jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2101519 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP CHATON GRILLON BROCARD GIRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juin 2021 et un mémoire enregistré le 20 décembre 2022, M. F B et Mme D A, épouse B, représentés par Me Arnaud, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la délibération n° 2021-64 en date du 12 avril 2021 du conseil communautaire de la communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan portant approbation du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan en tant qu'elle classe la parcelle cadastrée section BA n° 79 sur le territoire de la commune d'Avallon en zone Np ;
2°) d'enjoindre à la communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan de réexaminer le classement de la parcelle cadastrée section BA n° 79 sur le territoire de la commune d'Avallon dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la procédure est entachée d'une irrégularité substantielle, faute pour la communauté de communes de justifier de la transmission d'une note explicative de synthèse régulière aux conseillers communautaires préalablement aux délibérations des 15 avril 2019, 10 mars 2020, 5 octobre 2020 et 12 avril 2021 ;
- les modalités de concertation définies par la délibération initiale n'ont pas été respectées, la concertation ne s'étant pas déroulée durant toute l'élaboration du projet, qui a évolué postérieurement au bilan de la concertation tiré le 15 avril 2019 ;
- les modalités de collaboration avec les communes membres telle que définie par la délibération du 16 décembre 2015 n'ont pas été respectées, notamment en ce qui concerne le débat prévu par les dispositions de l'article L. 153-12 du code de l'urbanisme ;
- le contenu du rapport de présentation est insuffisant faute d'inventaire des capacités de stationnement sur le territoire intercommunal ;
- le classement de la parcelle BA n° 79, qui constitue une dent creuse, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- ce classement révèle la volonté de la communauté de communes de constituer une réserve foncière, sans accorder aucune garantie aux propriétaires contrairement au régime juridique de l'emplacement réservé, ce qui caractérise un détournement de procédure et une violation de l'article 1er du premier protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 juillet 2021, 17 novembre 2022 et 2 janvier 2023, la communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan, représentée par la SCP Chaton-Grillon-Brocard-Gire conclut au rejet de la requête et, dans le dernier état de ses écritures, à ce que soit mise à la charge de M. et Mme B la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;
- les observations de Me Arnaud représentant M. et Mme B et E représentant la communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan.
Considérant ce qui suit :
1. La communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan a prescrit l'élaboration d'un Plan Local d'Urbanisme intercommunal (PLUi) par délibération du 16 décembre 2015. Par délibération du 15 avril 2019, le projet de PLUi a été arrêté et le bilan de la concertation a été tiré. Un nouveau projet a été approuvé par délibération du 10 mars 2020, puis, à nouveau, par délibération du 5 octobre 2020. Après enquête publique, menée du 27 octobre au 2 décembre 2020, le projet a été adopté par délibération du 12 avril 2021. M. et Mme B, propriétaires d'une parcelle cadastrée section BA n° 79 sur le territoire de la commune d'Avallon, commune membre de la communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan, demandent l'annulation de cette délibération en tant qu'elle classe cette parcelle en zone Np.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la procédure d'élaboration :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. () Pour l'application des articles L. 2121-11 et L. 2121-12, ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 3 500 habitants et plus. () ". Aux termes de l'article L. 2121-12 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. () " Et aux termes de l'article L. 2121-13 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ".
3. Le défaut d'envoi de la note explicative de synthèse prévue par l'article L. 2121 12 du code général des collectivités territoriales entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le président de l'établissement de coopération intercommunale n'ait fait parvenir aux membres de l'assemblée délibérante, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.
4. Il ressort en l'espèce des pièces du dossier que la " note de synthèse " jointe à la convocation des conseillers communautaires en vue de l'adoption de la délibération du 12 avril 2021, produite en défense, se borne à indiquer que, " après avoir exposé les principales caractéristiques du projet, les conclusions de l'enquête publique, les avis émis, et les modifications apportées au projet pour en tenir compte, il sera proposé au conseil d'approuver le projet " ainsi que les autres mesures à prendre pour l'application de ce document, c'est-à-dire l'abrogation des cartes communales, la mise à disposition du dossier pour le public et l'autorisation à donner au président pour les mesures d'exécution. Cette note n'apporte aucune explication sur les partis retenus par le plan, sur le sens de l'avis émis par le commissaire-enquêteur, ou sur la portée des modifications apportées au projet à la suite des avis émis.
