jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2401040 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CAPOROSSI-POLETTI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 août et 19 septembre 2024, Mme A B, représentée par Me Peres, demande au juge des référés :
1°) de condamner la commune de Lumio à lui payer, à titre provisionnel, des indemnités de 10 967,84 € augmentées des intérêts au taux légal, eux-mêmes capitalisés par année, à valoir sur l'indemnisation des préjudices qui lui ont été causés par le recours abusif à des contrats de travail à durée déterminée ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Lumio une somme de 1 500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a été employée en qualité d'agent de service à la cantine scolaire et d'agent d'entretien par 45 contrats à durée déterminée entre le 3 septembre 2014 et le 8 juillet 2022 ;
- bien que ces contrats aient été conclus pour le remplacement d'agents temporairement indisponibles, le recours dans de telles conditions à des contrats à durée déterminée présente un caractère abusif ;
- à la suite de son départ, un agent contractuel n'ayant qu'une ancienneté de deux ans a été titularisé et deux agents contractuels ainsi qu'un apprenti ont été recrutés pour assurer le service de la cantine scolaire ;
- de plus, l'accroissement d'activité compte tenu de la construction et de l'agrandissement des nouveaux bâtiments scolaires mentionnés pour justifier le recours à l'un de ses contrats, impliquait un besoin permanent et non temporaire, alors qu'il lui a régulièrement été demandé d'effectuer des heures complémentaires, voire supplémentaires ;
- sa dernière rémunération nette s'élevant à la somme de 1 616,96 €, elle est en droit de prétendre à une indemnité de licenciement s'élevant à la somme de 6 467,84 €, à une indemnité de 3 500 € pour le préjudice moral résultant de la rupture brutale de son engagement et à une indemnité de 1 000 € à titre de dommages et intérêts.
Par des mémoires en défense enregistrés les 3 et 25 septembre 2024, la commune de Lumio, représentée par Me Caporossi-Poletti, avocate, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 1 500 € au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- Mme B reconnaît que les services qu'elle a accomplis à temps partiel depuis le 3 septembre 2014 l'ont été pour pallier l'indisponibilité d'agents de la commune ;
- chacun des contrats dont a bénéficié Mme B répond à une raison objective, soit qu'il se fût agi de remplacer un agent absent, soit que son recrutement ait correspondu à un surcroît d'activité ; en outre, elle n'a pas été employée sans interruption au cours de la période concernée ;
- son recrutement ne correspondant, en aucune façon, à un emploi permanent ;
- il est faux de prétendre qu'à la suite de son départ, Mme B a été remplacée par plusieurs agents.
Vu les autres pièces du dossier.
Par une décision du 26 août 2024, la présidente du tribunal a désigné M. Alfonsi, président honoraire, pour exercer les fonctions de juge des référés.
Vu :
- la directive n° 1999/70/CE du Conseil du 28 juin 1999 ;
- le code civil ;
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Entre le 3 septembre 2014 et le 8 juillet 2022, Mme B a été employée par la commune de Lumio en qualité d'agent de service à la cantine scolaire et d'agent d'entretien par 45 contrats à durée déterminée. Elle demande au juge des référés de condamner cette commune à lui payer des indemnités provisionnelles correspondant, d'une part, au montant de l'indemnité à laquelle elle aurait pu prétendre en cas de licenciement et, d'autre part, à la réparation du préjudice moral que lui a causé la cessation brutale de son activité.
2. Aux termes de l'article R.541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable () ".
3. Il résulte de l'interprétation qu'a donnée la Cour de Justice de l'Union européenne de la directive n° 1999/70/CE du Conseil de l'Union Européenne du 28 juin 1999, notamment par son arrêt C-586/10 du 26 janvier 2012, que le renouvellement de contrats à durée déterminée afin de pourvoir au remplacement temporaire d'agents indisponibles répond, en principe, à une raison objective au sens de la clause 5 de l'accord cadre annexé à cette directive, y compris lorsque l'employeur est conduit à procéder à des remplacements temporaires de manière récurrente, voire permanente, et alors même que les besoins en personnel de remplacement pourraient être couverts par le recrutement d'agents sous contrats à durée indéterminée. Toutefois, si l'existence d'une telle raison objective exclut en principe que le renouvellement des contrats à durée déterminée soit regardé comme abusif, c'est sous réserve qu'un examen global des circonstances dans lesquelles les contrats ont été renouvelés ne révèle pas, eu égard notamment à la nature des fonctions exercées par l'agent, au type d'organisme qui l'emploie, ainsi qu'au nombre et à la durée cumulée des contrats en cause, un abus.
