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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300685

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300685

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationMagistrat statuant seul
Avocat requérantLELIEVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juin 2023, M. B A, représenté par Me Lelièvre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2023-36 du 4 mai 2023 par lequel le préfet de la Haute-Corse a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier, sérieux et complet de sa demande ;

- le refus d'admission exceptionnelle au séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, eu égard à la durée de sa présence en France et de son activité salariée, à ses qualifications et perspectives professionnelles, à ses attaches familiales et à son intégration ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Corse qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Vanhullebus a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant marocain, né le 11 décembre 1996, M. A est entré en France le 10 juin 2017 sous couvert d'un visa de long séjour. Il a été mis en possession d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de travailleur saisonnier dont la validité a expiré le 9 juin 2020. Il a sollicité, le 6 décembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 mai 2023, le préfet de la Haute-Corse a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué que celui-ci rappelle les dispositions applicables ainsi que les éléments propres à la situation personnelle de M. A qui l'ont conduit à rejeter la demande de titre de séjour présentée par l'intéressé. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Corse, qui n'est pas tenu de faire figurer dans sa décision la totalité des données propres au requérant, n'aurait pas a procédé à un examen complet de la situation de celui-ci. Le moyen tiré de ce que l'administration n'aurait pas effectué un tel examen doit dès lors être écarté.

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

4. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

5. Célibataire et sans enfant, M. A est entré en France à l'âge de vingt ans. S'il se prévaut de la présence sur le territoire national d'une grand-mère, titulaire d'une carte de résident, d'une tante et d'un oncle, tous deux de nationalité française, ainsi que de deux sœurs de sa tante, également françaises, il n'établit pas ni même n'allègue être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. La circonstance que le requérant séjourne en France depuis l'année 2017 n'est pas, par elle-même et à elle seule, suffisante pour démontrer qu'il n'entretiendrait plus aucun lien avec ses parents ou sa fratrie qui résident au Maroc. Par ailleurs, M. A justifie de l'exercice d'une activité professionnelle au cours des mois de juin, juillet et septembre 2017, du dernier trimestre de l'année 2018, de l'année 2019 à l'exception des mois d'août et décembre, des mois de février, juin, juillet août 2020, des mois d'avril à juillet 2021 et septembre 2021, et des mois de mars, mai et juin 2022, soit pendant vingt-huit de ses soixante-et-onze mois de présence en France, dont trois années sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle en qualité de travailleur saisonnier dont la validité a expiré le 9 juin 2020. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, compte tenu de l'ensemble de ces éléments et de la durée limitée de la présence du requérant en France, le préfet de la Haute-Corse aurait, en dépit des qualifications professionnelles dont se prévaut M. A, entaché son appréciation d'une erreur manifeste en refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire, soit qu'elle porte la mention " vie privée et familiale " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, soit qu'elle porte la mention " salarié " au titre de son pouvoir général de régularisation.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, en tant qu'il lui refuse la délivrance d'un titre de séjour. Il suit de là que doit être écarté le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de base légale pour avoir été prise sur le fondement d'un refus de séjour illégal.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, pour les motifs indiqués au point 5, l'obligation faite à M. A de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

8. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 6 et 7 que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'un défaut de base légale pour avoir été prise sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire français illégale.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 mai 2023 du préfet de la Haute-Corse. Sa requête doit dès lors être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Corse.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

T. VANHULLEBUSLe greffier,

signé

A. AUDOUIN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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