jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2101179 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | TEBOUL COLINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 avril et 29 octobre 2021, Mme D E, représentée par Me Teboul, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire (CHU) de Dijon à lui verser une somme de 53 095 euros, assortie des intérêts moratoires, en réparation des préjudices qu'elle a subis à la suite d'une faute commise par le CHU lors du suivi de sa grossesse ;
2°) de mettre à la charge du CHU de Dijon le versement d'une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme E soutient que :
- sa requête n'est pas tardive et est dès lors recevable ;
- elle a subi un " stress post-traumatique " à la suite de la décision de sortie prématurée et inadaptée du CHU de Dijon le 5 novembre 2018 ;
- elle a subi un préjudice de 36 170 euros au titre de la perte de revenus professionnels, de 435 euros pour des soins non pris en charge par la sécurité sociale, de 432,10 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel, de 750 euros pour l'assistance à tierce personne, de 4 000 euros au titre des souffrances physique et psychique endurées, de 5 310 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et de 5 998 euros au titre de frais divers.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2021, le CHU de Dijon et la SHAM (société reylens mutual insurance), représentés par Me Geslain, concluent :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à la minoration des prétentions indemnitaires de Mme E.
Le CHU de Dijon et la SHAM soutiennent :
- à titre principal, que la requête n'est pas recevable dès lors qu'elle est tardive ;
- à titre subsidiaire, que le montant des préjudices dont elle doit assurer la réparation doit être minoré.
Par des mémoires, enregistrés les 11 août, 14 octobre 2021 et 20 juillet 2023, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme conclut, dans le dernier état de ses écritures, qu'elle n'a pas de créance à faire valoir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bois,
- les conclusions de M. C,
- et les observations de Me Cuvillier, représentant le CHU de Dijon et la SHAM.
Considérant ce qui suit :
1. Le 28 octobre 2018, Mme E, qui était alors âgée de 39 ans et enceinte, a été admise au centre hospitalier d'Autun pour une pré-éclampsie modérée. Le 30 octobre 2018, devant l'aggravation de son état de santé, elle a été transférée au CHU de Dijon. Par une décision du 5 novembre 2018, le CHU de Dijon a prononcé sa sortie de l'établissement. De retour chez elle, face à la persistance de symptômes de pré-éclampsie, elle a dû se rendre au centre hospitalier d'Autun où elle a accouché par voie de césarienne d'urgence. Estimant que le CHU de Dijon, en l'autorisant à sortir de manière prématurée et inadaptée de l'établissement hospitalier avait commis une faute, Mme E a présenté une demande indemnitaire préalable le 6 décembre 2019 qui a été rejetée par le CHU le 4 février 2020. L'intéressée a ensuite saisi la commission régionale de conciliation d'indemnisation des accidents médicaux (CRCI) le 7 avril 2020 d'une demande d'indemnisation. Cette commission a saisi un expert qui a rendu son rapport le 12 janvier 2021 avant de se déclarer incompétente le 15 mars 2021. Mme E demande au tribunal de condamner le CHU de Dijon à lui verser la somme de 53 095 euros en réparation des différents préjudices qu'elle estime avoir subis à la suite de la décision de sortie de l'établissement du 5 novembre 2018.
Sur les conclusions à fin de condamnation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". L'article L. 1142-7 du code de la santé publique prévoit que la saisine de la commission de conciliation et d'indemnisation " suspend les délais de prescription et de recours contentieux jusqu'au terme de la procédure () ".
3. Il résulte de l'instruction que la décision du 4 février 2020 du CHU de Dijon rejetant la demande indemnitaire préalable présentée par Mme E a été notifiée le 12 février 2020. La saisine de la CRCI le 7 avril 2020 est intervenue dans le délai de recours contentieux de deux mois et a eu pour effet de suspendre le délai de recours contentieux. La CRCI a rendu sa décision le 15 mars 2021. Dès lors, la requête de Mme E, enregistrée le 26 avril 2021, n'est pas tardive.
En ce qui concerne le bien-fondé des conclusions :
S'agissant de la responsabilité du CHU de Dijon :
4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, le 28 octobre 2018, Mme E présentait un diabète gestationnel sous insulinothérapie et une pré-éclampsie modérée nécessitant son hospitalisation. Le 5 novembre 2018, le CHU de Dijon a décidé d'autoriser sa sortie de l'établissement après une hospitalisation de sept jours. A sa sortie, M. B, alors interne, lui a prescrit " une surveillance à domicile par enregistrement du rythme cardiaque fœtal à raison de une fois par semaine par une sage-femme diplômée d'Etat jusqu'à l'accouchement " ainsi qu'un bilan HTA et un rendez-vous avec un professionnel de santé à Autun. Il n'est pas contesté par le CHU de Dijon que, comme le relève l'expert de la CRCI dans son rapport du 11 janvier 2021, ce protocole de sortie était clairement inadapté à l'état de santé de Mme E dès lors que l'éloignement géographique de la patiente n'a pas été pris en considération, qu'aucune prescription de bilan biologique ou de surveillance stricte n'a été établie alors que la patiente présentait un risque de pré-éclampsie sévère et qu'aucune prise de contact avec la maternité du centre hospitalier d'Autun pour organiser la prise en charge de Mme E n'a été réalisée. Le CHU de Dijon doit donc être regardé comme ayant commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
6. En second lieu, il résulte de l'instruction -et n'est au demeurant pas contesté- que Mme E, qui a dû accoucher en urgence par voie de césarienne le 5 novembre 2018 au centre hospitalier d'Autun après son retour à domicile inadapté, a subi un " stress post-traumatique ", l'intéressée souffrant en particulier, selon le docteur A, d'une " crainte de mourir ", de " cauchemars " et d'une " hyper anxiété ". Ce dommage doit être regardé comme présentant un lien direct avec le manquement du CHU de Dijon mentionné au point 5.
