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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2100852

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2100852

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2100852
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantTRONCHE ALEXANDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 mars 2021, M. C A demande au tribunal d'annuler la convention par laquelle Mme D B a été mise à la disposition de la commune de Saint-Usage par la commune de Losne et la délibération du 28 janvier 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Saint-Usage a " accepté " les termes de cette convention et autorisé le maire à mandater le remboursement de la quote-part du salaire de l'agent à raison de sept heures de service par semaine.

Il soutient que :

- la convention de mise à disposition ne respecte pas la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, non plus que la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et le décret du 18 juin 2008 relatif au régime de mise à disposition applicable aux collectivités territoriales et aux établissements publics administratifs locaux ;

- cette convention a été signée par les maires de Losne et de Saint-Usage, le 23 décembre 2020, sans information préalable de leurs conseils municipaux ;

- les membres des conseils municipaux concernés n'ont pas reçu d'information sur le partage du temps de travail et sur les heures supplémentaires ;

- le maire de Saint-Usage n'a pas présenté au conseil municipal l'arrêté pris par le maire de Losne et l'accord de Mme B sur sa mise à disposition ;

- la convention de mise à disposition a été signée sans autorisation donnée par les conseils municipaux concernés ;

- la convention de mise à disposition a été conclue pour une durée indéterminée alors que les textes applicables imposent une durée maximale de trois ans.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2021, la commune de Saint-Usage conclut au rejet des conclusions dirigées contre la délibération du conseil municipal de Saint-Usage du 28 janvier 2021, cela à titre principal pour irrecevabilité, au rejet des autres conclusions de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal prononce des mesures autres que l'annulation de la convention de mise à disposition d'un agent municipal.

Elle soutient que :

S'agissant de la délibération du 28 janvier 2021 :

- les conclusions dirigées contre cette délibération sont irrecevables dès lors que :

• les actes détachables de la convention de mise à disposition d'un agent, qui constitue un contrat administratif, ne peuvent faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;

• la délibération attaquée présente un caractère superfétatoire et ne fait donc pas grief au requérant ;

- le moyen tiré de l'absence d'information des membres du conseil municipal est inopérant dès lors qu'aucun texte n'impose l'information de l'organe délibérant de la collectivité territoriale d'origine ;

- le requérant, conseiller municipal, ne démontre pas avoir été privé de son droit à être informé des affaires de la commune ;

S'agissant de la convention de mise à disposition :

- cette convention n'avait pas à être précédée d'une délibération des conseils municipaux autorisant sa signature dès lors que la mise à disposition d'un agent relève de la compétence de l'autorité investie du pouvoir de nomination au sein des collectivités d'accueil et d'origine ;

- en outre, au cours des séances des 14 et 28 janvier 2021, les conseils municipaux des communes de Losne et Saint-Usage ont approuvé la convention de mise à disposition ;

- le moyen tiré de l'absence d'information préalable des conseils municipaux est inopérant ;

- si la convention indique qu'elle est conclue pour une durée indéterminée, un avenant à cette convention a été conclu entre les parties et précise que la fin de la mise à disposition est fixée au 4 juillet 2021 ;

- si le tribunal juge fondés les moyens soulevés par le requérant, il lui appartiendra d'inviter les parties à prendre des mesures de régularisation dans un certain délai et, s'il estime que les irrégularités affectant le contrat ne peuvent être couvertes par une mesure de régularisation et ne permettent pas la poursuite du contrat, il en prononcera la résiliation et non l'annulation.

La commune de Losne, représentée par la SCP CGBG, a présenté un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2021, qui n'a pas été communiqué.

Mme D B, représentée par la SCP CGBG, a présenté un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2021, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret 2008-580 du 18 juin 2008 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de Mme Desseix, rapporteure publique,

- et les observations de Me Brocard, représentant la commune de Losne et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Par une convention conclue le 23 décembre 2020 entre la commune de Losne et la commune de Saint-Usage, Mme B, agent de la première, a été mise à la disposition de la seconde afin d'exercer les fonctions de secrétaire générale, à raison de sept heures par semaine, dans l'attente d'un recrutement. Par un arrêté du 4 janvier 2021, le maire de Losne a prononcé la mise à disposition de cet agent auprès de la commune de Saint-Usage, à compter de la même date. Par une délibération du 28 janvier 2021, le conseil municipal de Saint-Usage a " accepté " les termes de cette convention et autorisé le maire à mandater le remboursement de la quote-part du salaire de l'agent à raison de sept heures par semaine. M. Ganée, conseiller municipal de la commune de Saint-Usage, demande l'annulation de la convention de mise à disposition signée le 23 décembre 2020 et de la délibération du 28 janvier 2021.

