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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400708

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400708

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBALME LEYGUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 10 juin 2024, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l'exécution du permis de construire tacite né du silence gardé par le maire de la commune de Petreto-Bicchisano sur la demande présentée par M. A B pour l'édification de cinq bâtiments en R+1, comprenant douze logements, sur un terrain cadastré section A n° 1158 situé lieudit Piazzola.

Il soutient que :

- le permis méconnaît les dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 122-10 du même code dès lors que le projet se situe dans un espace stratégique agricole ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 111-1 et R. 111-13 du code de l'urbanisme, en raison de l'avis défavorable du service départemental d'énergie de la Corse-du-Sud ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 111-6 du code de l'urbanisme dès lors que les bâtiments sont implantés à 20 mètres de l'axe de la route territoriale n° 40 ;

- la collectivité de Corse, gestionnaire de cette voie publique, n'a pas été consultée ;

- le dossier de demande ne comprend pas l'attestation de prise en compte de la réglementation thermique 2020 prévue à l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, M. A B, représenté par Me Balme Leygues, conclut au rejet du déféré et à ce que le versement d'une somme de 1 500 euros soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le déféré est irrecevable pour tardiveté dès lors que l'affichage du permis de construire tacite a été effectué à l'été 2019 ;

- la condition d'urgence exigée par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie dès lors que la décision attaquée, qui n'est pas un permis de construire mais un certificat de permis tacite, n'entre pas dans le champ des prévisions de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ;

- l'autorité absolue de chose jugée dont est revêtu le jugement du 22 décembre 2023 du tribunal fait obstacle à ce que le préfet puisse critiquer la légalité du permis de construire tacite dès lors qu'il s'est abstenu de produire au cours de l'instance au terme de laquelle ce jugement a été pris et à l'encontre duquel il n'a exercé aucune voie de recours.

Le déféré a été communiqué à la commune de Petreto-Bicchisano qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2400709 tendant à l'annulation du permis de construire tacite accordé par le maire de Petreto-Bicchisano.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir présenté son rapport au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l'exécution du permis de construire tacite né du silence gardé par le maire de Petreto-Bicchisano sur la demande présentée par M. B pour l'édification de cinq bâtiments en R+1, comprenant douze logements, sur un terrain cadastré section A n° 1158 situé lieudit Piazzola.

2. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, auquel renvoie l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. / () / Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. / Jusqu'à ce que le président du tribunal administratif ou le magistrat délégué par lui ait statué, la demande de suspension en matière d'urbanisme, de marchés et de délégation de service public formulée par le représentant de l'Etat dans les dix jours à compter de la réception de l'acte entraîne la suspension de celui-ci. Au terme d'un délai d'un mois à compter de la réception, si le juge des référés n'a pas statué, l'acte redevient exécutoire. () "

3. Aux termes du premier alinéa du I de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'ils ont été portés à la connaissance des intéressés dans les conditions prévues au présent article et, pour les actes mentionnés à l'article L. 2131-2, qu'il a été procédé à la transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement prévue par cet article. " Aux termes du I de l'article L. 2131-2 : " Sont transmis au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement () : () 6° Le permis de construire et les autres autorisations d'utilisation du sol et le certificat d'urbanisme délivrés par le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale, lorsqu'il a reçu compétence dans les conditions prévues aux articles L. 422-1 et L. 422-3 du code de l'urbanisme () ". Aux termes de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. / () / En cas de permis tacite, ce certificat indique la date à laquelle le dossier a été transmis au préfet ou à son délégué dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales. "

4. Il résulte de ces dispositions que le délai de recours de deux mois ouvert au représentant de l'Etat dans le département pour déférer un permis de construire tacite au tribunal administratif court, non pas à compter de la date d'affichage de la mention du permis tacite sur le terrain, selon les modalités fixées à l'article R. 424-16 du code de l'urbanisme, mais à compter de la date de réception par le préfet ou son délégué du dossier de la demande de permis de construire. Ainsi, le pétitionnaire ne peut pas se prévaloir utilement de ce que l'affichage du permis de construire tacite, qui a été transmis au représentant de l'Etat le 17 janvier 2024, aurait été effectué à l'été 2019, pour soutenir que la demande d'annulation serait irrecevable pour tardiveté.

5. La demande de suspension sur déféré est présentée en application des dispositions de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, auquel renvoie l'article L. 554-1 du code de justice administrative, et non sur le fondement de l'article L. 521-1 de ce code. M. B ne peut dès lors pas utilement se prévaloir de l'absence d'urgence pour conclure au rejet de la requête.

6. En l'état de l'instruction, les moyens soulevés par le préfet de la Corse-du-Sud sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par ailleurs, le moyen invoqué en défense, tiré de l'autorité absolue de chose jugée dont est revêtu le jugement n° 2200456 du 22 décembre 2023 du tribunal, n'est pas de nature à faire naître un doute sérieux quant au bien-fondé des moyens soulevés par le préfet.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution du permis de construire tacite né du silence gardé par le maire de Petreto-Bicchisano sur la demande de permis de construire présentée par M. B.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

ORDONNE

Article 1er : L'exécution du permis de construire tacite accordé par le maire de Petreto-Bicchisano à M. B est suspendue.

Article 2 : Les conclusions de M. B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Petreto-Bicchisano et à M. A B.

Copie en sera transmise au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Ajaccio.

Fait à Bastia, le 24 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

T. VANHULLEBUS

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

M. C

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