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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2401467

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2401467

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2401467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationRéconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Solinski, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 13 novembre 2024 par laquelle le préfet de la Corse-du-Sud l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune d'Ajaccio pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français prise plus d'un an auparavant ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, son domicile se situant à Marseille ;

- elle présente un caractère disproportionné en ce qu'elle circonscrit l'assignation au seul territoire de la commune d'Ajaccio et non à l'ensemble du département ;

- il justifie d'un changement dans les circonstances de droit et de fait qui retire à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre son caractère exécutoire ;

- il est fondé à obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'accord franco-algérien, dès lors qu'il justifie d'une résidence en France de dix ans.

La requête a été communiquée au préfet de la Corse-du-Sud qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Castany pour statuer sur les requêtes présentées sur le fondement du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Castany, magistrate désignée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né le 15 mai 1976, M. A a été assigné à résidence sur le territoire de la commune d'Ajaccio pour une durée de quarante-cinq jours par une décision du 13 novembre 2024 du préfet de la Corse-du-Sud, dont il demande l'annulation.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel renvoie l'article L. 614-2 du même code, il y a lieu de faire droit à la demande de M. A tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, en vertu de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les décisions d'assignation à résidence doivent être motivées.

4. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Par ailleurs, il indique que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai le 25 octobre 2022 à laquelle il n'a pas satisfait, qu'il a déclaré son intention de ne pas s'y conformer et que si l'intéressé ne peut quitter immédiatement le territoire français, son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

6. Il ressort des mentions non contestées de l'arrêté attaqué que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai prise à son encontre le 25 octobre 2022 par le préfet des Bouches-du-Rhône. Ainsi, le préfet de la Corse-du-Sud pouvait légalement, sur le fondement des dispositions citées au point précédent, prononcer l'assignation à résidence de l'intéressé. Le moyen tiré de l'erreur de droit sera écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

8. D'une part, par l'arrêté attaqué, le préfet de la Corse-du-Sud a assigné à résidence M. A sur le territoire de la commune d'Ajaccio. Il ressort des termes de l'arrêté que pour fixer à Ajaccio le lieu de l'assignation à résidence, le préfet s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé, qui réside habituellement à Marseille, dans le département des Bouches-du-Rhône, a déclaré lors de son audition justifier d'un logement à Ajaccio qu'il partage avec d'autres employés de la société pour laquelle il travaille. En se bornant à soutenir qu'il ne se trouvait en Corse que dans le cadre d'un déplacement professionnel de courte durée, et que son domicile principal demeure à Marseille, M. A ne conteste pas qu'il dispose d'un logement à Ajaccio. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en l'assignant à résidence sur le territoire de la commune d'Ajaccio, le préfet de la Corse-du-Sud a fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. D'autre part, si M. A soutient que la mesure d'assignation à résidence présente un caractère disproportionné en ce qu'elle circonscrit l'assignation au seul territoire de la commune d'Ajaccio et non à l'ensemble du département, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

10. En dernier lieu, il appartient à l'administration de ne pas mettre à exécution l'obligation de quitter le territoire français si un changement dans les circonstances de droit ou de fait a pour conséquence de faire obstacle à la mesure d'éloignement. En pareil cas, l'étranger peut demander, sur le fondement des articles L. 732-8 et L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au président du tribunal administratif, l'annulation d'une mesure d'exécution de la mesure d'éloignement édictée, telle qu'une décision d'assignation à résidence dans les sept jours suivant sa notification. S'il n'appartient pas à ce juge de connaître de conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, après que le tribunal administratif, saisi sur le fondement de l'article L. 614-1 du même code, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, il lui est loisible, le cas échéant, d'une part, de relever, dans sa décision, que l'intervention de nouvelles circonstances de fait ou de droit fait obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français et impose à l'autorité administrative de réexaminer la situation administrative de l'étranger et, d'autre part, d'en tirer les conséquences en suspendant les effets de la décision devenue, en l'état, inexécutable.

11. Il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté, que la décision du 25 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai prise à l'encontre de M. A par le préfet des Bouches-du-Rhône est devenue définitive après que le tribunal administratif de Marseille, par un jugement n° 2209937 du 17 mars 2023, a rejeté le recours qui avait été formé à l'encontre de cette décision. Pour justifier de circonstances de fait nouvelles postérieures à la mesure d'éloignement du 25 octobre 2022 qui justifieraient, selon lui, que l'exécution de cet acte soit suspendue et que la décision attaquée l'assignant à résidence soit annulée, M. A se prévaut, d'une part, de la naissance en France d'un deuxième enfant le 11 août 2023, de la scolarisation en France de son premier enfant né en 2016, de la signature le 2 mai 2024 d'un contrat de travail à durée indéterminée, de la signature d'un bail le 1er décembre 2023 et de démarches fiscales et sociales qu'il aurait entreprises. Toutefois, ces éléments ne constituent pas un changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à ôter à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre son caractère exécutoire. Si M. A soutient, d'autre part, qu'il réside en France depuis plus de dix ans, de sorte qu'il est fondé à obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'accord franco-algérien, il n'en justifie pas. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'existence d'un changement de circonstances de fait et de droit qui s'opposerait à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire du 25 octobre 2022 et nécessiterait d'en suspendre l'exécution.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 novembre 2024 par laquelle le préfet de la Corse-du-Sud l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune d'Ajaccio pour une durée de quarante-cinq jours. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Corse-du-Sud.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Fait à Bastia, le 5 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. CASTANY

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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