mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2401456 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 novembre et 8 décembre 2024, M. D C demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 19 août 2024, notifiée le 27 août suivant, par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé d'agréer sa candidature à un recrutement dans un emploi dans la fonction publique, au titre de l'article L. 4139-2 du code de la défense, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette
décision ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre provisoire, de lui délivrer l'agrément de sa candidature à un recrutement dans un emploi dans la fonction publique, au titre de l'article L. 4139-2 du code de la défense, dans l'attente de la décision de la commission de recours des militaires et jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette
décision.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée qui " tend à une demande de radiation des cadres " porte atteinte à plusieurs de ses intérêts ; en effet cette décision impactera sa vie familiale et sa carrière ; cette décision conditionne une réelle opportunité d'évolution qui ne peut attendre le jugement au fond ;
- en l'état de l'instruction, sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée les moyens tirés de :
. l'insuffisance de motivation de la décision en cause ;
. l'erreur de droit dès lors qu'il est fait référence à l'arrêté du 3 août 2015, abrogé depuis le 1er septembre 2016 et qu'ainsi il ne pouvait lui être imposé un " lien avec le service " de quatre années ;
. ce qu'il entend quitter la gendarmerie nationale et que par suite l'intérêt du service ne saurait lui être opposé et encore moins celui de la gendarmerie nationale dans sa totalité ; en outre, la décision attaquée n'est pas fondée sur l'intérêt du service mais au visa des dispositions de l'article L. 4139-2 du code de la défense, sur des conditions qui ne sont prévues ni par cet article ni par l'article R. 4139-7 du même code alors pourtant qu'il remplit effectivement les conditions prescrites par l'article L. 4139-2 du code de la défense ; ainsi l'administration a commis une erreur de droit ;
. ce que la décision attaquée est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation ; ainsi ne peuvent lui être opposées les conditions énumérées dans l'annexe de la fiche n° 6.1.2.2 et que seules lui sont opposables les conditions posées par les articles L. 4139-2 et R. 4139-11 du code de la défense qu'il remplit parfaitement ; en outre, si les détachements relèvent d'une décision discrétionnaire, ils ne peuvent cependant être refusés que pour des raisons de nécessités de service ou dans le cas d'un avis d'incompatibilité rendu par la commission de déontologie ; le droit au départ en mobilité introduit dans le statut en 2009 doit rendre le refus opposé à une demande de détachement exceptionnel.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que la décision attaquée n'est pas à l'origine d'un préjudice grave et immédiat porté à la situation du requérant ; cette décision n'aura aucune incidence sur sa vie privée et familiale, sur l'exercice de son droit de garde, l'intéressé ne justifiant pas de ce que son rythme d'emploi serait incompatible avec sa vie privée et familiale alors qu'il exerce ses fonctions au sein de la SRD de Bastia depuis plus de deux ans et que depuis le 26 juillet 2024 il exerce ses fonctions en Nouvelle Calédonie, sur sa demande ; enfin, M. C ne justifie pas davantage que l'exercice de ses fonctions aurait ou aurait eu des incidences sur son état de santé, son affectation au sein de la SRD de Bastia ayant répondu à sa demande ; il n'est pas davantage porté atteinte à sa situation professionnelle qui est conforme aux dispositions de l'article L. 4121-5 du code de la défense ; enfin, la décision attaquée a été uniquement prise dans l'intérêt du service ;
- aucun des moyens de la requête n'est susceptible, en l'état de l'instruction, de créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
. la décision attaquée n'a pas à être motivée, aucun texte ne l'imposant ; en tout état de cause, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait ;
. elle n'est entachée d'aucune erreur de droit dès lors notamment que l'agrément nécessaire peut être refusé par l'administration dans l'intérêt du service ; enfin, les moyens tirés de la méconnaissance des arrêtés du 3 août 2015 et du 4 août 2023 sont inopérants, la décision attaquée n'ayant pas été prise sur leur fondement mais sur celui des dispositions des articles L. 4139-2 et R. 4139-11 du code de la défense ;
. elle n'est pas davantage entachée d'erreur d'appréciation dès lors notamment que le profil du requérant est rare et dès lors nécessaire au service et notamment s'agissant de ses qualifications en matière de délinquance financière.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 26 avril 2024 sous le n° 2400517 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mannoni, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Baux ;
- les observations de M. C qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et qui précise en outre que :
. le poste pour lequel il a été retenu, qui n'est proposé que tous les sept à dix ans, est vacant depuis le 1er octobre 2024 ; ce poste constitue une réelle opportunité d'évolution et lui permettra d'assurer son droit de garde alternée effectif depuis le 1er juin 2024 ;
. il remplit l'ensemble des conditions prévues par l'article L. 4139-2 du code de la défense ;
. enfin, la SRD de Bastia n'a aucun problème d'effectifs ;
- les observations de M. F et Mme A, représentant le ministre de l'intérieur qui persiste dans ses écritures et souligne que l'urgence doit être appréciée au regard de l'intérêt du service de la gendarmerie nationale dans sa totalité.
