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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2300858

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2300858

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2300858
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 17 juillet 2023, le préfet de la Haute-Corse demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le maire de Ventiseri a délivré à sa commune un permis de construire une mairie sur des parcelles cadastrées section AC n° 144 et B n°s 1052 et 1053, situées au lieudit Travo.

Le préfet soutient que :

- l'arrêté litigieux méconnaît l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme, en ce que le maire de Ventiseri était en situation de compétence liée pour refuser le permis sollicité, à la suite de son avis conforme défavorable ;

- cet arrêté méconnaît l'article L. 121-8 du même code, précisé par le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC), en ce que le projet ne s'implante pas en continuité avec une agglomération ou un village ;

- cet arrêté méconnaît l'article L. 121-13 du même code, précisé par le PADDUC, en ce que le projet, qui se situe dans les espaces proches du rivage, n'est justifié ni par la configuration des lieux ni par l'accueil d'une activité économique exigeant la proximité immédiate de l'eau ;

- cet arrêté méconnaît le plan de prévention des risques technologiques (PPRT) " dépôt de munitions de Ventiseri " des communes de Ventiseri et de Solaro, en ce que le projet s'implante en majeure partie dans sa " zone bleue foncée " où les établissements recevant du public sont interdits.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- et les conclusions de M. Jan Martin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1.Le préfet de la Haute-Corse défère au tribunal l'arrêté du 11 janvier 2023 par lequel le maire de Ventiseri a délivré à sa commune un permis de construire une mairie sur des parcelles cadastrées section AC n° 144 et B n°s 1052 et 1053, situées au lieudit Travo.

2.Aux termes de l'article L. 174-1 du code de l'urbanisme : " Les plans d'occupation des sols qui n'ont pas été mis en forme de plan local d'urbanisme, en application du titre V du présent livre, au plus tard le 31 décembre 2015 sont caducs à compter de cette date, sous réserve des dispositions des articles L. 174-2 à L. 174-5. / La caducité du plan d'occupation des sols ne remet pas en vigueur le document d'urbanisme antérieur () ". L'article L. 174-3 du même code dispose que : " Lorsqu'une procédure de révision du plan d'occupation des sols a été engagée avant le 31 décembre 2015, cette procédure peut être menée à terme en application des articles L. 123 1 et suivants, dans leur rédaction issue de la loi n° 2014 366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, sous réserve d'être achevée au plus tard le 26 mars 2017 (). Les dispositions du plan d'occupation des sols restent en vigueur jusqu'à l'approbation du plan local d'urbanisme et au plus tard jusqu'à cette dernière date ". Selon l'article L. 422-5 de ce code : " Lorsque le maire () est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu () ".

3.En application des dispositions de l'article L. 174-3 du code de l'urbanisme, le plan d'occupation des sols de Ventiseri est caduc depuis le 27 mars 2017. Par suite, en vertu de l'article L. 422-5 du même code, le maire de Ventiseri devait recueillir l'avis conforme du préfet de la Haute-Corse sur la demande du permis de construire déféré. Ce dernier a émis, le 27 juillet 2022, un avis conforme défavorable aux motifs que le projet litigieux méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme et du PPRT " dépôt de munitions de Ventiseri " des communes de Ventiseri et de Solaro.

4.D'une part, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que, dans les communes littorales, l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.

5.Le PADDUC, qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'elle joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. Ces prescriptions apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 4.

6.Il ressort des pièces du dossier et du site officiel Géoportail, librement accessible tant au juge qu'aux parties, que le terrain d'assiette du projet litigieux est seulement bordé, à l'est, par la base aérienne de Ventiseri-Solenzara et, à l'ouest, par quelques constructions éparses, implantées de part et d'autre de la route territoriale n° 10, lesquelles ne sauraient être regardées comme formant une agglomération ou un village au sens des dispositions précitées du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'inexacte application de ces dispositions doit être accueilli.

7.D'autre part, selon l'article L. 515-23 du code de l'environnement : " Le plan de prévention des risques technologiques approuvé vaut servitude d'utilité publique () ". Il résulte des articles L. 515-15 et L. 515-16 du même code qu'il est de la nature des plans de prévention des risques technologiques de distinguer et de délimiter, en fonction des degrés d'exposition à ces risques, des zones à l'intérieur desquelles s'appliquent des contraintes d'urbanisme importantes et des zones ne nécessitant pas l'application de telles contraintes. Les prescriptions d'un plan de prévention des risques technologiques, destinées notamment à assurer la sécurité des personnes et des biens exposés à ces risques et valant servitude d'utilité publique, sont opposables aux demandes d'autorisations de construire.

8.Il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment pas de l'extrait de plan de zonage produit par le préfet, que le terrain d'assiette du projet litigieux serait classé en " zone bleue foncée " du PPRT " dépôt de munitions de Ventiseri " des communes de Ventiseri et de Solaro. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du PPRT susvisé applicables à cette zone ne peut qu'être écarté.

9.S'il résulte de ce qui a été dit au point précédent que l'avis conforme défavorable émis par le préfet de la Haute-Corse procède d'une inexacte application des dispositions du PPRT " dépôt de munitions de Ventiseri " des communes de Ventiseri et de Solaro, il résulte cependant de l'instruction que le préfet de la Haute-Corse aurait émis un avis défavorable s'il s'était seulement fondé sur le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

10.Le préfet de la Haute-Corse est donc fondé à soutenir, d'une part, que le maire de Ventiseri, en vertu des articles du code de l'urbanisme cités au point 2, était en situation de compétence liée pour refuser, conformément à son avis défavorable, le permis de construire sollicité et, d'autre part, que le permis de construire déféré méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Il suit de là que ce permis doit être annulé.

11.Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le dernier moyen invoqué par le préfet n'est pas susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Ventiseri du 11 janvier 2023 est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Haute-Corse et à la commune de Ventiseri.

Copie en sera transmise au ministre de transition écologique et de la cohésion des territoires ainsi qu'au Procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bastia.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024 à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

Mme Pauline Muller, conseillère ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

P. MULLER

La greffière,

Signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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