vendredi 31 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2500083 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS CGCB & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré, enregistré le 17 janvier 2025, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 11 septembre 2024 par lequel le maire de la commune de Pietrosella a accordé à la Sci CAVMA, représentée par M. A B, un permis de construire pour la rénovation d'une maison d'habitation, sur un terrain situé lieu-dit " Isolella ", sur la parcelle cadastrée AA 318.
Il soutient que :
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme reprises dans le plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC) dès lors que le terrain d'assiette du projet se situe dans un espace dont le caractère urbanisé n'est pas établi et dans la bande littorale des 100 mètres dans une zone classifiée dans l'Atlas des zones
submersibles (AZS) ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article UD-10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2025, la commune de Pietrosella conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Elle fait valoir que :
- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme n'est pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté dès lors que le terrain d'assiette du projet est situé au cœur du petit noyau villageois de la Marine de l'Isolella où les maisons sont groupées de part et d'autre du chemin de l'Isolella, ce noyau ancien est lui-même en continuité de l'agglomération de la commune de Pietrosella, laquelle est structurée par la RD 55 et s'étend de la limite Nord du territoire communal au Sud du secteur du Ruppione-Macutello, la partie centrale de l'agglomération de Pietrosella est constituée des espaces urbanisés autour du rond-point de l'entrée de la presqu'île de l'Isolella ; en outre, le secteur présente une fonction structurante au sens des dispositions du PADDUC au regard de la mixité des fonctions existantes ; il n'y a pas de rupture de l'urbanisation existante entre ce secteur historique de la commune desservi par la route de l'Isolella et le secteur équipé de l'entrée de la presqu'île de l'Isolella ; le secteur de l'Isolella où se trouvent de nombreux équipements publics, de services et de commerces de proximité (supermarché, épicerie, boucherie, pharmacie, cabinets para-médicaux, restaurant/café, coiffeur, aires de jeux, city stade, boulodrome,.) est situé à l'entrée de la presqu'île, au bord de la RD 55 ; les équipements publics tels que le City stade, les aménagements sportifs, le parking, et la cale de mise à l'eau forment la continuité avec le quartier résidentiel de la partie Est de l'Isolella ; la partie Est de l'Isolella est en continuité de l'agglomération existante ; enfin, le plan local d'urbanisme a logiquement distingué la partie Est classée en zone Uda au regard de l'urbanisation existante, de la partie Ouest, classée en zone Na naturelle, de sorte que les extensions des constructions, sous les conditions restrictives prévues par le règlement du PLU, peuvent régulièrement être admises en zone Uda dans l'enveloppe de cette zone urbanisée desservies par la voirie et l'intégralité des réseaux ;
- en outre, le projet qui est essentiellement un projet de rénovation de la maison existante en R+1, sans modification de l'emprise au sol et sans extension spatiale, se borne à modifier la toiture de la construction et ses ouvertures ; la circonstance que la surface de plancher soit éventuellement légèrement augmentée au niveau de l'étage du fait de la modification de la pente de la toiture et de la réhausse de l'égout du toit est sans incidence sur le fait que le projet ne peut être regardé comme prévoyant une construction nouvelle ou une extension de la construction existante au sens des dispositions de l'article L.121-16 du code de l'urbanisme ; ainsi, les travaux projetés de rénovation de la maison d'habitation existante sont qualifiables de travaux de faible ampleur admissibles dans la bande des 100 mètres ;
- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme n'est pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté dès lors que les travaux portent sur la rénovation d'une construction existante avec le remplacement de la toiture ; en outre, le préfet ne précise pas en quoi ce projet de rénovation de la construction existante constituerait une atteinte au principe de non-aggravation du risque pour les personnes et les biens alors qu'aucun logement ou hébergement supplémentaire n'est créé ; aussi, en l'absence de dispositions règlementaires d'un Plan de prévention des risques (PPR) opposables, les préconisations de l'AZS ne permettent pas de refuser une demande de permis de construire portant sur la rénovation d'une construction existante ;
- le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UD-10 du règlement du PLU n'est pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté dès lors que la partie du bâtiment en R+1 est existante et que le projet ne prévoit pas d'étage supplémentaire, ainsi que cela ressort des plans de toiture, le niveau du faîtage après réfection de la toiture étant conservé à la côte +5,52 NGF, identique à l'existant, et la partie du bâtiment en R+1 conservant la même emprise.