Après avoir prononcé, à l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. C demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 19 août 2024, notifiée le 27 août suivant, par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé d'agréer sa candidature à un recrutement dans un emploi dans la fonction publique, au titre de l'article L. 4139-2 du code de la défense, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
2. Si le ministre de l'intérieur oppose l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction de la requête dès lors que par de telles conclusions, le requérant ne saurait solliciter des mesures définitives, il ressort des écritures de M. C qu'il n'entend solliciter la délivrance de l'agrément sollicité qu'à titre provisoire. Cette fin de non-recevoir devra être rejetée.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
4. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Ainsi que le soutient M. C, la décision attaquée a pour effet de modifier sa situation en le privant de la possibilité de faire, en temps utile, un nouveau choix de carrière, dans l'hypothèse où ladite décision serait annulée pour excès de pouvoir. Ainsi, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé souhaite se réorienter professionnellement. En effet, il est constant que la candidature de l'intéressé a été retenue pour un emploi auprès du tribunal judiciaire de Bastia depuis le 3 juillet 2024 et que ce type d'offre d'emploi très spécialisé, qui lui permettra de valoriser les compétences acquises dans ses fonctions militaires au sein notamment de la SRD de Bastia, est rare. En outre, il n'est pas davantage contesté qu'eu égard à sa nouvelle situation de famille, notamment au droit de garde alternée dont il bénéficie, par un accord amiable passé avec son ex-compagne, sur sa fille, M. C est désireux d'exercer des fonctions dans lesquelles l'exigence de disponibilité serait moindre que celle demandée au sein de la SRD de Bastia. Par suite, dès lors que sa candidature au poste d'assistant spécialisé près le tribunal judiciaire de Bastia a été retenue depuis 3 juillet 2024, que son détachement pouvait débuter dès le mois d'octobre 2024, il y a lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, de considérer que la condition tenant à l'urgence, au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, est remplie.
6. En outre, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle n'a pas été prise dans l'intérêt du service est de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à sa légalité. Ainsi, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 19 août 2024, notifiée le 27 août suivant, par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé d'agréer la candidature de M. C à un recrutement dans un emploi dans la fonction publique, au titre de l'article L. 4139-2 du code de la défense, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
8. En l'espèce, eu égard au motif de suspension de la décision contestée retenu par la présente ordonnance, il n'y a pas lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer à M. C l'agrément sollicité mais seulement de procéder au réexamen de la demande d'agrément de sa candidature à un recrutement dans un emploi dans la fonction publique, au titre de l'article L. 4139-2 du code de la défense et ce, dès notification de la présente ordonnance.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 19 août 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé d'agréer la candidature de M. C à un recrutement dans un emploi dans la fonction publique, au titre de l'article L. 4139-2 du code de la défense, est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur, dès notification de la présente ordonnance, de de procéder au réexamen de la demande d'agrément de la candidature de M. C à un recrutement dans un emploi dans la fonction publique, au titre de l'article L. 4139-2 du code de la défense.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C, et au ministre de l'intérieur.
Fait à Bastia, le 10 décembre 2024.
La juge des référés,
Signé
A. Baux
La greffière,
Signé
H. Mannoni
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
M. E B
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026