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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400280

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400280

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400280
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS REYNOLDS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2311335 du 29 février 2024, enregistrée le 1er mars 2024 au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Melun a transmis, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A C.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun le 26 octobre 2023, M. A C, représenté par Me Reynolds, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2023-61 du 3 octobre 2023 par lequel le préfet de la Haute-Corse a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'arrêté :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur le refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ainsi que d'un défaut sérieux d'examen de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 février 2024 et le 10 avril 2024, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Vanhullebus a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M C, né le 31 janvier 2003, de nationalité algérienne, soutient être entré en France le 15 mai 2019, sous couvert d'un visa de court séjour. Il a obtenu, le 13 décembre 2021, un certificat de résidence portant la mention " travailleur temporaire ", valable jusqu'au 12 décembre 2022, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a sollicité, le 9 décembre 2022, le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 3 octobre 2023, le préfet de la Haute-Corse a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme B, sous-préfète, directrice de cabinet, qui a reçu délégation du préfet de la Haute-Corse, par un arrêté n° 2B-2023-06-30-00002 du 30 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer " toutes décisions, arrêtés et mesures d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français ". Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions applicables et les éléments propres à la situation personnelle de M. C. Ainsi et alors qu'il n'avait pas à indiquer la totalité des informations relatives à la situation de l'intéressé, il comporte une indication suffisante des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision lui refusant le titre de séjour manque dès lors en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que, eu égard notamment à la motivation de l'arrêté attaqué, le préfet de la Haute-Corse n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de M. C.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "

6. M. C, est entré en France à l'âge de seize ans et a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance par une décision du juge aux affaires familiales le 15 mai 2019. Il ressort ainsi des pièces du dossier que le requérant peut se prévaloir d'une durée de séjour en France de cinq ans à la date de la décision attaquée, ainsi que de l'exercice d'activités étudiantes et professionnelles par la voie de contrats d'apprentissage et d'un contrat à durée indéterminée auquel l'intéressé a toutefois mis fin. Si M. C se prévaut en outre d'une vie maritale avec une ressortissante française, la communauté de vie du couple n'est pas établie avant l'année 2023 et présente ainsi un caractère récent à la date de la décision attaquée. Le requérant, dont une sœur est présente sur le territoire national sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " commerçant ", n'est pas dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où vivent ses parents. Il ressort en outre des pièces du dossier et notamment des rapports de police des 9 février 2021 et 18 avril 2023, que, contrairement à ce qu'il prétend, l'intéressé entretient des relations avec ses parents, frères et sœurs résidant en Algérie. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C. Ce dernier n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que le préfet, en lui refusant le renouvellement d'un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, aurait méconnu les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En cinquième lieu, M. C n'est, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée des illégalités alléguées. Par suite, M. C n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de celle portant obligation de quitter le territoire français.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 octobre 2023 du préfet de la Haute-Corse. Sa requête ne peut dès lors qu'être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Haute-Corse.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, où siégeaient :

- M. Vanhullebus, président,

- M. Martin, premier conseiller,

- Mme Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

T. VANHULLEBUSL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

J. MARTIN

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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