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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400601

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400601

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400601
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationRéconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2024, M. A B, représenté par Me Taddei, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 24 2B 214 du 15 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Corse lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Corse l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Il soutient que :

- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français est entaché d'une insuffisance de motivation au regard des dispositions de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 ;

- il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il entre dans le champ des prévisions du 4° et du 5° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il bénéficie de ressources stables et suffisantes et ne constitue pas une charge pour le système social français ;

- il justifie être présent en France depuis l'année 1993.

La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Corse qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience publique, après présentation du rapport, les observations de Me Taddei, représentant M. B, et celles de M. B, qui soutient, en outre, que l'arrêté portant assignation à résidence doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français.

Après avoir décidé de différer la clôture de l'instruction au 22 mai 2024 à 12 heures.

Par un mémoire, enregistré le 22 mai 2024, M. B conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Il soutient, en outre, que l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant belge, né le 21 octobre 1989, M. B a fait l'objet, le 15 mai 2024, d'une part, d'un arrêté du préfet de la Haute-Corse lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans et, d'autre part, d'un arrêté d'assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

2. Aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur avant le 1er mai 2021 : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 4° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; 5° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de vingt ans () ". Citoyen de l'Union européenne dont la situation est régie par les dispositions du livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées aux points 3 et 4, M. B ne peut se prévaloir utilement d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ont d'ailleurs été abrogées à compter du 1er mai 2021 et sur le fondement desquelles n'a pas été décidée l'obligation de quitter le territoire français.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 200-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date des arrêtés attaqués : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : 1° Des citoyens de l'Union européenne, tels que définis à l'article L. 200-2 () ". Le premier alinéa de cet article L. 200-2 prévoit que " Est citoyen de l'Union européenne toute personne ayant la nationalité d'un Etat membre. " L'article L. 200-6 dispose : " Les restrictions au droit de circuler et de séjourner librement en France prononcées à l'encontre de l'étranger dont la situation est régie par le présent livre ne peuvent être motivées que par un comportement qui constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. / Il en va de même lorsque l'étranger dont la situation est régie par le présent livre a fait l'objet d'une peine d'interdiction du territoire, d'une décision d'expulsion, d'une interdiction de circulation sur le territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire. " Aux termes de l'article L. 233-1 : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () " L'article L. 234-1 dispose, en son premier alinéa, que " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. "

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. " L'article L. 251-2 dispose : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne () qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. "

5. Il ressort des pièces produites par le requérant que celui-ci a été scolarisé en France du mois de septembre 1995 à l'année 2007 et y avoir séjourné depuis l'année 2009. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé n'aurait pas résidé de manière légale et ininterrompue sur le territoire français. Ainsi, en l'état de l'instruction devant le tribunal, M. B doit être regardé comme ayant acquis un droit au séjour permanent en France. Il résulte des dispositions de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que M. B, qui entre dans le champ des prévisions de l'article L. 234-1, ne peut pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.

6. Il résulte de ce qui a été indiqué au point précédent que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français et, par voie de conséquence, de celle fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans, ainsi que de l'arrêté du portant assignation à résidence.

D É C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du 15 mai 2024 du préfet de la Haute-Corse sont annulés.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Corse.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

Le rapporteur,

Signé

T. VANHULLEBUSLa greffière,

Signé

H. NICAISE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

H. NICAISE

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