S'agissant de l'évaluation des préjudices :
Quant aux préjudices patrimoniaux temporaires :
7. En premier lieu, Mme E, indépendante et exerçant la profession de productrice de films, n'a bénéficié d'un arrêt de travail qu'entre le 29 octobre 2018 et le 9 février 2019. Elle n'établit pas avoir été dans l'incapacité d'exercer pleinement son activité professionnelle entre février 2019 et février 2020 en raison de son stress post-traumatique. Dès lors, ce chef de préjudice doit être écarté.
8. En deuxième lieu, Mme E n'apporte pas la preuve qu'elle a procédé au paiement de la facture, d'un montant de 435 euros, au titre de séances de psychothérapie suivies entre le 28 novembre 2019 et le 30 mars 2020 et n'établit pas davantage, alors que le CHU de Dijon le conteste expressément, que ces séances n'ont pas été prises en charge financièrement par sa mutuelle santé. Ce chef de préjudice doit dès lors être écarté.
9. En dernier lieu, le stress post-traumatique dont a souffert Mme E a nécessité l'assistance d'une tierce personne à hauteur de deux heures par jour pendant quinze jours en novembre 2018. Compte tenu du taux horaire chargé pour l'emploi d'une personne non spécialisée en 2018 (13,83 euros) et calculé sur la base de 412 jours par an pour intégrer les congés, le préjudice subi par Mme E à ce titre s'élève à la somme de 470,22 euros.
Quant aux préjudices extra patrimoniaux temporaires :
10. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport de l'expert du 11 janvier 2021, que Mme E a subi un déficit fonctionnaire temporaire partiel de " classe I " sur 123 jours. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant, sur la base de 1 euro par jour, à la somme totale de 123 euros.
11. En second lieu, il résulte de l'instruction que Mme E a enduré des souffrances, évaluées par l'expert à 2 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant, dans les circonstances de l'espèce, à la somme de 1 500 euros.
Quant aux préjudices extra patrimoniaux permanents :
12. Si Mme E se prévaut du rapport de l'expert qui a retenu un taux de déficit fonctionnel permanent de 3 % pour demander une somme de 5 310 euros au titre d'un déficit fonctionnel permanent, elle n'établit pas que le syndrome dépressif lié à la faute commise par la CHU de Dijon identifiée au point 5 présente un caractère définitif. Dès lors, il y a lieu d'écarter ce chef de préjudice.
Quant aux autres préjudices :
13. Tout d'abord, au regard de l'utilité de l'intervention du conseil de Mme E lors de la phase d'indemnisation amiable devant la CRCI, il y a lieu d'évaluer ce préjudice à 500 euros. Ensuite, compte tenu de l'utilité du rapport de M. A, médecin conseil, réalisé à l'initiative et à la charge exclusive de Mme E, il y a lieu d'évaluer ce préjudice à hauteur de 420 euros. Enfin, Mme E a droit à 328,59 euros au titre des frais de transport qu'elle a dû supporter pour se rendre à la réunion d'expertise organisée lors de la phase amiable d'indemnisation. Dès lors, il sera fait une juste appréciation des frais divers supportés par l'intéressée en les évaluant à une somme globale de 1 248,6 euros.
14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 13 que les préjudices dont Mme E est fondée à demander au CHU de Dijon d'assurer la réparation s'élèvent à un montant total de 3 341,82 euros.
En ce qui concerne les intérêts :
15. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine.
16 Mme E a droit aux intérêts au taux légal afférents à la somme de 3 341,82 euros à compter du 6 décembre 2019, date de réception par l'administration de sa réclamation préalable.
17. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le CHU de Dijon à verser à Mme E une somme de 3 341,82 euros majorée des intérêts au taux légal à compter du 6 décembre 2019.
Sur les frais liés au litige :
18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHU de Dijon une somme de 1 200 euros à verser à Mme E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Le CHU de Dijon est condamné à verser à Mme E la somme de 3 341,82 euros majorée des intérêts au taux légal à compter du 6 décembre 2019.
Article 2 : le CHU de Dijon versera à Mme E une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, au centre hospitalier universitaire de Dijon, à la caisse primaire d'assurance maladie de Puy-de-Dôme, à la mutuelle Plansante et à la société reylens mutual insurance.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
La rapporteure,
C. BoisLe président,
L. BoissyLa greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026