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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400691

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400691

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400691
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MORELLI-MAUREL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2024, Mme B A, représentée par Me Poletti, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution du permis de construire tacite, né du silence gardé sur la demande présentée par Mme C D, pour l'édification d'une maison avec garage et piscine sur un terrain cadastré section D n° 1614, situé lieudit Baca, ainsi que de la décision du 24 avril 2024 du maire de Pianottoli-Caldarello refusant de le retirer ;

2°) de mettre une somme de 2 500 euros à la charge de Mme D ou de la commune de Pianottoli-Caldarello au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le permis méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 121-13 du même code ;

- le maire s'est fondé à tort sur les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme pour rejeter sa demande de retrait qui relevait des dispositions des articles L. 410-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, Mme C D, représentée par le cabinet Olex, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir.

La requête a été communiquée à la commune de Pianottoli-Caldarello qui n'a pas produit de mémoire.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir présenté son rapport et entendu au cours de l'audience publique les observations de Me Poletti, représentant Mme A.

Après avoir décidé de différer la clôture de l'instruction au 17 juin 2024 à 14 heures puis au 18 juin 2024 à 12 heures.

Par un mémoire, enregistré le 14 juin 2024, Mme A conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Elle soutient, en outre, qu'elle justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2024, Mme D conclut aux mêmes fins que précédemment, par le même moyen.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2400645 tendant à l'annulation du permis de construire tacite accordé par le maire de Pianottoli-Caldarello et de sa décision du 24 avril 2024.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

2. Mme D a déposé le 31 mars 2022 une demande de permis de construire une maison, une piscine et un garage sur la parcelle cadastrée section D n° 1614, issue d'une division de la parcelle n° 1482, située lieudit Baca, sur le territoire de la commune de Pianottoli-Caldarello. Le maire lui a opposé un refus, par un arrêté du 23 mai 2022. Un arrêté du 4 juillet 2022 a retiré celui du 23 mai 2022. Un permis de construire tacite est né le 31 mai 2022 que le maire a retiré par un arrêté du 4 juillet 2022 qui a lui-même été rapporté, le 7 août 2022. Par un arrêté du 30 août 2022, le maire a retiré le permis tacite obtenu par Mme D le 31 mai 2022. Ce retrait du permis de construire tacite a été annulé, pour vice de procédure, par un jugement n° 2200765 du 14 mars 2024 du tribunal, passé en force de chose jugée. Par la requête n° 2400645, enregistrée le 27 mai 2024, Mme A a demandé au tribunal d'annuler le permis de construire tacite, ainsi que la décision du 24 avril 2024 de rejet de sa demande de retrait de cette autorisation. Elle a en outre, dans la présente instance, saisi le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, afin qu'il suspende l'exécution du permis de construire et de la décision du 24 avril 2024.

3. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe () ".

4. Il résulte de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie en principe d'un intérêt lui donnant qualité pour demander l'annulation d'un permis de construire lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. Mme A est propriétaire de la parcelle cadastrée section D n° 856. Elle est ainsi voisine immédiate de la parcelle n° 1614, laquelle est issue d'une division de la parcelle n° 1482 appartenant à Mme D. La requérante, à laquelle il incombe de faire état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que l'atteinte qu'elle invoque est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien, se prévaut ce que le niveau des toitures des constructions autorisées sera, compte tenu de la configuration des lieux, de nature à entraîner des nuisances visuelles tant depuis sa maison qu'à proximité de la clôture mitoyenne alors qu'elle bénéficiait d'une vue sur un vaste espace naturel en direction de la mer. Mme A relève également que la tranquillité des lieux sera troublée par les nuisances sonores liées à l'utilisation de la piscine et à la circulation de véhicules à moteur. Il ne résulte pas de l'instruction que la construction projetée, dont l'implantation est prévue à proximité de la limite séparative de la parcelle n° 856 et en contrebas de celle-ci, sera masquée par la végétation existante, en tout point de la propriété de la requérante. Par ailleurs, la voie de desserte interne au terrain d'assiette du projet n'est située qu'à quelques mètres de la limite séparative. Dans ces conditions, et alors même qu'elle ne sera pas privée de toute vue sur la mer, il résulte de l'instruction devant le juge des référés que la construction autorisée est de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien que détient Mme A. Il suit de là que la fin de non-recevoir opposée par Mme D doit être écartée.

6. En l'état de l'instruction, les moyens invoqués par Mme A et tirés de ce que le permis de construire tacite méconnaît les dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-13 du code de l'urbanisme sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.

7. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. La construction d'un bâtiment autorisée par un permis de construire présente un caractère difficilement réversible. Par suite, lorsque la suspension de l'exécution d'un permis de construire est demandée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la condition d'urgence est en principe satisfaite ainsi que le prévoit l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme. Il ne peut en aller autrement que dans le cas où le pétitionnaire ou l'autorité qui a délivré le permis justifie de circonstances particulières. Il appartient alors au juge des référés, pour apprécier si la condition d'urgence est remplie, de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

8. Ni la pétitionnaire ni la commune ne justifient ni même n'allèguent de circonstances particulières propres à écarter la présomption d'urgence.

9. Il résulte de ce qui a été indiqué aux deux points précédents qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution du permis de construire tacite dont Mme D est titulaire, ainsi que de la décision du 24 avril 2024 de rejet du recours gracieux formé à son encontre.

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Pianottoli-Caldarello et de Mme D une somme de 1 000 euros chacune au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

ORDONNE

Article 1er : L'exécution du permis de construire tacite accordé à Mme D par le maire de Pianottoli-Caldarello et sa décision du 24 avril 2024 est suspendue.

Article 2 : La commune de Pianottoli-Caldarello et Mme D verseront à Mme A une somme de 1 000 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à la commune de Pianottoli-Caldarello et à Mme C D.

Copie en sera transmise au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Ajaccio.

Fait à Bastia, le 19 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

T. VANHULLEBUS

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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