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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400713

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400713

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSANTONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 10 juin 2024, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 18 octobre 2023 par lequel le maire de la commune de Sari-Solenzara a accordé à M. B A un permis de construire une maison individuelle sur un terrain cadastré section D n° 803 situé lieudit Favone.

Il soutient que :

- le permis méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 121-13 du même code ;

- le projet se situe dans des espaces naturels, sylvicoles et pastoraux délimités par le plan d'aménagement et de développement durable de Corse qui sont inconstructibles.

- la demande de permis de construire ne comprend pas la copie de la lettre du préfet, mentionnée à l'article R. 431-19 du code de l'urbanisme, faisant connaître que le dossier de demande d'autorisation de défrichement est complet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, M. A, représenté par Me Santoni, conclut au rejet du déféré et à ce que le versement d'une somme de 2 500 euros soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la demande d'annulation est irrecevable pour tardiveté, le recours gracieux ayant été formé après l'expiration du délai de recours ;

- les moyens soulevés par le préfet de la Corse-du-Sud ne sont pas fondés.

Le déféré a été communiqué à la commune de Sari-Solenzara qui n'a pas produit de mémoire.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2400714 tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 octobre 2023 du maire de Sari-Solenzara.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- l'arrêté du 24 février 2023 établissant la liste et les conditions d'utilisation des dispositifs dispensés de l'homologation prévue au II de l'article R. 2131-2-A du code général des collectivités territoriales et permettant la transmission par voie électronique des actes des collectivités territoriales soumis au contrôle de légalité ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir présenté son rapport et entendu au cours de l'audience publique les observations de Me Santoni, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 18 octobre 2023 par lequel le maire de Sari-Solenzara a accordé à M. B A un permis de construire une maison individuelle sur un terrain cadastré section D n° 803 situé lieudit Favone.

2. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, auquel renvoie l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. / () / Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. / Jusqu'à ce que le président du tribunal administratif ou le magistrat délégué par lui ait statué, la demande de suspension en matière d'urbanisme, de marchés et de délégation de service public formulée par le représentant de l'Etat dans les dix jours à compter de la réception de l'acte entraîne la suspension de celui-ci. Au terme d'un délai d'un mois à compter de la réception, si le juge des référés n'a pas statué, l'acte redevient exécutoire. () "

3. Aux termes du premier alinéa du I de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'ils ont été portés à la connaissance des intéressés dans les conditions prévues au présent article et, pour les actes mentionnés à l'article L. 2131-2, qu'il a été procédé à la transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement prévue par cet article. " Aux termes du I de l'article L. 2131-2 : " Sont transmis au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement () : () 6° Le permis de construire et les autres autorisations d'utilisation du sol et le certificat d'urbanisme délivrés par le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale, lorsqu'il a reçu compétence dans les conditions prévues aux articles L. 422-1 et L. 422-3 du code de l'urbanisme () ".

4. M. A fait valoir que le permis de construire dont il est titulaire a été transmis au préfet par la commune de Sari-Solenzara, le 19 octobre 2023, au moyen d'un téléservice conformément aux dispositions des articles L. 423-3 et A. 423-5 du code de l'urbanisme et des articles R. 2131-2-A et R. 2131-2-B du code général des collectivités territoriales et que le délai de recours de deux mois était ainsi expiré à la date du 12 février 2024 à laquelle le représentant de l'Etat a formé un recours gracieux à l'encontre de l'arrêté du 18 octobre 2023. La production d'une capture d'écran par le pétitionnaire ne permet toutefois pas, par elle-même et à elle seule, de démontrer la réception du permis de construire et de l'entier dossier de la demande par le service du contrôle de la légalité. M. A, auquel il incombe de démontrer que la demande au fond présentée par le préfet a été présentée tardivement, ne produit pas l'accusé de réception généré par l'application @CTES, interfacée avec l'application Plat'Au, à la suite de l'envoi dématérialisé et qui est adressé automatiquement à l'émetteur après réussite de la transmission. Il suit de là que, en l'état de l'instruction devant le juge des référés, le moyen invoqué en défense et tiré de ce que la demande d'annulation du permis de construire du 18 octobre 2023 serait irrecevable pour tardiveté, doit être écarté.

5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que le permis de construire méconnaît les dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-13 du code de l'urbanisme, et de ce que la demande de permis de construire ne comprend pas la copie de la lettre du préfet faisant connaître que le dossier de demande d'autorisation de défrichement est complet, sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 18 octobre 2023 du maire de Sari-Solenzara accordant un permis de construire à M. A.

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

ORDONNE

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 18 octobre 2023 du maire de Sari-Solenzara accordant à M. A un permis de construire est suspendue.

Article 2 : Les conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Sari-Solenzara et à M. B A.

Copie en sera transmise au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Ajaccio.

Fait à Bastia, le 24 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

T. VANHULLEBUS

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

M. C

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