vendredi 12 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2400827 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Réconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PINTREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 juillet 2024 et le 10 juillet 2024, M. D A B, représenté par Me Bazin-Clauzade demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° 24 2B 290 du 4 juillet 2024 par lequel le préfet de la Haute-Corse lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il n'a pas été procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- l'arrêté viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en ce qu'il porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire sans délai :
- il bénéficie du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il satisfait à une condition fixée par l'article L. 233-1 du même code car il réside chez sa mère qui exerce une activité professionnelle en France ce qui lui permet de disposer de ressources suffisantes et qu'il a résidé de manière légale et ininterrompue en France depuis l'âge de 4 ans de sorte qu'il ne peut pas faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 et que le champ d'application de l'article L. 251-2 a été méconnu ;
- en tout état de cause, il a été fait une inexacte application du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la menace réelle, actuelle, et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ne saurait résulter des seules condamnations pénales qui lui ont été infligées, que l'administration n'a pas procédé à un examen de son comportement personnel, y compris celui qu'il a adopté en détention ;
- il a été fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ce qui méconnaît les objectifs de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 30 avril 2004 dès lors qu'aucun élément de fait ne justifie d'une urgence qui autoriserait que le délai de départ volontaire d'un mois qui doit en principe être accordé aux citoyens de l'Union européenne, soit réduit ;
En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire durant une durée de trois ans et son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la durée de l'interdiction est disproportionnée et porte une atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de la Haute-Corse conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté bénéficie d'une délégation régulière ;
- l'arrêté ne repose pas uniquement sur le motif tiré de la condamnation pénale du requérant dès lors que son comportement pris dans son ensemble a été pris en compte ;
- l'arrêté ne porte pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale dès lors que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où vivent ses grands-parents avec lesquels il déclare avoir des contacts réguliers, qu'il est célibataire, sans enfant, est dépourvu de ressources et ne justifie pas d'une activité professionnelle ;
- les autres moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné Mme Nathalie Sadat, conseillère, pour statuer sur les recours en annulation et demandes de suspension d'exécution des obligations de quitter le territoire français et mesures d'éloignement.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendues au cours de l'audience publique, après présentation du rapport :
- les observations de Me Bazin-Clauzade qui rappelle que la mère, le beau-père et le frère du requérant disposent de ressources suffisantes et souhaitent continuer à le soutenir ;
- les observations de M. A B.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant portugais né le 12 février 2002, M. C a fait l'objet, le 4 juillet 2024 d'un arrêté du préfet de la Haute-Corse lui faisant obligation de quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. A B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 200-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : 1° Des citoyens de l'Union européenne, tels que définis à l'article L. 200-2 () 3° Des membres de famille des citoyens de l'Union européenne et des étrangers qui leur sont assimilés, tels que définis à l'article L. 200-4 () ". Le premier alinéa de cet article L. 200-2 prévoit que " Est citoyen de l'Union européenne toute personne ayant la nationalité d'un Etat membre. " et l'article L. 200-4 prévoit que : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : () 3° Descendant direct à charge du citoyen de l'Union européenne ou de son conjoint () ". L'article L. 200-6 dispose : " Les restrictions au droit de circuler et de séjourner librement en France prononcées à l'encontre de l'étranger dont la situation est régie par le présent livre ne peuvent être motivées que par un comportement qui constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. / Il en va de même lorsque l'étranger dont la situation est régie par le présent livre a fait l'objet d'une peine d'interdiction du territoire, d'une décision d'expulsion, d'une interdiction de circulation sur le territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire. " Aux termes de l'article L. 233-1 : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ()." L'article L. 234-1 dispose, en son premier alinéa, que " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. "
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. " L'article L. 251-2 dispose : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. "
4. Il ressort des pièces du dossier produites par le requérant que celui-ci est arrivé sur le territoire français à l'âge de 4 ans accompagnant ses parents qui ont rejoint plusieurs membres de leur famille, qu'il réside depuis 2012 avec sa mère qui exerce une activité professionnelle lui procurant des revenus mensuels d'environ 2000 euros et chez laquelle il réside depuis sa sortie de détention. En outre, il a été scolarisé en France jusqu'en classe de troisième en 2017, année à l'issue de laquelle il a choisi de s'orienter en première année de CAP, il a signé un contrat d'apprentissage avec un concessionnaire automobile le 13 octobre 2017, puis avec une entreprise du bâtiment le 10 septembre 2018, il justifie d'une activité professionnelle sur plusieurs périodes, du mois de septembre 2018 au 12 avril 2019, du 13 juin 2019 au 15 septembre 2019, du 13 février 2020 au 31 mars 2020, du 14 mai 2020 au 30 juin 2021 et du 12 août 2021 au 11 septembre 2021, il s'est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi le 29 septembre 2021 et a perçu des revenus imposables au cours de l'année 2022. Dès lors, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui satisfait à l'une des conditions prévues par l'article L. 233-1 précité, n'aurait pas résidé de manière légale et ininterrompue sur le territoire français. Ainsi, en l'état de l'instruction devant le tribunal, M. A B doit être regardé comme ayant acquis un droit au séjour permanent en France. Il résulte des dispositions de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que M. A B, qui entre dans le champ d'application de l'article L. 234-1, ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
5. Il résulte de ce qui a été indiqué au point précédent que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français et, par voie de conséquence, de celle fixant le pays de renvoi, prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans et prononçant son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A B et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 4 juillet 2024 du préfet de la Haute-Corse est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à M. A B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B et au préfet de la Haute-Corse.
Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
N. SADATLa greffière,
Signé
H. MANNONI
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. MANNONI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026