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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2401490

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2401490

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2401490
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS CGCB & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 25 novembre 2024, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le maire de la commune de Pietrosella a délivré à M. B A, un permis de construire pour la réalisation de travaux sur une construction existante, sur un terrain situé 1 allée des arbousiers, sur la parcelle cadastrée AB 128.

Il soutient que :

- le projet ne peut être considéré comme une extension au sens de la jurisprudence du Conseil d'Etat ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles L. 121-8 et L. 121-13 du code de l'urbanisme ; la parcelle en cause se situe dans une zone comportant des habitations individuelles de type pavillonnaire situées le long de la route nationale constituant une coupure d'urbanisation et en deçà de la délimitation des espaces proches du rivage répertoriés par le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) ;

- il méconnait les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le terrain d'assiette du projet est situé en zone B2 du PPRIF, soumise à un aléa feu de forêt " moyen-fort ".

Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 10 décembre 2024, la commune de Pietrosella, représentée par la Scp CGCB et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Elle fait valoir que :

- le terrain d'assiette du projet est classé en zone UC du plan local d'urbanisme ;

- à titre principal, le moyen selon lequel le projet ne pourrait être regardé comme une extension de la maison existante en raison, selon le préfet, de l'absence de liaison fonctionnelle est, en l'espèce, inopérant dans la mesure où le projet est situé dans une zone urbanisée au sens de l'article L.121-8 du code de l'urbanisme ;

- il ressort des vues aériennes que la maison existante, comme toutes celles desservies par l'allée des arbousiers, est bien située dans une des zones déjà urbanisées, caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions au sens de l'article L.121-8 du code de l'urbanisme, à l'échelle de la commune de Pietrosella ; l'agglomération de la commune de Pietrosella est structurée par la RD 55 et s'étend de la limite Nord du territoire communal au Sud du secteur du Ruppione-Macutello ; la partie sud de l'agglomération de Pietrosella est constituée des espaces urbanisés depuis le rond-point de l'entrée de la presqu'île de l'Isolella jusqu'au quartier du Ruppione-Macutello, ce secteur présentant une fonction structurante au sens des dispositions du PADDUC au regard de la mixité des fonctions existantes ; les constructions implantées en bordure des allées, entre le secteur de l'entrée de la presqu'île de l'Isolella et le quartier du Ruppione-Macutello, ne sont pas concernées par une coupure d'urbanisation ; il n'y a pas de rupture de l'urbanisation existante dans ce secteur desservi et structuré autour de la RD 55 ; Le projet est situé entre ces deux secteurs structurants au sens des dispositions du PADDUC, dans un tissu continu de l'urbanisation existante.

- à titre subsidiaire, l'article UC 2 n'interdit pas les extensions des constructions existantes ; si par extraordinaire le projet était considéré comme situé en discontinuité avec une zone déjà urbanisée caractérisée par un nombre et une densité significatifs de constructions, indépendamment des circonstances de droit ou de fait à l'origine de l'implantation des constructions dans la zone considérée, le projet de rénovation devrait alors être apprécié au regard de l'admission des agrandissements en zone d'urbanisation diffuse par la jurisprudence en application de l'article L.121-8 du code de l'urbanisme ; le projet est conçu selon les caractéristiques architecturales de la construction existante, sur un sol déjà artificialisé et en utilisant un espace non fermé de la construction existante pour le valoriser architecturalement.

En outre, le volume construit en extension est projeté à l'intérieur de l'enveloppe du lotissement, vers les constructions existantes sur les parcelles voisines.

Les travaux projetés n'ont pas pour effet d'étendre l'emprise de la construction existante en direction d'espaces non bâtis.

- l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme n'a pas davantage été méconnu ; en effet, les simples opérations de construction ne sont pas soumises à la règle posée par cet article du code de l'urbanisme ; en outre, le PADDUC a précisé que le caractère limité de l'extension de l'urbanisation s'apprécie de manière globale, par rapport aux caractéristiques physiques du village ou de l'agglomération et de la sensibilité des sites mais également que l'extension limitée doit tenir compte des particularités de la répartition géographique de l'urbanisation ; ainsi, le projet en cause de créer une extension de 41 m² de la construction existante ne saurait être regardé comme méconnaissant les dispositions de l'article L.121-13 du code de l'urbanisme ;

- l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme n'a pas davantage été méconnu, le terrain d'assiette du projet est situé à 300 mètres à vol d'oiseau de deux " bornes incendie ".

Le déféré a été communiqué à M. B A qui n'a pas présenté d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée sous le n° 2401491 tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2024 du maire de la commune de Pietrosella.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baux a été entendu au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Alfonsi, greffière d'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 25 juin 2024 par lequel le maire de la commune de Pietrosella a délivré à M. B A, un permis de construire pour la réalisation de travaux sur une construction existante, sur un terrain situé 1 allée des arbousiers, sur la parcelle cadastrée AB 128.

2. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, auquel renvoie l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. / () / Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. / Jusqu'à ce que le président du tribunal administratif ou le magistrat délégué par lui ait statué, la demande de suspension en matière d'urbanisme, de marchés et de délégation de service public formulée par le représentant de l'Etat dans les dix jours à compter de la réception de l'acte entraîne la suspension de celui-ci. Au terme d'un délai d'un mois à compter de la réception, si le juge des référés n'a pas statué, l'acte redevient exécutoire. () ".

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud à l'appui de sa demande de suspension et énoncés ci-dessus ne parait propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, il y a lieu de rejeter le déféré du préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud.

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat d'une part, le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la commune de Pietrosella et non compris dans les dépens.

ORDONNE

Article 1er : Le déféré du préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud est rejeté.

Article 2 : L'Etat versera à la commune de Pietrosella une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Pietrosella et à M. B A.

Fait à Bastia, le 13 décembre 2024.

La juge des référés, La greffière,

SignéSigné

A. Baux R. Alfonsi

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

H. Nicaise

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