Par un mémoire, enregistré le 30 janvier 2025, la Sci CAVMA, représentée par Me Muscatelli, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, le déféré est tardif ; en effet, le 30 octobre 2024, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud saisissait le maire d'un recours gracieux tendant au retrait de l'arrêté du 11 septembre 2024 ; ce recours était réceptionné par la commune de Pietrosella, le 4 novembre suivant ; le 14 novembre 2024, le maire de Pietrosella rejetait cette demande et notifiait cette décision, par mail, aux services de la préfecture, le même jour ; dès lors que le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud ne justifie pas ne pas avoir reçu le dit courriel, le délai de recours contentieux expirait le 15 janvier 2025 ; par suite, le déféré étant irrecevable, la requête en déféré-suspension l'est également ;
- à titre subsidiaire,
. si la parcelle cadastrée AA 318 est effectivement comprise dans la bande littorale des 100 mètres, le projet consiste seulement à réhabiliter une construction existante d'une superficie de 143,55 m2, sans modification de l'emprise au sol ni de la surface de plancher, la construction autorisée par l'arrêté litigieux présente ainsi la même destination, les mêmes dimensions et la même implantation que la précédente ; ainsi, l'opération en question ne saurait s'analyser comme une " construction ou installation " au sens de l'article L. 121-16 du code de l'urbanisme et ce moyen n'est donc pas en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ;
. l'Atlas des Zones Submersibles n'a aucune portée juridique contraignante ; par suite, le projet en litige ne saurait être refusé ou regardé comme illégal au seul motif que le terrain d'assiette est identifié par un tel document, ceci, à plus forte raison qu'il n'est ni démontré, ni même allégué que ce dernier se situerait en zone submersible ou inondable d'un plan de prévention des risques d'inondation ; en outre, les travaux litigieux ayant pour seul objet la réhabilitation d'un bâtiment à usage d'habitation et ne consistant ni en l'édification d'une construction nouvelle ni même en une extension ou un changement de destination dudit bâtiment, le projet en litige n'entre pas dans le champ des opérations prétendument interdites lorsqu'elles se trouvent dans une zone hachurée de l'AZS ;
. enfin, il ressort des coupes AA que l'existant comporte un rez-de-chaussée ainsi qu'un R+1, pour une hauteur de faitage de 5, 72 mètres et une hauteur maximale de 4, 06 mètres à l'égout de toiture et que la bâtisse rénovée comporte un rez-de-chaussée ainsi qu'un R+1, pour une hauteur de faitage de 5, 72 mètres et une hauteur maximale de 4, 94 mètres à l'égout de toiture ; ainsi, il ne peut être sérieusement soutenu qu'un niveau supplémentaire serait nouvellement créé ni même que la hauteur de la faitière serait modifiée ; en tout état de cause, même à considérer, que la construction initiale méconnaitrait les dispositions de l'article UD-10 du règlement du PLU, les travaux autorisés par l'arrêté du 11 septembre 2024 consistant à restaurer un bâtiment existant, sans augmentation de la hauteur de faitage, du nombre de niveaux, de l'emprise au sol ou encore de la surface de plancher de celui-ci, sont totalement étrangers aux dispositions de ce texte et, par suite, sans effet sur son application.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2500084 tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 septembre 2024 du maire de la commune de Pietrosella.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Hernandez Batista, greffière d'audience.
- le rapport de Mme Baux,
- les observations de Me Silvestri qui persiste dans ses conclusions et qui souligne que les travaux en cause ne sont que de faible ampleur et qu'il n'y a augmentation ni de la surface, ni de l'emprise au sol, ni de la hauteur, ni de la destination ; enfin, elle souligne que la pièce n° 4 produite par le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud est relative à une autre procédure et que le préfet ne justifie pas de la recevabilité de son déféré alors qu'il apparaît tardif.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 11 septembre 2024 par lequel le maire de la commune de Pietrosella a accordé à la Sci CAVMA, représentée par M. A B, un permis de construire pour la rénovation d'une maison d'habitation, sur un terrain situé lieu-dit " Isolella ", sur la parcelle cadastrée AA 318.
2. Aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, auquel renvoie l'article L. 554-1 du code de justice administrative : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. / () / Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. / Jusqu'à ce que le président du tribunal administratif ou le magistrat délégué par lui ait statué, la demande de suspension en matière d'urbanisme, de marchés et de délégation de service public formulée par le représentant de l'Etat dans les dix jours à compter de la réception de l'acte entraîne la suspension de celui-ci. Au terme d'un délai d'un mois à compter de la réception, si le juge des référés n'a pas statué, l'acte redevient exécutoire. () ".
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud à l'appui de sa demande de suspension et énoncés ci-dessus ne parait propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité, il y a lieu de rejeter le déféré du préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud.
4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens par la commune Pietrosella et non compris dans les dépens ainsi qu'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens par la Sci pétitionnaire.
ORDONNE
Article 1er : La requête du préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud est rejetée.
Article 2 : L'Etat versera à la commune de Pietrosella une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : L'Etat versera à la Sci CAVMA une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Pietrosella et à la Sci CAVMA.
Fait à Bastia, le 31 janvier 2025.
La juge des référés, La greffière
Signé Signé
A. Baux M. Hernandez Batista
La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
M. Hernandez Batista
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026