vendredi 31 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2500059 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Réconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DAAGI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 30 janvier 2025, M. E, représenté par Me Daagi, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 8 janvier 2025 par lesquelles le préfet de la Corse-du-Sud l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Haute-Corse l'a assigné à résidence dans le département de la Haute-Corse pour une durée de 45 jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour et de lui octroyer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Corse-du-Sud de lui restituer immédiatement son passeport sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve que Me Daagi renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Le requérant soutient que :
- les décisions portant obligation de quitter le territoire, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence sont entachées d'illégalité d'externe dès lors qu'elles ont été prises par une autorité incompétente et sont insuffisamment motivées ; en outre, contrairement à ce qu'indique le procès-verbal, on ne lui a pas indiqué dans une langue qu'il comprend la possibilité de se faire assister par un avocat, de passer un appel téléphonique et d'appeler son consulat ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'illégalité interne dès lors qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée, porte atteinte à sa vie privée et familiale et est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle ne se prononce pas sur chacun des quatre critères et d'erreur d'appréciation ;
- l'arrêté portant assignation à résidence est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux et est disproportionné, qu'il viole ainsi l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3, 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Pierre Monnier, vice-président, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pierre Monnier ;
- et les observations de M. D, assisté par voie téléphonique de Mme B do Nascimento, interprète en langue portugaise.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant brésilien né le 27 décembre 1998, demande au tribunal d'annuler les décisions du 8 janvier 2025 par lesquelles le préfet de la Haute-Corse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Haute-Corse l'a assigné à résidence.
Sur la légalité externe :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que lors de son audition par un officier de police judiciaire, M. D a été assisté d'un interprète, que le procès-verbal d'audition, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, mentionne que le requérant a souhaité renoncer, d'une part, à son droit d'être assisté par un avocat, d'autre part à son droit de prévenir un membre de sa famille, une personne de son choix ainsi qu'un contact utile et, enfin, qu'il n'a pas souhaité avertir ou faire avertir les autorités consulaires de son pays de la mesure de retenue administrative dont il faisait l'objet. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'on ne lui a pas indiqué dans une langue qu'il comprend la possibilité de se faire assister par un avocat, de passer un appel téléphonique ou d'appeler son consulat.
3. En deuxième lieu, d'une part, l'arrêté du 8 janvier 2025 portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur le territoire français a été signée par M. Xavier Czerwinski, secrétaire général, qui a reçu délégation à cet effet par l'arrêté du préfet de la Corse-du-Sud n° 2A-2024-12-20-00001 en date du 20 décembre 2024 régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture.
4. D'autre part, l'arrêté du 8 janvier 2025 portant assignation à résidence a été signé par M. A C, attaché d'administration de l'Etat, chef du bureau de l'immigration et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet en vertu de l'article 5 de l'arrêté du préfet de la Haute-Corse n° 2B-2024-10-10-00001 en date du 10 octobre 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture.
5. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'incompétence des signataires des décisions attaquées doivent être écartés.
6. En troisième et dernier lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence comportent l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation doivent être écartés comme manquant en fait.
Sur la légalité interne :
En ce qui concerne à l'obligation de quitter le territoire :
7. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des liberté fondamentales : "Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " et " il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure, qui dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Si M. D soutient vivre avec une compatriote et leurs deux enfants scolarisés en France où il travaille, il ressort des pièces du dossier que la famille est arrivée depuis moins d'un an en France et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il y aurait des obstacles à ce que la famille retourne au Brésil où le requérant ne justifie pas que lui et sa femme n'ont plus de famille. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées. Par suite, le moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
10. M. D a fait l'objet le 8 janvier 2025 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Par suite, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Compte tenu de ce qui a été exposé précédemment, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D justifie de telles circonstances qui aurait pu conduire l'autorité administrative à ne pas prononcer d'interdiction de retour sur le territoire français. Ensuite, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Haute-Corse a tenu compte des quatre critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, bien que son comportement ne trouble pas l'ordre public, la décision attaquée, eu égard à la durée d'un an fixée par le préfet, ne méconnaît pas les dispositions précitées ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point 7 et ne présente pas un caractère disproportionné.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
11. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Corse n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. D avant de l'assigner à résidence.
12. En deuxième lieu, si M. D soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " () Nul ne peut être privé de sa liberté, sauf () : / a) s'il est détenu régulièrement après condamnation par un tribunal compétent; / b) s'il a fait l'objet d'une arrestation ou d'une détention régulières pour insoumission à une ordonnance rendue, conformément à la loi, par un tribunal ou en vue de garantir l'exécution d'une obligation prescrite par la loi; / c) s'il a été arrêté et détenu en vue d'être conduit devant l'autorité judiciaire compétente () ; / f) s'il s'agit de l'arrestation ou de la détention régulières d'une personne pour l'empêcher de pénétrer irrégulièrement dans le territoire, ou contre laquelle une procédure d'expulsion ou d'extradition est en cours () ".
14. Si les mesures de contrainte imposées à M. D, à savoir une présentation trois fois par semaine à la gendarmerie de L'Ile-Rousse, restreignent provisoirement sa liberté de circuler, elles n'ont ni pour objet ni pour effet de l'en priver. Il s'ensuit que M. D ne saurait utilement se prévaloir des stipulations citées ci-dessus de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. En quatrième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D est domicilié à L'Ile-Rousse. Eu égard à ce qui a été indiqué au point précédent, les moyens tirés de ce que l'assignation à résidence méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que cette mesure serait disproportionnée doivent être écartés.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 8 janvier 2025. Sa requête ne peut dès lors qu'être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E, au préfet de la Corse-du-Sud et au préfet de la Haute-Corse.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
Signé
P. MONNIERLa greffière,
Signé
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
La greffière,
Sign
R. ALFONSI
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026