vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2100921 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BARBEROUSSE NATACHA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 avril 2021 et 2 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Barberousse, demande au tribunal :
1°) de condamner les hospices civils de Beaune à lui verser la somme de " 3 331,738 " euros à titre de rappel de traitement, outre intérêts de droit à compter du 2 janvier 2021 ;
2°) de mettre à la charge des hospices civils de Beaune une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme B soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- les hospices civils de Beaune ont méconnu la clause 4 de l'accord-cadre de la directive n° 1999/70/CE et commis une erreur manifeste d'appréciation dans la fixation du niveau de sa rémunération dès lors que, compte tenu de son expérience, de la nature de ses missions, de ses conditions de formation et de ses conditions de service, elle devait être considérée comme se trouvant dans une situation équivalente aux agents stagiaires de la fonction publique ;
- pour la période en litige, elle aurait dû être rémunérée non pas sur la base de l'indice net 349 mais sur la base de l'indice net 373 pour l'année 2018, de l'indice net 388 pour l'année 2019 et de l'indice 390 pour l'année 2020, soit un manque à gagner total de 3 331,378 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 21 septembre 2021 et 13 mai 2022, les hospices civils de Beaune, représentés par la SCP Desilets - Robbe - Roquel, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les hospices civils de Beaune soutiennent que :
- aucun texte n'impose que le montant de la rémunération d'un agent contractuel de la fonction publique hospitalière doit être fixé sur la base exacte du montant indiciaire applicable à un agent titulaire, sans que cette différence de traitement constitue, en soi, une atteinte au principe d'égalité ;
- la requérante avait toute liberté de refuser de consentir à la signature des contrats si elle en désapprouvait le contenu, de sorte que la légalité de sa rémunération résulte de la seule acceptation par l'intéressée, qui ne saurait revendiquer les bénéfices d'une carrière avant sa titularisation ;
- le moyen tiré de la méconnaissance de la clause 4 de l'accord-cadre de la directive n°1999/70/CE, telle qu'interprétée par la cour de justice de l'Union européenne dans sa décision du 20 juin 2019 n°C-72/18, est inopérant, dès lors que l'administration n'a pas mis en œuvre une quelconque réglementation ou législation qui prévoiraient des conditions d'emploi moins favorables pour les agents contractuels à durée déterminée.
Par une ordonnance du 3 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 mai 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 1999/70/CE du Conseil du 28 juin 1999 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le décret n° 91-155 du 6 février 1991 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels des établissements mentionnés à l'article 2 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Blacher,
- les conclusions de M. C,
- les observations de Me Caille, représentant Mme B,
- et les observations de Me Goubeaux, représentant les hospices civils de Beaune.
Considérant ce qui suit :
1. Par contrat du 31 juillet 2018, Mme B a été recrutée par les hospices civils de Beaune pour la période du 1er août au 30 septembre 2018 afin d'assurer les fonctions à temps complet d'infirmière diplômée d'Etat (DE) au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Nuits-Saint-Georges. Par un avenant du 27 septembre 2018, son contrat a été prolongé à l'identique pour la période du 1er octobre 2018 au 28 février 2019. Par contrat du 21 décembre 2018, Mme B a été recrutée par les hospices civils de Beaune pour une durée indéterminée et sa rémunération mensuelle brute a été fixée à l'échelon 1, indice brut 379 (indice majoré 349) avec une ancienneté dans l'échelon au 1er août 2018. Un avenant signé le 27 avril 2020 l'a élevée au 1er échelon du 1er grade d'infirmière de catégorie A à temps complet à compter du 1er avril 2020 et sa rémunération a été fixée à l'indice brut 444 (indice majoré 390) avec une ancienneté au 1er janvier 2019. Par un courrier daté du 2 décembre 2020, Mme B, par l'intermédiaire de son conseil, a formé une demande préalable en vue du paiement de la somme de " 3 331,738 " euros correspondant selon elle à une erreur de rémunération pour la période d'août 2018 à mars 2020. En l'absence de réponse de l'administration, elle demande la condamnation des hospices civils de Beaune à lui payer cette somme.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
2. Aux termes de l'article 9-1 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 visée ci-dessus : " I. -Les établissements peuvent recruter des agents contractuels pour assurer le remplacement momentané de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison d'un congé annuel, d'un congé de maladie, de grave ou de longue maladie, d'un congé de longue durée, d'un congé pour maternité ou pour adoption, d'un congé parental, d'un congé de présence parentale, d'un congé de solidarité familiale, de l'accomplissement du service civil ou national, du rappel ou du maintien sous les drapeaux ou de leur participation à des activités dans le cadre des réserves opérationnelle, de sécurité civile ou sanitaire ou en raison de tout autre congé régulièrement octroyé en application des dispositions réglementaires applicables aux agents contractuels de la fonction publique hospitalière. / Le contrat est conclu pour une durée déterminée. Il est renouvelable, par décision expresse, dans la limite de la durée de l'absence de l'agent à remplacer () III. - En outre, les établissements peuvent recruter des agents contractuels pour faire face à un accroissement temporaire d'activité, lorsque celui-ci ne peut être assuré par des fonctionnaires. / La durée maximale des contrats ainsi conclus est de douze mois sur une période de dix-huit mois consécutif ". Aux termes de l'article 1-2 du décret n° 91-155 du 6 février 1991 visé ci-dessus, dans sa rédaction issue du décret n° 2015-1434 du 5 novembre 2015 : " Le montant de la rémunération est fixé par l'autorité administrative, en prenant en compte, notamment, les fonctions occupées, la qualification requise pour leur exercice, la qualification détenue par l'agent ainsi que son expérience () ".
