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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2100320

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2100320

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2100320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantJASPER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 février 2021, Mme B C, épouse A, représentée par Me Tupinier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 décembre 2020 par laquelle le directeur de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) a rejeté sa demande d'indemnisation ;

2°) d'ordonner avant dire droit une expertise afin de déterminer les causes et conséquences de sa contamination par le virus de l'hépatite C (VHC) qu'elle impute à des transfusions sanguines ;

3°) de rendre le jugement opposable à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Yonne ;

4°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Mme A soutient que :

- elle a rapporté la preuve de la transfusion de produits sanguins le 15 juillet 1990 ;

- contrairement à ce qu'affirme l'ONIAM, les donneurs identifiés n'ont pas tous été testés négatifs puisque le prélèvement d'un donneur n'est jamais revenu ;

- jusqu'à sa guérison intervenue en 2020, elle a vécu dans l'angoisse de développer une hépatite C dans sa forme la plus grave ; en 1998, elle n'a pas pu bénéficier d'un accouchement par les voies naturelles en raison d'un risque de transmission à sa fille, ni pu allaiter ; elle a vécu des périodes de fatigues extrêmes, ayant eu des répercussions aussi bien sur le plan personnel que professionnel ;

- compte tenu de la contestation de l'ONIAM sur les transfusions reçues, elle est bien fondée à solliciter une expertise aux fins de confirmer que sa contamination est imputable à des transfusions sanguines et d'analyser les préjudices subis.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la SELARLU RRM, conclut au rejet de la requête.

L'ONIAM soutient que :

- si l'Etablissement français du sang (EFS) a retrouvé la délivrance de produits sanguins, Mme A ne rapporte aucunement la preuve de l'administration effective de ces produits sanguins lors de son hospitalisation le 15 juillet 1990 ;

- si la juridiction devait retenir comme établie la matérialité de la transfusion sanguine litigieuse, les enquêtes transfusionnelles réalisées par l'EFS attestent de l'innocuité des produits sanguins qui auraient été administrés à Mme A.

La procédure a été régulièrement communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or, qui n'a présenté aucune observation.

Par une ordonnance du 8 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 février 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blacher,

- et les conclusions de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Le 10 juillet 1990, Mme A a subi une amygdalectomie à la polyclinique Sainte-Marguerite d'Auxerre. Le 15 juillet 1990, elle indique avoir été admise au centre hospitalier régional (CHR) de Rennes pour une hémorragie importante au niveau de la gorge avec des caillots de sang, consécutive à la rupture de la suture. En 1995, à l'occasion d'un don de sang, elle a appris sa contamination par le virus de l'hépatite C. Par courrier du 15 avril 2019, elle a formé auprès de l'ONIAM une demande préalable en vue de l'indemnisation de son préjudice, qu'elle impute à des transfusions de produits sanguins reçus lors de son hospitalisation au CHR de Rennes au mois de juillet 1990. Par courrier du 8 décembre 2020, l'ONIAM a rejeté sa demande d'indemnisation. Mme A, qui demande l'annulation de cette décision, doit en réalité être regardée comme demandant la condamnation de l'ONIAM à l'indemniser de son préjudice.

Sur le principe de l'indemnisation au titre de la solidarité nationale :

