mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2400375 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par l'ordonnance n° 2301085 du 29 novembre 2023, le président du tribunal a condamné l'Etat à verser à M. B et à Mme C A, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, une provision de 11 144 euros ainsi que, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros.
Par une lettre, enregistrée le 3 avril 2024, M. et Mme A, représentés par la SCP Romani, Clada, Maroselli, Armani, ont demandé au tribunal :
1°) sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative, d'assurer l'exécution de l'ordonnance du 29 novembre 2023, en fixant un délai d'exécution et en prononçant une astreinte ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par une ordonnance du 4 avril 2024, le président du tribunal a ordonné l'ouverture d'une procédure juridictionnelle d'exécution de cette ordonnance.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;
- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Par l'ordonnance n° 2301085 du 29 novembre 2023, devenue définitive, le président du tribunal a condamné l'Etat à verser à M. et Mme A, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, une provision de 11 144 euros ainsi que, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros. Par une ordonnance du 4 avril 2024, ce même président a ordonné l'ouverture d'une procédure juridictionnelle d'exécution de cette ordonnance.
2. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution () ".
3. Aux termes du I de l'article 1er de la loi du 16 juillet 1980 relative aux astreintes prononcées en matière administrative et à l'exécution des jugements par les personnes morales de droit public, reproduit à l'article L. 911-9 du code de justice administrative : " Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné l'Etat au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice. / () / A défaut d'ordonnancement dans les délais mentionnés aux alinéas ci-dessus, le comptable assignataire de la dépense doit, à la demande du créancier et sur présentation de la décision de justice, procéder au paiement ". Dès lors que ces dispositions permettent à la partie gagnante, en cas d'inexécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée, d'obtenir du comptable public assignataire le paiement de la somme que l'Etat est condamné à lui verser à défaut d'ordonnancement dans le délai prescrit, il n'y a, en principe, pas lieu de faire droit à une demande tendant à ce que le juge prenne des mesures pour assurer l'exécution de cette décision. Il en va toutefois différemment lorsque le comptable public assignataire, bien qu'il y soit tenu, refuse de procéder au paiement.
4. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de la notification de l'ordonnance n° 2301085 du 29 novembre 2023 du président du tribunal, l'administration n'a pas procédé à l'ordonnancement des sommes dues à M. et Mme A en exécution de cette ordonnance. Le comptable assignataire, saisi le 20 février 2024 par l'avocat de ces derniers d'une demande de paiement, n'a pas procédé au paiement. Dès lors, il y a lieu pour le tribunal d'ordonner au préfet de la Corse-du-Sud de procéder au paiement des sommes dues aux requérants en exécution de l'ordonnance du président du tribunal du 29 novembre 2023, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et d'assortir cette prescription d'une astreinte de 50 euros par jour de retard, jusqu'à la date à laquelle ce jugement aura reçu exécution.
5. Enfin, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Corse-du-Sud de procéder au paiement des sommes dues à M. et Mme A en exécution de l'ordonnance n° 2301085 du 29 novembre 2023.
Article 2 : Une astreinte est prononcée à l'encontre de l'Etat, s'il ne justifie pas avoir, dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement, exécuté l'ordonnance visée à l'article 1er du présent jugement. Le taux de cette astreinte est fixé à 50 euros par jour, à compter de l'expiration du délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera aux requérants la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Mme C A, au préfet de la Corse-du-Sud et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Pierre Monnier, président ;
M. Jan Martin, premier conseiller ;
Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
Signé
P. MONNIER
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
J. MARTINLa greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. Mannoni
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