vendredi 22 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2301150 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Réconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SOLINSKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Solinski, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 20 septembre 2023 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud lui a retiré sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " et l'a obligé à quitter le territoire français sans délai ;
3°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 20 septembre 2023 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud l'a assigné à résidence dans le département de la Corse-du-Sud pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre sans délai au préfet de la Corse-du-Sud de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) d'enjoindre sans délai au préfet de la Corse-du-Sud de procéder à un nouvel examen de sa situation en lui fixant un rendez-vous afin de lui permettre de déposer une demande de régularisation et de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai avec fixation du pays de destination est entachée d'un vice de procédure au motif, d'une part, que les services de police ont procédé à son audition sans qu'il n'ait pu bénéficier des conseils d'un avocat et alors qu'il se trouvait en état de panique, d'autre part, que le délai qui lui a été laissé pour présenter ses observations et pour justifier de sa situation a été manifestement insuffisant ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas respecté la procédure contradictoire avant de lui retirer sa carte de séjour ;
- c'est à tort que le préfet a estimé qu'il n'avait pas respecté les conditions de son travail saisonnier alors qu'il justifie être entré pour la dernière fois en France en mars 2023 ;
- qu'ensuite, la décision portant obligation de quitter le territoire français sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant retrait de son titre de séjour ;
- qu'enfin, s'agissant de la décision portant assignation à résidence, elle est disproportionnée au regard de sa durée et est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français ; qu'elle est également illégale en tant qu'elle concerne un tiers.
La requête a été communiquée au préfet de la Corse-du-Sud qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pierre Monnier, vice-président, pour statuer sur les recours en annulation formés contre les décisions mentionnées au livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que contre les recours en annulation formés contre les décisions d'assignation à résidence.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 21 septembre 2023 à 15 heures en présence de Mme Nicaise, greffière d'audience, M. Pierre Monnier a lu son rapport.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant tunisien né le 18 juillet 1991 à El Jem en Tunisie, était titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " valable jusqu'au 16 août 2025, délivrée le 17 août 2022 par le préfet du Vaucluse. A l'occasion d'un contrôle d'identité, il a été retenu afin de procéder à la vérification de son droit au séjour sur le territoire national. Constatant que l'intéressé se trouvait en situation irrégulière, le préfet de la Corse-du-Sud, par un arrêté du 20 septembre 2023, lui a retiré son titre de séjour saisonnier et l'a obligé à quitter sans délai le territoire français. Par un second arrêté du même jour, la même autorité a assigné l'intéressé à résidence dans le département de la Corse-du-Sud pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés du 20 septembre 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté portant retrait du titre de séjour saisonnier et obligation de quitter le territoire français :
S'agissant de la légalité externe :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 813-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si, à l'occasion d'un contrôle mentionné à l'article L. 812-2, il apparaît qu'un étranger n'est pas en mesure de justifier de son droit de circuler ou de séjourner en France, il peut être retenu aux fins de vérification de son droit de circulation ou de séjour sur le territoire français. Dans ce cadre, l'étranger peut être conduit dans un local de police ou de gendarmerie et y être retenu par un officier de police judiciaire de la police nationale ou de la gendarmerie nationale. " Aux termes de l'article L. 813-4 du même code : " Le procureur de la République est informé dès le début de la retenue et peut y mettre fin à tout moment. " Aux termes de l'article L. 813-5 de ce code : " L'étranger auquel est notifié un placement en retenue en application de l'article L. 813-1 est aussitôt informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des motifs de son placement en retenue, de la durée maximale de la mesure et du fait qu'il bénéficie des droits suivants : () 2° Etre assisté, dans les conditions prévues à l'article L. 813-6, par un avocat désigné par lui ou commis d'office par le bâtonnier, qui est alors informé de cette demande par tous moyens et sans délai ; () ".
3. M. B se borne à soutenir, en des termes généraux dépourvus de toute précision textuelle, qu'il n'a pas été assisté par un avocat au cours de sa retenue aux fins de vérification de son droit de circulation ou de séjour sur le territoire français. S'il a entendu se prévaloir des dispositions citées au point précédent, les mesures de contrôle et de retenue prévues par ces dispositions sont uniquement destinées à la vérification du droit de séjour et de circulation de l'étranger qui en fait l'objet et sont placées sous le contrôle du procureur de la République. Elles sont distinctes des mesures par lesquelles le préfet fait obligation à l'étranger de quitter le territoire français ou décide son placement en rétention administrative. Dès lors, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité des conditions du contrôle qui a, le cas échéant, précédé l'intervention de mesures d'éloignement d'un étranger en situation irrégulière. Par suite, les conditions dans lesquelles M. B a été contrôlé en application des dispositions citées au point 2 sont sans influence sur la légalité de la décision attaquée.
4. En deuxième lieu et en tout état de cause, il ne ressort pas des procès-verbaux d'audition de M. B que ce dernier se trouvait dans un état de panique. Il ressort en outre des procès-verbaux des auditions réalisées le 19 septembre 2023 à 9 h 10 puis 9 h 45 qu'il a pu utilement présenter ses observations et justifier de sa situation.
5. En troisième lieu, l'arrêté portant retrait du titre de séjour saisonnier et obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
6. En quatrième et dernier lieu, lors de l'audition réalisée le 19 septembre 2023 à 9 h 45, M. B a été informé que son titre de séjour allait être retiré. L'intéressé a répondu par la négative à la question de savoir s'il avait des observations à formuler. Par suite, l'arrêté attaqué, en date du 20 septembre 2023 n'a pas méconnu la procédure contradictoire obligatoire en vertu des dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au prochain point.
S'agissant de la légalité interne :
7. Aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. / () / Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 432-5 du même code : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, () la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration "
8. Il résulte des propres déclarations de M. B lors de son audition qu'il habite en Corse depuis son arrivée en juin 2022 hormis les périodes de vacances passées en Tunisie durant les mois d'octobre 2022 puis de mars 2023. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de la Corse-du-Sud a estimé qu'il ne remplissait plus les conditions prévues à l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant retrait de son titre saisonnier. Il n'est donc pas davantage fondé à exciper de l'illégalité de cette dernière décision pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté portant assignation à résidence :
10. Il ressort des pièces du dossier que si l'arrêté portant assignation à résidence mentionne au début les nom et prénom du requérant, les occurrences suivantes, notamment celles figurant dans les deux articles du dispositif de la décision, mentionnent une autre personne. Cette erreur réitérée à cinq reprises, qui ne relève pas d'une simple erreur de plume, entache la décision d'excès de pouvoir. Par suite, l'arrêté portant assignation à résidence doit être annulé sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2023 portant assignation à résidence.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. L'annulation prononcée au point 11 n'implique aucune des mesures d'injonction demandées par M. B. Par suite, les conclusions susvisées ne sauraient être accueillies.
Sur les frais du litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros que M. B demande au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
DECIDE :
Article 1er : L'arrêté du 20 septembre 2023 portant assignation à résidence est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Michal Solinski et au préfet de la Corse-du-Sud.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2023.
Le magistrat désigné
Signé
P. MONNIER
La greffière,
Signé
H. NICAISE
La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Signé
H. NICAISE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026