jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2101525 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SCP BLANCHECOTTE BOIRIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 juin 2021 et 27 mai 2022, la SCI de Chevigny, représentée par Me Blanchecotte, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er février 2021 par laquelle le préfet de la Nièvre a classé l'écoulement situé sur les parcelles cadastrées CE 63, 62, 60, 58 et 41 sur le territoire de la commune de Decize comme cours d'eau au sens de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement, ensemble la décision du 8 avril 2021 rejetant son recours gracieux ;
2°) dire et juger que l'écoulement en amont et en aval des étangs qui lui appartiennent, situés sur les parcelles cadastrées CE 60 et 63, n'est pas un cours d'eau ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées méconnaissent l'autorité de chose jugée qui s'attache à l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 4 juin 2012 ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 août 2021, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une ordonnance du 12 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, conseillère,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI de Chevigny est propriétaire de deux étangs situés sur les parcelles CE 60 et CE 63 dans le territoire de la commune de Décize. Le 11 juin 2009, le chef de service de l'environnement et de l'espace rural de la direction départementale de l'agriculture et de la forêt l'a informée que le plan d'eau situé sur la parcelle CE 60 devait faire l'objet d'une déclaration ou d'une autorisation. Par un arrêt n° 11LY01634 du 4 juin 2012, la cour administrative d'appel de Lyon a annulé cette décision, au motif que la SCI de Chevigny pouvait se prévaloir des dispositions du 3e alinéa du III de l'article L. 214-6 du code de l'environnement. Elle a notamment estimé que l'étang concerné n'était " alimenté par aucun cours d'eau ". La SCI de Chevigny a ensuite saisi le préfet de la Nièvre, le 22 septembre 2020, d'une demande tendant à ce que l'écoulement identifié sur les parcelles cadastrées CE 63, 62, 60, 58 et 41 ne soit plus classé comme cours d'eau. Par décision du 1er février 2021, le préfet de la Nièvre a confirmé ce classement et, par décision du 8 avril 2021, rejeté le recours gracieux formé par l'intéressée. Par la présente requête, la SCI de Chevigny conclut à l'annulation de ces décisions. Par ailleurs, elle demande que le tribunal " dise et juge " que l'écoulement litigieux n'est pas un cours d'eau. Eu égard aux termes de ses conclusions, elle doit être regardée comme ayant également entendu saisir le tribunal d'un recours direct en interprétation.
Sur le classement de l'écoulement litigieux comme " cours d'eau " :
2. Aux termes de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement : " Constitue un cours d'eau un écoulement d'eaux courantes dans un lit naturel à l'origine, alimenté par une source et présentant un débit suffisant la majeure partie de l'année. / L'écoulement peut ne pas être permanent compte tenu des conditions hydrologiques et géologiques locales ".
3. Il résulte de l'instruction que les 17 novembre 2020 et 15 janvier 2021, des agents de l'Office français de la biodiversité et du service eau, forêt et biodiversité de la direction départementale des territoires de la Nièvre se sont rendus sur les lieux pour expertiser l'écoulement identifié sur les parcelles cadastrées CE 63, 62, 60, 58 et 41. Selon les termes de la décision attaquée, les techniciens ont constaté que l'écoulement avait pour origine une source diffuse située à l'amont des deux étangs, sur les parcelles drainées BX 2 et BX 3 et qu'il existe également une source complémentaire souterraine au droit de l'étang de la parcelle CE 60. Ils ont ensuite observé qu'à la sortie du collecteur de la parcelle BX 7, le cours d'eau " a un lit marqué " avec " une granulométrie caractéristique ", qui " s'incise et méandre " sur la parcelle cadastrée CE 49. A l'aval des deux plans d'eau, les agents ont relevé, sur les parcelles CE 41 et CE 40, que le lit est " marqué " et que, " dans les endroits où il n'est pas piétiné ", il présente " une granulométrie caractéristique ". A proximité de la parcelle CE 39, il a été remarqué que le " lit du cours d'eau est diffus du fait du fort piétinement par les bovins ", puis se perd " dans une zone humide ". Enfin, la décision expose que lors de la visite du 17 novembre 2020, le cours d'eau n'était pas alimenté en amont des étangs en raison de " l'étiage sévère qui perdurait ", et qu'un " faible débit est visible " en aval. Le 15 janvier 2021, il est conclu que le cours d'eau a un " débit satisfaisant ", sans plus de précision.
