copie en sera transmise à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Ajaccio.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

J. MARTINLa greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. A

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