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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400292

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400292

lundi 18 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400292
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationRéconduite à la frontière
Avocat requérantROMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mars 2024, Mme A B épouse C, représentée par Me Romani, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud a prononcé sa remise aux autorités italiennes ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud Sud l'a assigné à résidence dans le département de la Corse-du-Sud pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la décision prononçant sa remise aux autorités italiennes est entachée d'incompétence, a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de l'irrégularité de son contrôle par un fonctionnaire de police et de la méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure ; elle est entachée d'erreurs de droit, d'appréciation et de fait dès lors qu'elle est entrée en France le 8 mars 2024, délai inférieur au délai de trois mois prévu à l'article R. 621-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision l'assignant à résidence est entachée d'incompétence, a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de l'irrégularité de son contrôle par un fonctionnaire de police, et de la méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure ; elle est insuffisamment motivée et méconnaît l'obligation d'information des droits et obligations énoncés aux articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreurs de droit d'appréciation et de fait dès lors qu'elle est entrée en France le 8 mars 2024, délai inférieur au délai de trois mois prévu à l'article R. 621-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'appréciation du préfet selon laquelle elle ne peut quitter immédiatement le territoire français est erronée ; enfin cette décision porte atteinte à sa liberté d'aller et venir garantie par la Constitution.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le magistrat désigné était susceptible d'annuler l'arrêté d'assignation à résidence par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté de remise aux autorités italiennes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République italienne relatif à la réadmission des personnes en situation irrégulière (ensemble une annexe), signé à Chambéry le 3 octobre 1997 publié par le décret n° 2000-652 du 4 juillet 2000 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pierre Monnier, vice-président, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 623-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Pierre Monnier a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. / L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. " Aux termes de l'article L. 621-4 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne l'étranger, détenteur d'un titre de résident de longue durée - UE en cours de validité accordé par cet Etat, en séjour irrégulier sur le territoire français. / Les conditions d'application du présent article sont déterminées par décret en Conseil d'Etat. "

2. A l'occasion d'un contrôle d'identité effectué le 14 mars 2024, Mme B épouse C, ressortissante albanaise née à Durres le 27 juin 1992, a été retenue afin de procéder à la vérification de son droit de circulation ou de séjour sur le territoire national. Estimant que l'intéressée, titulaire d'un titre de résident longue durée-UE délivré par les autorités italiennes, séjournait de manière irrégulière sur le territoire français, le préfet de la Corse-du-Sud, par un arrêté du 14 mars 2024, a prononcé sa remise aux autorités italiennes. Par un second arrêté du même jour, la même autorité a assigné dans le département de la Corse-du-Sud l'étranger pour une période de quarante-cinq jours. Mme B épouse C demande l'annulation de ces deux arrêtés du 14 mars 2024.

Sur le doublon :

3. La requête n° 2400293 constitue le double de la requête n° 2400292. Il y a donc lieu de procéder à sa radiation des registres du greffe du tribunal administratif de Bastia et de joindre ces documents à la requête n° 2400292.

Sur l'arrêté de remise aux autorités italiennes :

4. Aux termes de l'article L.621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne l'étranger, détenteur d'un titre de résident de longue durée - UE en cours de validité accordé par cet Etat, en séjour irrégulier sur le territoire français. Les conditions d'application du présent article sont déterminées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R.621-5 du même code : " L'autorité administrative désignée à l'article R. 621-1 peut, en application des dispositions de l'article L. 621-4, prendre une décision de remise à l'encontre de l'étranger titulaire du statut de résident de longue durée - UE accordé par un autre Etat, dans les cas suivants : 1° L'étranger a séjourné sur le territoire français plus de trois mois consécutifs sans se conformer aux dispositions de l'article L. 426-11 ; 2° L'étranger fait l'objet d'un refus de délivrance ou de renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle en application de l'article L. 426-11 ou du retrait d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle délivrée en application du même article. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, d'une part, Mme B épouse C est titulaire d'un titre de résident de longue durée UE en cours de validité accordé par l'Italie et d'autre part, qu'elle est entrée en France le 8 mars 2024 ainsi qu'en témoigne le titre de transport qu'elle produit. Dès lors, qu'elle résidait en France régulièrement, depuis moins de trois mois, à la date de la décision contestée, la requérante est fondée à soutenir que la décision décidant de sa remise aux autorités italiennes méconnaît les dispositions des articles L.621-4 et R.621-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B épouse C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Corse-du-Sud du14 mars 2024.

Sur l'arrêté d'assignation à résidence :

7. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / () / 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ; () ".

8. L'arrêté du 14 mars 2024 par lequel le préfet de la Corse-du-Sud a assigné à résidence dans le département de la Corse-du-Sud Mme B épouse C a été pris sur le fondement des dispositions rappelées au point précédent et pour l'application de l'arrêté du même jour décidant sa remise aux autorités italiennes. Eu égard à ce qui a été dit au point 6, l'arrêté d'assignation à résidence est également illégal.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme B épouse C est fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle attaque.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B épouse C d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2400293 est rayée du registre du greffe du tribunal pour être jointe à la requête n° 2400292.

Article 2 : Les arrêtés du 14 mars 2024 du préfet de la Corse-du-Sud sont annulés.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B épouse C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de Mme B épouse C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et au préfet de la Corse-du-Sud.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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