mardi 5 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2300823 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Magistrat statuant seul |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 11 juillet 2023 et le 10 août 2023, M. A B, représenté par Me Santoni, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 23 2B 265 du 9 juillet 2023 par lequel le préfet de la Haute-Corse lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ".
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la délégation de signature accordée à l'auteur de l'arrêté attaqué ;
- la mesure d'éloignement méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas justifiée et sa durée est excessive.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2023, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Vanhullebus a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant marocain, né le 21 mars 1993, M. B déclare être entré en France au cours de l'année 2013. Il a fait l'objet, le 9 mars 2022, d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée. A la suite de son interpellation sur la voie publique, le 9 juillet 2023, le préfet de la Haute-Corse a pris, le même jour, un arrêté portant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. L'arrêté attaqué a été signé par M. C, sous-préfet de l'arrondissement de Corte, en vertu des dispositions de l'article 6 de la délégation que le préfet de la Haute-Corse lui a consentie par un arrêté n° 2B-2022-08-24-00004 du 24 août 2022, visé dans l'arrêté du 9 juillet 2023, qui a été régulièrement publié le même jour au n° N°2B-2022-08-013 du recueil des actes administratifs de la préfecture. M. C a en outre reçu délégation à l'effet de signer tous les arrêtés, à l'exception des arrêtés de conflit et de réquisition de la force armée, en cas d'absence ou d'empêchement simultané du secrétaire général de la préfecture de la Haute-Corse et de la directrice de cabinet du préfet, par l'article 4 de l'arrêté n° 2B-2022-08-24-00001 du 24 août 2022 publié au même recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant refus de séjour manque dès lors en fait et doit être écarté.
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "
4. Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article ni, le cas échéant, de consulter d'office la commission du titre de séjour quand l'intéressé est susceptible de justifier d'une présence habituelle en France depuis plus de dix ans. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est marié et père d'un enfant. Son épouse et leur enfant vivent au Maroc. Le requérant n'établit pas avoir des attaches familiales en France, ni y avoir noué des relations d'une particulière intensité. De surcroît, l'intéressé ne justifie pas être entré en France avant le mois de décembre 2013, ni y avoir résidé de manière habituelle du mois de mars 2015 jusqu'au 30 octobre 2015, des mois de mars à septembre 2016, du mois de mai 2017 au mois d'octobre 2018, du mois de septembre 2019 au mois de juin 2020. Dans ces conditions, et à supposer même que M. B ait résidé habituellement en France depuis l'année 2021, le préfet de la Haute-Corse n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, pour les motifs indiqués au point précédent, le préfet aurait, en refusant à M. B le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 juillet 2023 en tant qu'il lui fait obligation de quitter sans délai le territoire français.
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
10. M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter sans délai le territoire français dont la demande d'annulation n'est pas accueillie, ainsi qu'il a été indiqué au point 8. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une circonstance humanitaire justifierait que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Eu égard à l'absence de toute attache familiale de l'intéressé en France, à la présence de son épouse et de son enfant au Maroc et à la circonstance que le requérant n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 9 mars 2022, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 juillet 2023 du préfet de la Haute-Corse. Sa requête doit dès lors être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Corse.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2023.
Le rapporteur,
Signé
T. VANHULLEBUSLe greffier,
Signé
A. AUDOUIN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026