2. Aux termes de l'article L. 1221-14 du code de la santé publique : " Les victimes de préjudices résultant de la contamination par le virus de l'hépatite () C () causée par une transfusion de produits sanguins ou une injection de médicaments dérivés du sang réalisée sur les territoires auxquels s'applique le présent chapitre sont indemnisées au titre de la solidarité nationale par l'office mentionné à l'article L. 1142-22 dans les conditions prévues à la seconde phrase du troisième alinéa de l'article L. 3122-1, aux deuxième et troisième alinéas de l'article L. 3122-2, au premier alinéa de l'article L. 3122-3 et à l'article L. 3122-4, à l'exception de la seconde phrase du premier alinéa. / Dans leur demande d'indemnisation, les victimes ou leurs ayants droit justifient de l'atteinte par le virus de l'hépatite () C () et des transfusions de produits sanguins ou des injections de médicaments dérivés du sang. L'office recherche les circonstances de la contamination. S'agissant des contaminations par le virus de l'hépatite C, cette recherche est réalisée notamment dans les conditions prévues à l'article 102 de la loi n°2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé. Il procède à toute investigation sans que puisse lui être opposé le secret professionnel. () ". Aux termes de l'article 102 de la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé : " En cas de contestation relative à l'imputabilité d'une contamination par le virus de l'hépatite C antérieure à la date d'entrée en vigueur de la présente loi, le demandeur apporte des éléments qui permettent de présumer que cette contamination a pour origine une transfusion de produits sanguins labiles ou une injection de médicaments dérivés du sang. Au vu de ces éléments, il incombe à la partie défenderesse de prouver que cette transfusion ou cette injection n'est pas à l'origine de la contamination. Le juge forme sa conviction après avoir ordonné, en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. Le doute profite au demandeur. / Cette disposition est applicable aux instances en cours n'ayant pas donné lieu à une décision irrévocable. ".

3. La présomption de l'origine transfusionnelle d'une contamination par le virus de l'hépatite C prévue par les dispositions de l'article 102 de la loi n°2002-303 du 4 mars 2002 est constituée dès lors qu'un faisceau d'éléments confère à l'hypothèse d'une origine transfusionnelle de la contamination, compte tenu de l'ensemble des éléments disponibles, un degré suffisamment élevé de vraisemblance. Tel est normalement le cas lorsqu'il résulte de l'instruction que le demandeur s'est vu administrer, à une date où il n'était pas procédé à une détection systématique du virus de l'hépatite C à l'occasion des dons du sang, des produits sanguins dont l'innocuité n'a pas pu être établie, à moins que la date d'apparition des premiers symptômes de l'hépatite C ou de révélation de la séropositivité démontre que la contamination n'a pas pu se produire à l'occasion de l'administration de ces produits. Eu égard à la disposition selon laquelle le doute profite au demandeur, la circonstance que l'intéressé a été exposé par ailleurs à d'autres facteurs de contamination, résultant notamment d'actes médicaux invasifs ou d'un comportement personnel à risque, ne saurait faire obstacle à la présomption légale que dans le cas où il résulte de l'instruction que la probabilité d'une origine transfusionnelle est manifestement moins élevée que celle d'une origine étrangère aux transfusions.

4. Si l'ONIAM reconnaît que Mme A a bien été hospitalisée les 15 et 16 juillet 1990 et qu'une demande de trois concentrés de globules rouges (CGR) a été effectuée auprès de l'EFS à cette occasion, il conteste la réalité de l'administration effective de ces produits sanguins. Toutefois, compte tenu d'une part, de la nature, non contestée en défense, de la pathologie à l'origine de l'hospitalisation de l'intéressée, soit une hémorragie importante au niveau de la gorge avec des caillots de sang, consécutive à une amygdalectomie, d'autre part, de l'enquête transfusionnelle réalisée par l'EFS qui indique que les produits sanguins demandés ont été transfusés le 16 juillet 1990, la requérante doit être regardée comme apportant un faisceau d'éléments de nature à établir la réalité de la transfusion sanguine qu'elle a subie.

5. En revanche, il résulte de l'instruction que l'enquête transfusionnelle réalisée par l'EFS en août 2020 et complétée en septembre 2020 a permis de retrouver les donneurs à l'origine des trois produits sanguins transfusés à la requérante et que ces donneurs se sont tous révélés séronégatifs au virus de l'hépatite C antérieurement ou postérieurement aux transfusions en litige. Dans ces conditions, l'ONIAM apporte la preuve, qui lui incombe, de l'innocuité de l'ensemble des produits sanguins administrés à l'intéressée et démontre ainsi l'absence de lien de causalité entre les transfusions en cause et la contamination par le VHC dont a été victime Mme A.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, que les conclusions présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'ONIAM qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Zupan, président,

- M. Blacher, premier conseiller,

- Mme Hunault, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

Le rapporteur,

S. BlacherLe président,

D. Zupan

La greffière,

E. Herique

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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