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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400230

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400230

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400230
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLOMBARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire rectificatif, enregistrés les 4 et 5 mars 2024, M. D B, représenté par Me Lombardo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2024-07 du 24 janvier 2024 par lequel le préfet de la Haute-Corse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans le même délai et sous la même astreinte, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- la décision lui refusant le séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du même code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale pour avoir été prise sur le fondement de la décision de refus de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette mesure méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Corse qui n'a pas produit de mémoire.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Vanhullebus,

- et les observations de Me Lombardo, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, de nationalité algérienne, entré en France à une date indéterminée, a sollicité, le 11 mars 2019, la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, en qualité d'étranger malade. Le préfet de la Haute-Corse a rejeté cette demande par un arrêté du 11 juin 2019 qui a en outre fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. La demande d'annulation de cet arrêté a été rejetée par un jugement n° 1900964 du 3 octobre 2019 qui a fait l'objet d'un appel qui a été rejeté par une ordonnance n° 19MA04774 du 25 juin 2020 de la présidente de la cour administrative d'appel de Marseille. Saisi par M. B d'une nouvelle demande de délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Haute-Corse a, par un arrêté du 24 janvier 2024, rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel l'intéressé est susceptible d'être reconduit d'office. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme A, sous-préfète, directrice de cabinet, qui a reçu délégation du préfet de la Haute-Corse, par un arrêté n° 2B-2023-06-30-00002 du 30 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer " toutes décisions, arrêtés et mesures d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français ". Le moyen soulevé à ce titre manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes applicables à la situation du requérant. Le préfet, pour refuser un titre de séjour à l'intéressé, après avoir rappelé sa situation administrative, mentionne que le collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé dans son avis du 27 novembre 2023 que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des circonstances d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et, qu'après examen approfondi, aucun élément du dossier ni aucune circonstance exceptionnelle ne justifie de s'écarter de cet avis. Dès lors, le préfet a suffisamment motivé sa décision refusant un titre de séjour. Par ailleurs, il résulte des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version applicable, que, lorsque, comme c'est le cas en l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français a été prise au motif que l'intéressé s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Dès lors, le moyen tiré d'une insuffisante motivation de l'arrêté attaqué en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français doit également être écarté.

4. En troisième lieu, d'une part, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa situation étant exclusivement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il peut, toutefois, être regardé comme invoquant la méconnaissance des stipulations du 7) de l'article 6 de cet accord, aux termes duquel un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit " au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. "

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est atteint d'un diabète de type 2, qu'il a été victime d'une occlusion de la veine centrale de la rétine de l'œil droit en 2018 ainsi que d'un glaucome néo vasculaire. Il a fait l'objet d'une éviscération de l'œil droit après ulcère. Le requérant soutient que son état de santé exige un suivi régulier et que l'ensemble des actes médicaux dont il doit bénéficier ne sont pas réalisables en Algérie. Toutefois, le requérant, qui ne précise au demeurant pas la nature exacte de la prise en charge et des traitements dont il doit bénéficier, n'apporte aucun élément relatif à l'impossibilité alléguée d'une telle prise en charge en Algérie. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions citées aux points 4 et 5. Il suit de là que les moyens tirés de ce que le préfet aurait méconnu les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en décidant, respectivement, de lui refuser la délivrance d'un certificat de résidence, et de lui faire obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, dès lors que sa situation est exclusivement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le requérant ne peut pas utilement invoquer une méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu, toutefois, de le regarder comme se prévalant des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, aux termes desquelles un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit " au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale un atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. M. B est célibataire et sans enfant. Il ne justifie pas avoir tissé de liens sur le territoire national. Il n'établit pas non plus une quelconque intégration sociale ou professionnelle. Ainsi et à supposer même que sa présence habituelle en France à compter de l'année 2015 puisse être regardée comme démontrée, la durée de son séjour ne saurait, à elle seule, permettre de considérer que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur sa situation personnelle.

9. En cinquième lieu, indépendamment de l'énumération faite par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige, des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ou d'un arrêté de reconduite à la frontière, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi ou une convention internationale prévoit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'éloignement.

10. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 6 et 8 que M. B ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour. Le moyen tiré de ce qu'il ne pourrait, sans erreur de droit, faire l'objet d'une mesure d'éloignement, doit, dès lors, être écarté.

11. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée des illégalités alléguées. Par suite, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité de cette décision, par la voie de l'exception, pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2024 du préfet de la Haute-Corse. Sa requête ne peut dès lors qu'être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de la Haute-Corse.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, où siégeaient :

- M. Vanhullebus, président,

- M. Martin, premier conseiller,

- Mme Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

T. VANHULLEBUSL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

J. MARTIN

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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