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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2301047

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2301047

lundi 27 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2301047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSAVELLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 août 2023, M. D C et Mme G H, représentés par Me Gennari, demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, de désigner un expert à l'effet de constater les désordres affectant leur propriété, située sur le territoire de la commune de Grosseto-Prugna, à la suite des intempéries du 19 décembre 2022.

Ils soutiennent que :

- la maison dont ils sont propriétaires, située 501 Boulevard Marie Jeanne Bozzi à Porticcio, a subi des dommages liés aux inondations du 19 décembre 2022 en raison de la présence en amont de leur propriété de la route départementale n° 55 ;

- une mesure d'expertise est utile en vue de faire constater l'ensemble des désordres, d'en déterminer l'origine et de décrire les travaux nécessaires afin de les faire cesser.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2023, la collectivité de Corse, représentée par Me Pierson, conclut, à titre principal, à sa mise en hors de cause, à titre subsidiaire, ce que soient appelés en la cause la SCI l'Ascosu, M. F E et la SAS résidence des Cannes, et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa responsabilité ne saurait être engagée, dès lors qu'il appartient à la commune d'assurer l'entretien de ses réseaux d'évacuation des eaux pluviales et de s'assurer du raccordement des immeubles présents sur son territoire à ces réseaux, qu'aucun défaut de conception ou d'entretien n'apparait pouvoir lui être imputé s'agissant de la route départementale n° 55, que la portion de route incriminée est située en agglomération, de sorte qu'il appartient au maire, au titre de ses pouvoirs de police, de procéder à son nettoiement afin de permettre l'écoulement normal des eaux et donc la sécurité de la route, et enfin, en ce qui concerne la présence d'un ralentisseur, cet ouvrage a été réalisé en 2021 à la demande de la commune ;

- si une mesure d'expertise devait être ordonnée, il y aurait lieu de mettre en cause la SCI l'Ascosu qui est à l'origine de l'obstruction de l'ouvrage hydraulique de la route départementale, situé sur sa propriété, ainsi que la SAS Résidence des Cannes et M. E, en leur qualité de maîtres d'ouvrage respectifs des travaux d'édification des immeubles en amont de la route départementale, qui sont à l'origine de l'obstruction des ouvrages hydrauliques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, la commune de Grosseto-Prugna, représentée par Me Chassany, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que la mission de l'expert soit complétée et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande d'expertise soulève une question de droit qui ne relève pas d'une mission d'expertise ;

- elle n'est pas propriétaire des terrains situés en amont de la propriété des requérants et la route départementale 55 relève de la compétence de la collectivité de Corse ;

- si une mesure d'expertise devait être ordonnées, il y aurait lieu pour l'expert de déterminer l'intensité de la pluie et son degré d'occurrence lors des précipitations du 19 décembre 2022, ainsi que l'état de la voirie et du réseau de collecte des eaux de pluie avant ces précipitations.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2023, la communauté de communes de la Piève de l'Ornano et du Taravo, représentée par Me Chassany, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que la mission de l'expert soit complétée et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que :

- la demande d'expertise soulève une question de droit qui ne relève pas d'une mission d'expertise ;

- elle n'est pas propriétaire des terrains situés en amont de la propriété des requérants et la route départementale 55 relève de la compétence de la collectivité de Corse ;

- en tout état de cause, elle n'exerce pas la compétence de la gestion des eaux pluviales, compétence facultative non transférée par ses membres ;

- si une mesure d'expertise devait être ordonnées, il y aurait lieu pour l'expert de déterminer l'intensité de la pluie et son degré d'occurrence lors des précipitations du 19 décembre 2022, ainsi que l'état de la voirie et du réseau de collecte des eaux de pluie avant ces précipitations

La requête a été communiquée à la SCI l'Ascosu, à M. F E et à la SAS résidence des Cannes qui n'ont pas produit de mémoire.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Christine Castany, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé présentées sur le fondement du livre V du code de justice administrative ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. () ". L'octroi d'une telle mesure est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal relevant de la compétence du juge administratif. Cette utilité doit être appréciée en tenant compte, notamment, de l'existence d'une perspective contentieuse recevable, des possibilités ouvertes au demandeur pour arriver au même résultat par d'autres moyens, de l'intérêt de la mesure pour le contentieux né ou à venir.

2. La demande d'expertise présentée par M. C et Mme H à l'effet de constater les désordres affectant leur maison, implantée sur la parcelle cadastrée section A n° 3468, sur le territoire de la commune de Grosseto-Prugna, à la suite des intempéries du 19 décembre 2022, d'en déterminer les causes, d'évaluer les travaux propres à y remédier et de fournir tous éléments de nature à permettre de déterminer les responsabilités éventuelles, entre dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, par suite, de faire droit à leur demande, tous droits et moyens des parties demeurant expressément réservés, et de fixer la mission de l'expert comme il est dit à l'article 1er de la présente ordonnance.