3. Si, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires relatives à la fixation de la rémunération des agents non titulaires, l'autorité compétente dispose d'une large marge d'appréciation pour déterminer, en tenant compte notamment des fonctions confiées à l'agent et de la qualification requise pour les exercer, le montant de la rémunération ainsi que son évolution, il appartient au juge, saisi d'une contestation en ce sens, de vérifier qu'en fixant ce montant l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
4. Mme B a été recrutée à compter du 1er août 2018 par contrat à durée déterminée au titre du I de l'article 9-1 de la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 cité ci-dessus pour assurer le remplacement momentané d'un agent en congé de maladie. L'avenant du 27 septembre 2018 a été conclu dans le cadre du III de ce même article pour faire face à un surcroît d'activité. La requérante soutient que la rémunération qui lui a été servie du 1er août 2018 au 31 mars 2020 sur la base de l'indice majoré 349 était manifestement sous-évaluée et qu'elle aurait dû bénéficier, dès son premier contrat, d'une rémunération au moins équivalente à celle d'une infirmière fonctionnaire stagiaire.
5. En premier lieu, les agents contractuels et les fonctionnaires titulaires ne se trouvent pas dans la même situation juridique au regard du service public, de sorte que l'administration n'est pas tenue de soumettre les uns et les autres à la même réglementation, notamment en ce qui concerne les modalités de leur rémunération. Au demeurant, la requérante ne démontre pas que son niveau de diplôme, ses qualifications et son expérience professionnelle justifiaient qu'une rémunération au moins équivalente à celle d'une infirmière fonctionnaire stagiaire lui soit attribuée. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de la clause 4 de l'accord-cadre sur le travail à durée déterminée annexé à la directive 1999/70/CE du Conseil du 28 juin 1999 : " 1. Pour ce qui concerne les conditions d'emploi, les travailleurs à durée déterminée ne sont pas traités d'une manière moins favorable que les travailleurs à durée indéterminée comparables au seul motif qu'ils travaillent à durée déterminée, à moins qu'un traitement différent soit justifié par des raisons objectives ". Cette clause, dans l'interprétation qu'en retient la Cour de justice de l'Union européenne dans sa décision du 20 juin 2019 (affaire C-72/18), dite " Arostegui ", s'oppose aux inégalités de traitement dans les conditions d'emploi entre travailleurs à durée déterminée et travailleurs à durée indéterminée, sauf à ce que ces inégalités soient justifiées par des raisons objectives, qui requièrent que l'inégalité de traitement se fonde sur des éléments précis et concrets, pouvant résulter, notamment, de la nature particulière des tâches pour l'accomplissement desquelles des contrats à durée déterminée ont été conclus et des caractéristiques inhérentes à celles-ci ou, le cas échéant, de la poursuite d'un objectif légitime de politique sociale d'un Etat membre.
7. En l'espèce, d'une part, la différence de traitement contestée par Mme B est fondée, non sur la durée déterminée ou indéterminée de la relation de travail, mais sur le caractère statutaire ou contractuel de celle-ci. Or le principe de non-discrimination garanti par la directive 1999/70/CE du Conseil du 28 juin 1999 sur le travail à durée déterminée a pour seule portée de proscrire les différences de traitement opérées entre les travailleurs à durée déterminée et les travailleurs à durée indéterminée placés dans une situation comparable. D'autre part, alors que la réglementation nationale française ne fait pas obstacle à ce que les agents contractuels bénéficient des mêmes modalités de rémunération que les agents titulaires, la différence de rémunération contestée par la requérante ne résulte pas de cette réglementation mais des dispositions spécifiques prévues à son contrat. Dans ces conditions, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance de la clause 4 de l'accord-cadre sur le travail à durée déterminée annexé à la directive 1999/70/CE du Conseil du 28 juin 1999 doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que Mme B, qui a accepté le niveau de rémunération proposé par les hospices civils de Beaune lorsqu'elle a signé son contrat initial et ses avenants, n'est pas fondée à soutenir que cet établissement public auraient commis une illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité en ne la faisant pas bénéficier d'une rémunération comparable à celle perçue par les infirmières titulaires stagiaires. Ses conclusions à fin de condamnation doivent, dès lors, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge des hospices civils de Beaune, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par les hospices civils de Beaune au titre des mêmes dispositions.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions des hospices civils de Beaune présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et aux hospices civils de Beaune.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Zupan, président,
- M. Blacher, premier conseiller,
- Mme Hunault, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.
Le rapporteur,
S. BlacherLe président,
D. Zupan
La greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026