4. Toutefois, ces seules affirmations ne sont corroborées par aucune étude hydrologique précise. Notamment, le préfet de la Nièvre reconnaît dans ses écritures en défense que les constatations de ses agents relatives au débit sont fondées sur une simple constatation visuelle et qu'aucune mesure n'a été réalisée. Or, les trois photographies jointes à la décision attaquée, notamment la photo n° 3 prise le 17 novembre 2020 à l'aval des étangs, ne permettent pas de constater que le débit serait suffisant la majeure partie de l'année. La SCI de Chevigny produit quant à elle une étude hydrologique réalisée le 26 mai 2021 après un épisode pluvieux continu du 1er au 26 mai 2021, lequel a favorisé " l'infiltration dans le sol et sous-sol " et assuré " le soutien des cours d'eau au détriment d'un ruissellement rapide ". A été mesuré, au droit des parcelles BX 2 et BX 3, un débit de 0,06 litre par seconde, à l'amont du premier étang un débit compris de 0 à 0,07 litre par seconde, et, en sortie du second étang, un débit de 0,22 à 1,79 litre par seconde. L'étude relève que l'écoulement des parcelles BX 7 et CE 49, " bien qu'enrichi des eaux de fossé qui longe la route sur une longueur d'environ 500 mètres, n'est plus visible et ne laisse entrevoir aucune trace d'hydromorphie. Tout le thalweg identifié est sans écoulement jusqu'aux plans d'eau. Seules les zones piétinées par les bovins ont une présence de flaques sans écoulement et sans pente ". En aval des deux étangs, il est observé que l'écoulement, qui se fait dans un " thalweg creusé et rectiligne ", " semble assuré par le stockage hivernal des étangs " et se poursuit " jusqu'à l'arrivée dans une zone humide ". Enfin, il résulte également du relevé des précipitations journalières que le mois de janvier a été marqué par une pluviométrie en hausse par rapport à la moyenne observée pour la période 1981 à 2010. Ces éléments ne sont pas sérieusement contestés par le préfet. Par ailleurs, la décision attaquée ne précise pas la teneur de la granulométrie qui serait, selon les techniciens chargés d'expertiser les lieux, " caractéristique " des cours d'eau, et il n'est nullement fait état de la présence de végétaux ou d'organismes spécifiques des milieux aquatiques. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que, malgré un contexte hydrologique favorable tant en janvier 2021 qu'en mai 2021, le débit de l'écoulement litigieux demeurait très faible, de sorte qu'il ne peut, dans ces conditions, être considéré comme suffisant la majeure partie de l'année.
5. Par suite, l'écoulement identifié sur les parcelles cadastrées CE 63, 62, 60, 58 et 41, quand bien même il serait, dans sa portion située en aval des deux étangs appartenant à la SCI de Chevigny, qualifié de " cours d'eau " par la cartographie des cours d'eau du département de la Nièvre, n'a pas les caractéristiques d'un cours d'eau au sens de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. Pour les mêmes motifs qu'exposés aux points 3 à 5 du présent jugement, la SCI de Chevigny est fondée à soutenir que le préfet de la Nièvre a commis une erreur d'appréciation en classant l'écoulement litigieux comme cours d'eau sur le fondement de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, que la SCI de Chevigny est fondée à demander l'annulation de la décision du 1er février 2021 du préfet de la Nièvre et de la décision du 8 avril 2021 rejetant son recours gracieux.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la SCI de Chevigny et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Il est déclaré que l'écoulement identifié sur les parcelles cadastrées CE 63, 62, 60, 58 et 41 du territoire de la commune de Décize n'a pas les caractéristiques d'un cours d'eau au sens de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement.
Article 2 : La décision du 1er février 2021 par laquelle le préfet de la Nièvre a classé l'écoulement situé sur les parcelles cadastrées CE 63, 62, 60, 58 et 41 sur le territoire de la commune de Decize comme cours d'eau au sens de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement et la décision du 8 avril 2021 de rejet du recours gracieux sont annulées.
Article 3 : L'Etat versera à la SCI de Chevigny une somme de 1 500 (mille cinq-cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI de Chevigny et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Nièvre.
Délibéré après l'audience du 2 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.
La rapporteure,
O. ViottiLe président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2101525
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026