3. La collectivité de Corse demande à être mise hors de cause au motif que la cause des désordres subis par la propriété des requérants serait due au défaut d'entretien du réseau d'évacuation des eaux pluviales qui ne relève pas de sa responsabilité. Toutefois, l'expertise sollicitée est une simple mesure d'instruction qui a notamment pour objet de déterminer la réalité, la nature, les causes et l'étendue des désordres allégués par les requérants, sans préjuger de leur imputabilité ou des responsabilités pouvant être encourues par les parties défenderesses. Ainsi, la présence aux opérations d'expertise de la collectivité de Corse apparaît utile dès lors qu'elle est de nature à éclairer l'expert dans l'accomplissement de sa mission. Il en va de même s'agissant de la participation aux opérations d'expertise de la commune de Grosseto Prugna et de la communauté de communes de la Piève de l'Ornano et du Taravo, quand bien même elles soutiennent que la route départementale 55 relève de la compétence de la collectivité de Corse et, concernant la communauté de communes, qu'elle n'exerce pas la compétence de la gestion des eaux pluviales.

4. Contrairement à ce que soutiennent la commune de Grosseto Prugna et la communauté de communes de la Piève de l'Ornano et du Taravo, une telle mesure d'instruction ne soulève pas une question de droit qui ne relèverait que de l'office du juge, dès lors qu'il n'est pas demandé à l'expert de se prononcer sur la responsabilité des collectivités publiques en cause.

5. Il s'ensuit que les conclusions de la collectivité de Corse tendant à sa mise hors de cause et les conclusions de la commune de Grosseto Prugna et de la communauté de communes de la Piève de l'Ornano et du Taravo tendant au rejet de la requête formée à leur encontre doivent être rejetées.

6. Peuvent être appelées en qualité de parties à une expertise ordonnée sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative les personnes qui ne sont pas manifestement étrangères au litige susceptible d'être engagé devant le juge de l'action qui motive l'expertise.

7. La participation aux opérations d'expertise de la SCI l'Ascosu, de M. F E et de la SAS résidence des Cannes présente un caractère utile au sens des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des parties présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE

Article 1er : M. A B, inscrit sur la liste des experts auprès de la cour administrative d'appel de Marseille, domicilié 12 boulevard Stéphanopoli de Comêne, immeuble le Mercure B, à Ajaccio, est désigné en qualité d'expert avec pour mission de :

1°) se faire communiquer et prendre connaissance de l'ensemble des pièces du dossier, ainsi que de tous les documents utiles à l'accomplissement de sa mission ;

2°) se rendre sur les lieux et procéder à la constatation et au relevé précis de tous les désordres allégués en indiquant leur date d'apparition ;

3°) donner un avis motivé sur les causes et origines des désordres, dire si les dommages sont dus à plusieurs causes, et dans cette hypothèse fournir tous les éléments permettant d'apprécier dans quelles conditions ils sont imputables à chacune d'elles et d'évaluer les proportions relevant de chacune de ces causes ;

4°) d'une façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.

Article 2 : L'expert accomplira la mission définie à l'article 1er dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative, à l'exception du troisième alinéa de l'article R. 621-9. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : L'expertise aura lieu en présence de M. C, de Mme H, de la collectivité de Corse, de la commune de Grosseto-Prugna, de la communauté de communes de la Piève de l'Ornano et du Taravo, de M. E, de la SAS Résidence des Cannes et de la SCI l'Ascosu. L'expert avertira les parties quatre jours au moins à l'avance par lettre recommandée des date, heure et lieu auxquels il procèdera aux opérations d'expertise.

Article 4 : L'expert déposera son rapport en deux exemplaires au greffe du tribunal dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance et le notifiera aux parties dans les conditions prévues à l'article R. 621-9 du code de justice administrative. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique.

Article 5 : En application de l'article R. 621-13 du code de justice administrative, la charge des frais et honoraires de l'expertise sera fixée ultérieurement par ordonnance du président du tribunal.

Article 6 : Les conclusions de la collectivité de Corse tendant à sa mise hors de cause et les conclusions de la commune de Grosseto Prugna et de la communauté de communes de la Piève de l'Ornano et du Taravo tendant au rejet de la requête formée à leur encontre sont rejetées.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C, à Mme G H, à la collectivité de Corse, à la commune de Grosseto-Prugna, à la communauté de communes de la Piève de l'Ornano et du Taravo, à M. F E, à la SAS Résidence des Cannes, à la SCI l'Ascosu, et à M. A B, expert.

Fait à Bastia le 27 novembre 2023.

La juge des référés

Signé

C. CASTANY

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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