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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2400835

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2400835

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2400835
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 12 juillet 2024, le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir la décision tacite, née du silence gardé par le maire de Grosseto-Prugna, de non-opposition à la déclaration préalable présentée par M. B A en vue de la division en quatre lots, dont deux à bâtir, des parcelles cadastrées section A n°s 6121, 6130 à 6133 et 6251, situées au lieudit " Porticcio ".

Le préfet soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 et L. 111-3 de ce code ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 121-13 du même code ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 dudit code ;

- le maire était tenu de respecter son avis conforme défavorable ;

- le projet méconnaît le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) en ce qu'il se situe dans les espaces naturels, sylvicoles et pastoraux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pierre Monnier, président ;

- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.

Une note en délibéré préfet de la Corse-du-Sud a été enregistrée le 14 février 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a présenté le 22 décembre 2023 en mairie de Grosseto-Prugna une déclaration préalable en vue de la division en quatre lots, dont deux à bâtir, des parcelles cadastrées section A n°s 6121, 6130 à 6133 et 6251, situées au lieudit " Porticcio ". En application du a) de l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme, du silence de l'administration durant un mois est née le 22 janvier 2024 une décision tacite de non-opposition à cette déclaration préalable. Le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler cette décision tacite de non-opposition.

2. En premier lieu, en application combinée des articles L. 174-1 et L. 422-5 du code de l'urbanisme, le maire était tenu, puisque le plan d'occupation des sols de la commune de Grosseto-Prugna est caduc depuis le 27 mars 2017, de s'opposer à la déclaration préalable de M. A, compte tenu de l'avis conforme négatif que le préfet de la Corse-du-Sud a notifié le 16 janvier 2024 à la commune de Grossetto Prugna et dont la légalité n'est pas contestée en défense. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être accueilli.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages

4. Le PADDUC, qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. En outre, le PADDUC prévoit, que, pour apprécier si un projet s'implante en continuité d'un village ou d'une agglomération, il convient de tenir compte de critères tenant à la distance de la construction projetée par rapport au périmètre urbanisé existant, à l'existence de ruptures avec cet ensemble, tels qu'un espace naturel ou agricole ou une voie importante, à la configuration géographique des lieux et aux caractéristiques propres de la forme urbaine existante. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 3.

5. Il ressort des pièces du dossier que le secteur dans lequel s'insère les parcelles litigieuses est caractérisé, au nord-est et au sud-ouest par la présence d'espaces naturels et, au nord-ouest et au sud-est, de quelques habitations diffuses. Il n'est ni établi ni même allégué que ces deux groupes d'habitation joueraient une fonction structurante à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire et seraient identifiés, eu égard à leurs trames, à leurs morphologies urbaines et aux indices de vie sociale, comme ayant un caractère stratégique pour l'organisation et le développement de la commune de Grosseto-Prugna. Par suite, ce secteur ne saurait être regardé comme une agglomération au sens des dispositions du code de l'urbanisme au regard des précisions apportées par le PADDUC et ne présente pas davantage les caractéristiques d'un village au sens de ces dispositions. Dans ces conditions, le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions citées au point 3 de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage ou des rives des plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau. Toutefois, ces critères ne sont pas applicables lorsque l'urbanisation est conforme aux dispositions d'un schéma de cohérence territoriale ou d'un schéma d'aménagement régional ou compatible avec celles d'un schéma de mise en valeur de la mer. En l'absence de ces documents, l'urbanisation peut être réalisée avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites appréciant l'impact de l'urbanisation sur la nature. Le plan local d'urbanisme respecte les dispositions de cet accord () ".

7. Le PADDUC qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que les espaces proches du rivage sont identifiés en mobilisant des critères liés à la distance par rapport au rivage de la mer, la configuration des lieux, en particulier la covisibilité avec la mer, la géomorphologie des lieux et les caractéristiques des espaces séparant les terrains considérés de la mer, ainsi qu'au lien paysager et environnemental entre ces terrains et l'écosystème littoral. En outre, le PADDUC prévoit que le caractère limité de l'extension doit être déterminé en mobilisant des critères liés à l'importance du projet par rapport à l'urbanisation environnante, à son implantation par rapport à cette urbanisation et au rivage ainsi qu'aux caractéristiques et fonctions du bâti et son intégration dans les sites et paysages. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 6.

8. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles litigieuses concernées par le projet de division en quatre lots se trouvent dans un espace proche du rivage dès lors qu'elles sont situées à environ 350 mètres de la côte et sont en covisibilité avec celle-ci qu'elles surplombent d'une altitude d'une cinquantaine de mètres. Le préfet de la Corse-du-Sud est donc fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés. Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies () ". Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics, sans prise en compte des perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité, et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement. L'autorité compétente doit s'opposer à une déclaration préalable lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et que, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

10. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Grosseto-Prugna a saisi le syndicat d'énergie de la Corse-du-Sud afin de recueillir les informations nécessaires quant au raccordement du projet en électricité. Ce syndicat a émis le 11 janvier 2024 un avis défavorable au motif que lors de la consultation des services de la société EDF, concessionnaire et gestionnaire de ses réseaux électriques, ceux-ci lui avaient fait savoir que la situation du projet nécessitait des travaux en électricité trop importants. En outre, la commune de Grosseto-Prugna n'ayant pas produit de mémoire en défense dans la présente instance, il n'apparaît pas que cette commune soit en mesure d'indiquer dans quel délai de tels travaux pourraient être effectués. Dans ces conditions, le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à soutenir que le maire de Grosseto-Prugna était, en application des dispositions précitées de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, tenu de faire opposition à la déclaration préalable de M. A.

11. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à demander l'annulation de la décision tacite par laquelle le maire de Grosseto-Prugna n'a pas fait opposition à la déclaration préalable effectuée par M. A.

12. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués par le préfet ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

D E C I D E :

Article 1er : La décision tacite par laquelle le maire de Grosseto-Prugna n'a pas fait opposition à la déclaration préalable effectuée par M. A est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Grosseto-Prugna et à M. B A.

Copie en sera transmise à la ministre de transition écologique, de la biodiversité, de la forêt, de la mer et de la pêche.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

Le président-rapporteur,

Signé

P. MONNIER

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

J. MARTIN La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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