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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2401446

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2401446

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2401446
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Pintrel, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud a prononcé le retrait de son titre de séjour ainsi que son expulsion, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cet arrêté ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal est territorialement compétent dès lors qu'il réside à Ajaccio ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il fait l'objet d'une mesure d'expulsion en dépit de l'avis défavorable de la commission d'expulsion, qu'il est marié, que son épouse vit sur le territoire français, qu'il serait isolé en Tunisie, et qu'il est salarié, bénéficiant d'un contrat de travail à durée indéterminée à plein temps, depuis huit ans ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté, les moyens tirés :

. de la méconnaissance des articles L. 631-1 à L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet, les faits les plus récents pour lesquels il a été condamné ont été commis le 3 juillet 2020 et non du 23 juin au 14 septembre 2020, comme l'indique l'arrêté attaqué, soit il y a plus de quatre ans ; il a depuis lors, respecté les obligations de son sursis avec mise à l'épreuve et suivi, n'a jamais réitéré et il est salarié depuis 2016, bénéficiant d'un contrat de travail à durée indéterminée à plein temps ; la commission d'expulsion a émis un avis défavorable à son expulsion ; ainsi, il ne constitue pas une menace grave et actuelle à l'ordre public ;

. de la méconnaissance des stipulations de l'article 12 de la directive UE n°2003/109 du 25 novembre 2003 dès lors que son maintien sur le territoire ne constitue pas " une menace réelle et suffisamment grave pour l'ordre public ou la sécurité publique " au sens de ces stipulations ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2024, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ; en effet, alors même qu'eu égard à ses effets, un arrêté d'expulsion porte une atteinte grave et immédiate à la situation de l'étranger, il incombe au tribunal de prendre en compte de manière objective et globale les intérêts privés et publics en présence ; dès lors la menace grave à l'ordre public que représente l'intéressé du fait de ses multiples et récentes condamnations pour des faits d'atteinte à la personne et de son comportement récidiviste doit être prise en compte ;

- compte tenu de la nature de ses condamnations pénales, du renouvellement de ces infractions, de leur gravité croissante et du risque élevé de récidive, de ce que M. B avait fait l'objet d'une procédure judiciaire le 29 avril 2006 pour des faits de recel de biens provenant d'un vol, de ce que l'intéressé s'est fait défavorablement connaitre des services de police depuis le 8 décembre 2019, a été condamné le 23 juin 2020 à six mois d'emprisonnement délictuel assorti du sursis probatoire total durant dix-huit mois, reconnu coupable des faits de violence et violences habituelles sur son épouse, puis de nouveau, le 17 mai 2021, à une peine de six mois d'emprisonnement en état de récidive pour des faits de violence sur son épouse ; qu'ainsi, les violences commises sont graves et la présence en France du requérant constitue effectivement une menace grave à l'ordre public ; dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 631-1 à L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne saurait être de nature à constituer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ;

- ainsi l'intéressé ayant été condamné à deux reprises en juin 2020 et mai 2021, à six mois d'emprisonnement, pour des faits d'atteinte aux personnes, en l'espèce sur son épouse, commis entre 2019 et 2021, il y a lieu de considérer que sa dangerosité croissante, son comportement récidiviste, alors même qu'il montrerait un effort de réinsertion, constituerait une menace grave à l'ordre public sans que l'arrêté contesté puisse être considéré comme entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- enfin, l'intéressé n'est entré en France qu'à l'âge de 31 ans et a donc passé l'essentiel de sa vie en Tunisie ; son épouse est également de nationalité tunisienne ; par suite, eu égard au motif de l'arrêté contesté dès lors que M. B constitue une menace grave pour l'ordre public, l'arrêté en cause ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 15 novembre 2024 sous le n° 2401416 par laquelle M. B demande l'annulation de l'arrêté attaqué.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive UE n°2003/109 du 25 novembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mannoni, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Baux.

- les observations de Me Pintrel, représentant le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ; il précise également :

. que l'épouse de M. B est titulaire d'une carte de résident ;

. qu'il bénéficie d'attestations de son entourage et de son épouse ;

. que si la décision attaquée était suspendue il conviendra de lui restituer son titre de séjour.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, né le 17 mai 1971, est entré en France, le 2 septembre 2002. Le 27 juin 2007, l'intéressé se voyait délivrer une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'un enfant français. Le 23 décembre 2008, M. B bénéficiera d'une carte de résident qui, renouvelée en 2018, est valide jusqu'au 25 février 2028. Après que la commission d'expulsion s'est réunie, le 18 juillet 2024, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud a, par l'arrêté contesté, procédé au retrait du titre de séjour de l'intéressé et prononcé son expulsion. Par la présente requête, le requérant nous demande de prononcer la suspension de l'exécution de cet arrêté jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

2. Les moyens invoqués par M. B à l'appui de sa demande de suspension et visés ci-dessus ne paraissent pas, en l'état de l'instruction, propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

3. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, il y a lieu de rejeter la présente requête en ce comprises ses conclusions à fin de suspension et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud.

Fait à Bastia, le 9 décembre 2024.

La juge des référés, La greffière

Signé signé

A. Baux H. Mannoni

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière

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