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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400685

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400685

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 4 juin 2024, M. C B A, représenté par la SCP Ribaut-Pasqualini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 24 2B 219 du 22 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Corse lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Corse l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 5 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- la requête n'est pas tardive dès lors que la date de notification est erronée et que les formulaires de notification manquent de clarté ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation dès lors que sa famille réside sur le territoire national, qu'il contribue à l'entretien de ses enfants et qu'il n'est pas divorcé ;

- l'interdiction de circulation porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'elle le séparerait de ses deux enfants mineurs.

La requête a été communiquée au préfet de la Haute-Corse qui n'a pas produit de mémoire.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience publique, après présentation du rapport, les observations de Me Ribaut-Pasqualini, représentant M. B A, et celles de M. B A.

Après avoir décidé de différer la clôture de l'instruction au 5 juin 2024 à 12 heures puis 18 heures puis le 6 juin 2024 à 11 heures 30.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le requérant, qui est susceptible de bénéficier d'un droit au séjour permanent en application de l'article L. 234-1 de ce code, ne peut pas faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1.

Par un mémoire, enregistré le 5 juin 2024, le préfet de la Haute-Corse a présenté des observations en réponse à cette mesure d'information.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant portugais, né le 14 février 1980, M. B A a été condamné par le tribunal correctionnel de Bastia, le 9 août 2021, à une peine de douze mois d'emprisonnement, dont huit mois avec sursis probatoire, qui a été ultérieurement révoqué en totalité par le juge d'application des peines, pour avoir commis des faits de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Entendu le 3 avril 2024 par les services de la police aux frontières, l'intéressé a fait l'objet, le 22 mai 2024, d'un arrêté par lequel le préfet de la Haute-Corse lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Un arrêté d'assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours a été pris le 24 mai 2024. M. B A demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ". Aux termes de l'article L. 251-2 : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. " Selon le premier alinéa de l'article L. 234-1 : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. "

3. Lorsqu'un citoyen de l'Union européenne, incarcéré à la suite d'une condamnation à une peine privative de liberté bénéficie d'une mesure d'exécution de sa peine sous le régime de la semi-liberté, la période effectuée sous ce régime, comme toute période de détention ou toute période d'exécution de peine sous un autre régime d'exécution, tel le placement à l'extérieur ou le placement sous surveillance électronique, ne peut être regardée comme une période de résidence régulière au sens de l'article L. 234-1 du code d'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle emporte une obligation de résidence pour l'intéressé, ne résultant pas d'un choix délibéré de sa part.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B A est entré en France au plus tard le 20 mai 2019, date à partir de laquelle il a été employé, en qualité d'ouvrier d'exécution, par un contrat de travail à durée indéterminée, signé le même jour. Lors de son audition par la police aux frontières, le 3 avril 2024, l'intéressé a déclaré vivre à Bastia depuis le mois de mai 2019. M. B A a toutefois été écroué au centre pénitentiaire de Borgo, le 10 novembre 2023, à la suite de sa condamnation par un jugement du tribunal judiciaire de Bastia et la révocation totale du sursis probatoire, par une décision du 10 novembre 2022 du juge de l'application des peines. Après une remise de peine de 45 jours, le 14 février 2024, le requérant a été libéré sous contrainte, sous le régime de la détention à domicile sous surveillance électronique, à compter du 22 mars 2024 et jusqu'au 26 mai 2024, par une ordonnance du 22 février 2024. Ainsi, il n'y a pas lieu de tenir compte des mois passés en détention, carcérale ou sous surveillance électronique, soit à partir du 10 novembre 2023, pour apprécier la durée de résidence de manière légale en France pendant les cinq années précédant l'arrêté du 22 mai 2024 du préfet de la Haute-Corse. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, M. B A ne justifie pas d'un droit au séjour permanent en France en application des dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est dès lors susceptible de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 251-1 du même code.

5. M. B A a été déclaré coupable de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Eu égard à la nature et à la gravité des faits commis, le comportement personnel du requérant constitue, du point de vue de l'ordre public, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française. M. B A entre ainsi dans le champ des prévisions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il ressort du procès-verbal de son audition du 3 avril 2024, que M. B A a déclaré aux services de la police aux frontières être divorcé et père de deux enfants, qui vivent avec leur mère et avec lesquels il entretient de bons rapports, les accueillir souvent et contribuer à leur entretien. L'arrêté du 22 mai 2024 fait, quant à lui, notamment état de ce que M. B A a déclaré être divorcé et avoir deux enfants à charge qui résident avec son ex-épouse. Il mentionne en outre que le requérant n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et l'éducation de ses enfants. Ainsi, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Corse n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle et familiale.

7. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. "

8. L'interdiction de circulation sur le territoire français n'a pas par elle-même pour effet de rendre impossible toute relation entre M. B A et ses enfants dès lors, notamment, que ces derniers auront la faculté de rendre visite à leur père au Portugal ou sur le territoire de l'Etat dans lequel il fixera sa résidence. Dans ces conditions et eu égard à la nature et à la gravité des faits commis, en prononçant à l'encontre de M. B A une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans, le préfet de la Haute-Corse n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale.

9. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il y ait lieu d'admettre M. B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté n° 24 2B 219 du 22 mai 2024 du préfet de la Haute-Corse. Il suit de là que les conclusions aux fins d'annulation de l'assignation à résidence, d'injonction, d'astreinte et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, doivent être rejetées par voie de conséquence.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au préfet de la Haute-Corse.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

T. VANHULLEBUSLa greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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