5. Si la communauté de communes fait valoir que les conseillers disposaient du projet de délibération, qui comporte une synthèse plus complète du document soumis à leur approbation, et qu'ils étaient régulièrement informés de l'avancement de la procédure, elle ne fournit aucune pièce de nature à l'établir, les convocations produites ne comportant aucune liste de pièces jointes et aucune autre pièce n'étant produite à l'appui de ces allégations. Il s'ensuit que les requérants sont fondés à soutenir que la procédure est entachée d'une irrégularité substantielle, faute pour la communauté de communes de justifier de la transmission, préalablement à la délibération du 12 avril 2021, d'une note explicative de synthèse permettant aux conseillers communautaires de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 153-8 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme est élaboré à l'initiative et sous la responsabilité de : 1° L'établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de plan local d'urbanisme, de document d'urbanisme en tenant lieu et de carte communale, en collaboration avec les communes membres. L'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale arrête les modalités de cette collaboration après avoir réuni une conférence intercommunale rassemblant, à l'initiative de son président, l'ensemble des maires des communes membres ; () ". Aux termes de l'article
L. 153-12 du même code dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 25 novembre 2018 : " Un débat a lieu au sein de l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale et des conseils municipaux ou du conseil municipal sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables mentionné à l'article L. 151-5, au plus tard deux mois avant l'examen du projet de plan local d'urbanisme ".
7. En l'espèce, la délibération du 16 décembre 2015 a prévu que la collaboration des communes se ferait sous la forme d'une saisine des conseils municipaux pour avis motivé, suivie d'une conférence intercommunale des maires et d'une approbation par le conseil communautaire, pour chacune des phases (PADD, zonage, arrêt du projet), et enfin d'une nouvelle conférence intercommunale des maires pour proposer des réponses aux remarques soulevées lors de l'enquête publique et aux conclusions du commissaire enquêteur.
8. Les requérants soutiennent que les conseils municipaux des communes membres n'ont pas été saisis en vue de recueillir leur avis sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables (PADD), ce qui méconnait les dispositions de l'article L.153-12 du code de l'urbanisme. La communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan, qui compte quarante-huit membres, produit les délibérations de trente-cinq conseils municipaux qui ont, au cours de l'été 2017, émis un avis sur le PADD et se prévaut en outre des dispositions du 2ème alinéa de l'article
L. 153-12 du code de l'urbanisme, qui, dans sa version actuelle, indique que : " Lorsque le plan local d'urbanisme est élaboré par un établissement public de coopération intercommunale, le débat prévu au premier alinéa du présent article au sein des conseils municipaux des communes membres est réputé tenu s'il n'a pas eu lieu au plus tard deux mois avant l'examen du projet de plan local d'urbanisme. ". Toutefois, cette disposition introduite par la loi 2018-1021 du 25 novembre 2018 n'était pas en vigueur lorsque le débat sur le PADD s'est tenu au sein du conseil communautaire le 20 septembre 2017. En outre, la preuve de la saisine des 15 communes n'ayant pas exprimé d'avis sur le PADD n'est pas apportée par la communauté de communes. Dès lors, eu égard au nombre important d'avis manquants, et en l'absence de preuve de saisine des communes concernées, les requérants sont fondés à soutenir que les dispositions de l'article L. 153-12 du code de l'urbanisme ont été méconnues.
9. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la délibération du 12 avril 2021 portant approbation du PLUi de la communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan, a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière. Il y a lieu d'annuler cette délibération, dans la limite des conclusions des requérants, c'est-à-dire en tant uniquement qu'elle classe la parcelle cadastrée section BA n° 79 sur le territoire de la commune d'Avallon en zone Np.
10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen invoqué n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de l'acte attaqué.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. L'exécution du présent jugement implique que, dans un délai de trois mois suivant sa notification, la communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan procède à un nouvel examen du classement de la parcelle cadastrée section BA n° 79 sur le territoire de la commune d'Avallon, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. et Mme B, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à la communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan la somme que demandent M. et Mme B au titre des mêmes dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : La délibération du 12 avril 2021 portant approbation du PLUi de la communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan est annulée en tant qu'elle classe la parcelle cadastrée section BA n° 79 sur le territoire de la commune d'Avallon en zone Np.
Article 2 : Il est enjoint à la communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan de procéder à un nouvel examen du classement de la parcelle cadastrée section BA n° 79 sur le territoire de la commune d'Avallon, dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : Les conclusions présentées par la communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Mme D A, épouse B, et à la communauté de communes Avallon-Vézelay-Morvan.
Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.
La rapporteure,
M-E C
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026