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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2401241

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2401241

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2401241
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationRéconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Daagi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 18 septembre 2024 par lequel le préfet de la Haute-Corse l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de la Haute-Corse et lui a fait obligation de se présenter trois fois par semaine au commissariat de police de Bastia ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Corse de lui restituer son passeport, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché de l'incompétence de son signataire ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté n'a pas été précédé d'un examen sérieux et particulier de sa situation ;

- cet arrêté méconnaît l'article L. 561-2-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le formulaire des droits ne lui ayant pas été remis ;

- cet arrêté méconnaît les droits de la défense en ce que le préfet ne l'a pas informé préalablement de ce qu'il envisageait de l'assigner à résidence ; il a été signé par un " interlocuteur " qui n'avait pas la qualité de traducteur assermenté ;

- cet arrêté méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui interdisant de quitter le territoire de la Haute-Corse et en lui imposant un pointage trois fois par semaine au commissariat de police de Bastia ;

- cet arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il n'est pas justifié ni proportionné ;

- son passeport a été retenu arbitrairement.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 octobre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Jan Martin, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 17 octobre 2024 à 11h en présence de Mme Alfonsi, greffière d'audience, M. C a lu son rapport.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né en 1987, M. A, qui déclare être entré en France en 2016, a fait l'objet d'un arrêté du 16 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Corse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Par l'arrêté du 18 septembre 2024, le préfet de la Haute-Corse l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de la Haute-Corse et lui a fait obligation de se présenter trois fois par semaine au commissariat de police de Bastia. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, par l'arrêté du 26 juillet 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de la Haute-Corse a donné délégation à M. D, chef du bureau de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions en matière d'assignation à résidence des étrangers. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Par ailleurs, il indique que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai le 16 août 2023, que l'exécution d'office de cette mesure n'est pas immédiatement possible et qu'il est nécessaire de prévoir l'organisation matérielle de son départ qui demeure une perspective raisonnable. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de M. A doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour () ".

5. La remise du formulaire relatif aux droits et obligations des étrangers assignés à résidence constitue ainsi une formalité postérieure à l'édiction de la décision d'assignation à résidence dont les éventuelles irrégularités sont, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. Toutefois, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne relative à la violation des droits de la défense, en particulier du droit d'être entendu, rappelée notamment au point 38 de la décision C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle des décisions faisant grief sont prises que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu des décisions.

8. M. A fait valoir, d'une part, que le courriel par lequel la préfecture de la Haute-Corse l'a convoqué le 18 septembre 2024 ne précisait pas que le préfet envisageait de l'assigner à résidence et, d'autre part, que le formulaire de notification de l'arrêté litigieux a été signé par un " interlocuteur " qui n'avait pas la qualité de traducteur assermenté. Toutefois et en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas allégué, que l'intéressé aurait été privé de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

10. Si M. A, qui réside dans la commune de Bastia, soutient que les limites géographiques de son assignation à résidence et la fréquence de l'obligation de présentation au commissariat de police de Bastia qui lui a été imposée portent une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

12. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A a fait l'objet d'un arrêté du 16 août 2023 par lequel le préfet de la Haute-Corse lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Ainsi, le préfet pouvait légalement, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, prononcer l'assignation à résidence de l'intéressé. En outre, le requérant n'apporte aucun élément de nature à contredire le motif de la décision attaquée tiré de ce que l'exécution d'office de cette mesure n'est pas immédiatement possible et qu'il est nécessaire de prévoir l'organisation matérielle de son départ qui demeure une perspective raisonnable. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

13. En septième et dernier lieu, en tout état de cause, la circonstance que la remise à M. A du récépissé, prévu à l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en échange de son passeport, ne comporte aucune date est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux l'assignant à résidence.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 septembre 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Corse.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. C

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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