4. Les dispositions de l'article 3 de la loi susvisée du 26 janvier 1984, qui ont été reprises par l'article L.332-13 du code général de la fonction publique, subordonnent la conclusion et le renouvellement de contrats à durée déterminée à la nécessité de remplacer des fonctionnaires temporairement ou partiellement indisponibles. Elles se réfèrent ainsi à une " raison objective ", de la nature de celles auxquelles la directive renvoie, mais ne font pas obstacle à ce qu'un renouvellement abusif de contrats à durée déterminée ouvre à l'agent concerné un droit à l'indemnisation du préjudice qu'il subit lors de l'interruption de la relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.
5. Il résulte de ce qui vient d'être dit qu'il incombe au juge, pour apprécier si le recours à des contrats à durée déterminée successifs présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause. A cet égard, il est constant que Mme B a exercé des fonctions d'agent de service à la cantine scolaire et d'agent d'entretien au sein de la commune de Lumio en vertu de 45 contrats à durée déterminée qui se sont succédés de façon quasi-ininterrompue entre le 3 septembre 2014 et le 8 juillet 2022 dans des conditions qui, eu égard aux faibles durées d'interruption entre quelques-uns d'entre eux, doit les faire regarder comme successifs. Alors même que, comme le fait valoir la défense, ces contrats ont été conclus pour remplacer des personnels indisponibles ou pour faire face à des surcroîts temporaires d'activité, qui constituent des " raisons objectives " au sens de la directive n° 1999/70/CE, leur nombre important et la durée, de près de huit années, au cours de laquelle Mme B a été employée de manière quasi permanente pour exercer les fonctions rappelées ci-dessus révèle, d'une façon qui n'est pas sérieusement contestable, que la commune de Lumio a recouru de manière abusive à des contrats à durée déterminée.
6. Dans ces conditions, et d'une part, Mme B est fondée à demander que lui soit allouée, à titre provisionnel, une indemnité correspondant au montant de celle à laquelle elle aurait pu prétendre en cas de licenciement si elle avait été employée par contrat à durée indéterminée. Il résulte de l'instruction que le montant de la dernière rémunération nette qu'elle a perçue de la part de la commune de Lumio s'élève à la somme de 1 616,96 €, de sorte que si elle avait bénéficié d'un contrat à durée indéterminée, l'indemnité à laquelle elle aurait pu prétendre en cas de licenciement doit, en vertu des dispositions des articles 45 et 46 du décret susvisé du 15 février 1988, être évaluée à la somme de 6 464 €, qu'il y a lieu de condamner la commune de Lumio à lui payer.
7. D'autre part, eu égard aux informations dont dispose le juge des référés, le préjudice moral subi par Mme B en raison du recours abusif à des contrats à durée déterminée pendant près de huit années, doit être regardé comme présentant un caractère non sérieusement contestable dans la limite de 2 000 €.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Lumio doit être condamnée à payer à Mme B une indemnité provisionnelle de 8 464 €.
Sur les intérêts :
9. Il est constant que Mme B a adressé une réclamation préalable à la commune de Lumio par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, reçue le 23 mai 2024. Elle est par suite fondée, en vertu des articles 1344-1 et 1343-2 du code civil, à demander que la somme de 8 464 € mentionnée au point 8 ci-dessus soit augmentée des intérêts légaux à compter du 24 mai 2024 et que les intérêts échus soient capitalisés à chaque échéance annuelle pour produire eux-mêmes intérêts.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Lumio une somme de 1 500 € au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées sur ce même fondement par la commune de Lumio doivent, en revanche, être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : La commune de Lumio est condamnée à payer à Mme B une indemnité provisionnelle de 8 464 €. Ladite somme sera augmentée des intérêts au taux légal à compter du 24 mai 2024, les intérêts échus étant capitalisés à chaque échéance annuelle pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La commune de Lumio paiera à Mme B une somme de 1 500 € au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Lumio tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et à la commune de Lumio.
Fait à Bastia, le 17 octobre 2024
Le juge des référés,
Signé
J.-F. ALFONSI
La République mande au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026