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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400725

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400725

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400725
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LACHAUD MANDEVILLE COUTADEUR & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 12 juin 2024, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l'exécution du permis de construire tacite né du silence gardé par le maire de la commune de Conca sur la demande présentée par la SCI Chajep 1 en vue de l'édification d'une maison individuelle avec piscine sur un terrain cadastré section B n° 1282 situé lieudit Cavalloni.

Il soutient que :

- le permis méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 121-13 du même code ;

- le projet, qui n'entre pas dans le champ des dérogations prévues à l'article R. 121-5 du même code, se situe dans l'espace remarquable n° 83 inconstructible en application des dispositions de l'article L. 121-23 ;

- le projet se situe dans des espaces naturels, sylvicoles et pastoraux délimités par le plan d'aménagement et de développement durable de Corse qui sont inconstructibles ;

- la cristallisation des droits nés du permis d'aménager ne peut être invoquée dès lors que ce permis méconnaît notamment les dispositions de la loi Littoral et qu'il est caduc.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2024, la SCI Chajep 1, représentée par Me Marques, conclut au rejet du déféré et à ce que le versement d'une somme de 3 000 euros soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande d'annulation est irrecevable pour tardiveté, le recours gracieux ayant été formé après l'expiration du délai de recours ;

- les moyens soulevés par le préfet de la Corse-du-Sud ne sont pas fondés.

Le déféré a été communiqué à la commune de Conca qui n'a pas produit de mémoire.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir présenté son rapport et entendu au cours de l'audience publique les observations de Me Riam, substituant Me Marques, représentant la SCI Chajep 1.

Après avoir décidé de différer la clôture de l'instruction au 21 juin 2024 à 14 heures.

Par un mémoire, enregistré le 21 juin 2024, la SCI Chajep 1 conclut aux mêmes fins que précédemment, par les mêmes moyens.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2400726 tendant à l'annulation du permis de construire tacite accordé par le maire de Conca.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l'exécution du permis de construire tacite né du silence gardé par le maire de la commune de Conca sur la demande présentée par la SCI Chajep 1 en vue de l'édification d'une maison individuelle avec piscine sur un terrain cadastré section B n° 1282 situé lieudit Cavalloni.

2. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, auquel renvoie l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. / () / Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. / Jusqu'à ce que le président du tribunal administratif ou le magistrat délégué par lui ait statué, la demande de suspension en matière d'urbanisme, de marchés et de délégation de service public formulée par le représentant de l'Etat dans les dix jours à compter de la réception de l'acte entraîne la suspension de celui-ci. Au terme d'un délai d'un mois à compter de la réception, si le juge des référés n'a pas statué, l'acte redevient exécutoire. () "

3. Aux termes des trois premiers alinéas de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. (). L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. "

4. La demande de permis de construire déposée par la SCI Chajep 1 le 27 décembre 2023, a été transmise au préfet de la Corse-du-Sud le 26 mars 2024 accompagnée du certificat du 7 mars 2024 de permis tacite délivré par le maire de Conca. Le préfet a adressé un recours gracieux le 30 avril 2024 à la commune. Il a informé la pétitionnaire de ce recours gracieux, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception déposée auprès des services de La Poste le 30 avril 2024. Ce courrier indique que " conformément aux dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, je vous transmets copie de la lettre expédiée au maire de Conca ". Si la SCI Chajep 1 soutient que cette lettre n'était pas accompagnée d'une copie du recours gracieux envoyé à la commune, elle ne produit aucun commencement de justification à l'appui de son allégation. Il lui appartenait au demeurant de se rapprocher du préfet pour obtenir la copie du recours gracieux annoncé, dans le cas où celle-ci n'aurait pas été jointe au courrier d'information qui lui a été notifié le 6 mai 2024. Il suit de là que l'exercice de ce recours gracieux, qui lui a été régulièrement notifié, a prorogé le délai du recours contentieux. Ce recours gracieux a été rejeté par une décision du 7 mai 2024 du maire de Conca, reçue en préfecture le 13 mai. La demande d'annulation, qui a été enregistrée au greffe du tribunal le 12 juin 2024, a ainsi été présentée dans le délai de recours. La SCI Chajep 1 n'est dès lors pas fondée à soutenir que la demande au fond serait tardive.

5. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que le permis de construire méconnaît les dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-13 du code de l'urbanisme sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution du permis de construire tacite accordé par le maire de Conca à la SCI Chajep 1 en vue de l'édification d'une maison individuelle avec piscine sur un terrain cadastré section B n° 1282.

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la SCI Chajep 1 une somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

ORDONNE

Article 1er : L'exécution du permis de construire tacite accordé par le maire de Conca à la SCI Chajep 1 pour la parcelle cadastrée section B n° 1282 est suspendue.

Article 2 : Les conclusions de la SCI Chajep 1 présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Conca et à la SCI Chajep 1.

Copie en sera transmise au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Ajaccio.

Fait à Bastia, le 24 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

T. VANHULLEBUS

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

M. A

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