Sur les conclusions dirigées contre la convention de mise à disposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 61 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " La mise à disposition est la situation du fonctionnaire qui demeure dans son cadre d'emplois ou corps d'origine, est réputé y occuper un emploi, continue à percevoir la rémunération correspondante, mais qui exerce ses fonctions hors du service où il a vocation à servir. / Elle ne peut avoir lieu qu'avec l'accord du fonctionnaire et doit être prévue par une convention conclue entre l'administration d'origine et l'organisme d'accueil. / L'organe délibérant de la collectivité territoriale ou de l'établissement public en est préalablement informé. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 18 juin 2008 relatif au régime de la mise à disposition applicable aux collectivités territoriales et aux établissements publics administratifs locaux : " I. - La mise à disposition est prononcée par arrêté de l'autorité territoriale investie du pouvoir de nomination, après accord de l'intéressé et du ou des organismes d'accueil dans les conditions définies par la convention de mise à disposition prévue à l'article 2. / L'arrêté indique le ou les organismes auprès desquels le fonctionnaire accomplit son service et la quotité du temps de travail qu'il effectue au sein de chacun d'eux. / L'assemblée délibérante de la collectivité territoriale ou de l'établissement public administratif gestionnaire en est informée préalablement ".

3. D'une part, si M. A soutient que la convention prévoyant la mise à disposition d'un agent auprès de la commune de Saint-Usage a été signée sans autorisation préalable des conseils municipaux concernés, il résulte des dispositions précitées que la décision de mise à disposition d'un agent relève de la compétence de l'autorité territoriale investie du pouvoir de nomination et n'est pas conditionnée par une autorisation de l'assemblée délibérante de l'administration d'origine ou de l'administration d'accueil.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la convention de mise à disposition contestée a été signée le 23 décembre 2020 et que le maire de Losne a prononcé la mise à disposition de Mme B auprès de la commune de Saint-Usage par un arrêté du 4 janvier 2021. Si, ainsi que le soutient le requérant, les conseils municipaux des deux communes n'ont été informés de la mise à disposition de cet agent que les 14 et 28 janvier 2021, soit postérieurement à l'adoption de ces actes, cette circonstance ne peut être regardée comme ayant eu pour effet de rendre irrégulière la convention de mise à disposition de l'agent, les assemblées délibérantes devant seulement, en application des dispositions précitées, être informées de la mise à disposition, sans être appelée à émettre un avis sur celle-ci. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette absence d'information préalable ait eu une influence sur le sens de la décision prise dès lors qu'au cours des séances des 14 et 28 janvier 2021, aucun membre des conseils municipaux des communes concernées n'a exprimé d'opposition ou formulé une quelconque observation susceptible de remettre en cause la légalité ou l'opportunité de l'opération. En conséquence, le moyen doit être écarté.

5. Enfin, contrairement à ce que soutient le requérant, les membres des conseils municipaux des communes de Losne et de Saint-Usage ont été informés, au cours des séances des 14 et 28 janvier 2021, de la conclusion de la convention de mise à disposition et de la durée hebdomadaire de travail incombant à Mme B au service de la commune d'accueil. Les élus de Saint-Usage ont également été informés du montant à reverser à la commune de Losne. Aucune disposition législative ou règlementaire n'imposait à l'autorité territoriale de transmettre au conseil municipal de Saint-Usage la convention de mise à disposition ni même l'arrêté prononçant la mise à disposition de Mme B. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'information portée à la connaissance des conseils municipaux des communes de Losne et Saint-Usage était insuffisante doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 18 juin 2008 : " La durée de la mise à disposition est fixée dans l'arrêté la prononçant. Elle est prononcée pour une durée maximale de trois ans et peut être renouvelée par périodes ne pouvant excéder cette durée. ".

7. L'arrêté par lequel le maire de Losne a prononcé la mise à disposition de Mme B précise que cette mise à disposition est prononcée pour une durée de six mois. Toutefois, ainsi que le soutient le requérant, la convention du 23 décembre 2020 prévoit en son article 1er que Mme B est mise à la disposition de la commune de Saint-Usage pour une durée indéterminée dans l'attente d'une embauche. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que cette convention est contraire aux dispositions précitées de l'article 3 du décret du 18 juin 2008 en tant qu'elle stipule une durée indéterminée.

Sur les conclusions dirigées contre la délibération du 28 janvier 2021 du conseil municipal de Saint-Usage, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir soulevées en défense :

8. M. A ne soulève à l'appui de ses conclusions aucun moyen spécifique relatif à la légalité de la délibération du 28 janvier 2021 par laquelle le conseil municipal de Saint-Usage a " accepté " les termes de la convention de mise à disposition et autorisé le maire à mandater le remboursement de la quote-part du salaire de l'agent. A supposer que le requérant puisse être regardé comme soulevant à l'appui de ses conclusions le caractère insuffisant de l'information transmise aux membres du conseil municipal, ce moyen doit, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la convention de mise à disposition d'un agent signée le 23 décembre 2020 en tant qu'elle prévoit que cette mise à disposition est prononcée pour une durée indéterminée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à la commune de Losne et à Mme B quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La convention de mise à disposition signée le 23 décembre 2020 entre les communes de Losne et de Saint-Usage est annulée en tant qu'elle prévoit pour cette mise à disposition une durée indéterminée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Losne et par Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la commune de Losne, à la commune de Saint-Usage et à Mme D B.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Zupan, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

La rapporteure,

N. E

Le président,

D. ZUPANLa greffière,

L. CUROT

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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