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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300658

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300658

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300658
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bastia a été saisi par le préfet de la Corse-du-Sud d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté du maire de Sotta accordant un permis d’aménager sept lots sur la parcelle B n°33, au lieudit Ciumbolara. Le préfet soutenait que le projet méconnaissait les articles L. 122-5 et L. 122-10 du code de l’urbanisme, relatifs à l’urbanisation en zone de montagne, et était entaché d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article R. 111-2 du même code, en raison des risques d’inondation et de feux de forêt. Le tribunal a examiné la conformité du projet au principe de continuité avec les bourgs, villages, hameaux ou groupes de constructions existants, en application des articles L. 122-5 et L. 122-5-1 du code de l’urbanisme, ainsi qu’au PADDUC de la Corse. La solution retenue par le tribunal n’est pas explicitée dans l’extrait fourni, mais l’analyse porte sur la légalité du permis au regard des règles d’urbanisme en zone de montagne et des risques naturels.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 8 juin 2023, le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le maire de la commune de Sotta a accordé à Mme B A un permis d'aménager sept lots dont six à bâtir, sur la parcelle cadastrée section B n° 33 située lieudit Ciumbolara.

Le préfet soutient que :

- le permis méconnaît les dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 122-10 du même code ;

- le permis est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que la partie nord du terrain d'assiette du projet se situe dans le lit majeur d'un cours d'eau et dans sa quasi-totalité en zone d'aléa moyen-fort selon la carte de l'aléa feux de forêt.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baux ;

- et les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Corse-du-Sud défère au tribunal l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le maire de Sotta a accordé à Mme A un permis d'aménager sept lots dont six à bâtir, sur la parcelle cadastrée section B n° 33 située lieudit Ciumbolara.

2. Aux termes de l'article L. 122-2 du code de l'urbanisme, figurant dans le chapitre II du titre II du livre Ier de la partie législative de ce code : " Les dispositions du présent chapitre sont applicables à toute personne publique ou privée pour l'exécution de tous travaux, constructions, défrichements, plantations, aménagements, installations et travaux divers () ". Selon l'article L. 122-5 de ce même code, compris dans ce chapitre : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ". L'article L. 122-5-1 du même code précise que " Le principe de continuité s'apprécie au regard des caractéristiques locales de l'habitat traditionnel, des constructions implantées et de l'existence de voies et réseaux ". Enfin, l'article L. 122-6 du code ajoute que ces critères mentionnés à l'article L. 122-5-1 sont pris en compte " () [p]our la délimitation des hameaux et groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants en continuité desquels le plan local d'urbanisme ou la carte communale prévoit une extension de l'urbanisation. () ".

3. Il résulte des dispositions précitées, d'une part, qu'il appartient à l'autorité administrative chargée de se prononcer sur une demande d'autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol mentionnée à l'article L. 122-2 du code de l'urbanisme de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la conformité du projet aux dispositions du code de l'urbanisme particulières à la montagne et, d'autre part, que l'urbanisation en zone de montagne, sans être autorisée en zone d'urbanisation diffuse, peut être réalisée non seulement en continuité avec les bourgs, villages et hameaux existants, mais également en continuité avec les " groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants " et qu'est ainsi possible l'édification de constructions nouvelles en continuité d'un groupe de constructions traditionnelles ou d'un groupe d'habitations qui, ne s'inscrivant pas dans les traditions locales, ne pourrait être regardé comme un hameau. L'existence d'un tel groupe suppose plusieurs constructions qui, eu égard notamment à leurs caractéristiques, à leur implantation les unes par rapport aux autres et à l'existence de voies et de réseaux, peuvent être perçues comme appartenant à un même ensemble. Pour déterminer si un projet de construction réalise une urbanisation en continuité par rapport à un tel groupe, il convient de rechercher si, par les modalités de son implantation, notamment en termes de distance par rapport aux constructions existantes, ce projet sera perçu comme s'insérant dans l'ensemble existant.

4. Le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC), qui peut préciser les modalités d'application de ces dispositions en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, adopté par la délibération n° 15/235 AC du 2 octobre 2015 de l'assemblée de Corse, prévoit qu'un bourg est un gros village présentant certains caractères urbains, qu'un village est plus important qu'un hameau et comprend ou a compris des équipements ou lieux collectifs administratifs, culturels ou commerciaux, et qu'un hameau est caractérisé par sa taille, le regroupement des constructions, la structuration de sa trame urbaine, la présence d'espaces publics, la destination des constructions et l'existence de voies et équipements structurants. Ces prescriptions apportent des précisions aux dispositions du code de l'urbanisme particulières à la montagne et sont compatibles avec celles-ci. En revanche, le PADDUC se borne à rappeler les critères mentionnés ci-dessus et permettant d'identifier un groupe de constructions traditionnelles ou d'habitations existant et d'apprécier si une construction est située en continuité des bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et en particulier des documents photographiques et cartographiques qui y sont joints, complétés par les données issues du site Internet Géoportail, accessibles tant au juge qu'aux parties la parcelle cadastrée section B n° 33, terrain d'assiette du projet d'aménagement de six maisons porté par Mme A, ne se situe pas au sein du hameau de Petralonga Filippi mais, au nord du lieu-dit Ciombolara. Par ailleurs, si cette parcelle comporte déjà en sa partie sud-est une construction, le terrain d'assiette du projet est bordé sur ses côtés est, ouest et nord par des parcelles demeurées à l'état naturel malgré quelques habitations éparses. Surtout, la dizaine de constructions édifiées au sud le long de la route au lieu-dit Ciombolara ne sont pas suffisamment proches et regroupées de manière homogène les unes par rapport aux autres pour être regardées comme un groupe de constructions d'habitations dans lequel s'insérerait le projet en litige, au sein duquel les maisons sont séparées par une distance inférieure à 10 mètres, qui se situe en outre dans un secteur non desservi par les réseaux d'assainissement. En tout état de cause, à supposer même que les maisons situées au sud de la parcelle puissent être regardées comme un groupe de constructions ou habitations existantes, le projet de construire les six maisons supplémentaires au nord de ce groupe ne réalise pas une urbanisation en continuité avec ce groupe de maisons. Par suite, le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à soutenir que le projet en litige méconnaît les dispositions de l'article L. 122-5 du code précité.

6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le maire de Sotta a accordé un permis d'aménager à Mme A.

7. Enfin, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens ne sont pas, en l'état du dossier, susceptibles d'entraîner l'annulation du permis d'aménager déféré.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 4 janvier 2023 du maire de Sotta accordant à Mme B A un permis d'aménager est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Sotta et à Mme B A.

Copie en sera transmise au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente ;

M. Martin, premier conseiller ;

Mme Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2024.

La présidente,

Signé

A. Baux

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau

signé

J. Martin

La greffière,

Signé

R. Alfonsi

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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