jeudi 16 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2101540 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CH 1 JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 juin 2021, la SCI Bourgogne Joigny saisit le tribunal du litige qui l'oppose à la commune de Joigny concernant :
- l'arrêté de péril imminent pris par le maire de cette commune le 20 décembre 2020 au sujet d'un immeuble lui appartenant, sis rue Goldaming, la mettant en demeure de procéder, dans le délai de deux mois, à diverses vérifications et réfections avec le concours d'un bureau de contrôle technique ;
- l'arrêté de péril ordinaire pris le même jour au sujet du même bâtiment, la mettant en demeure d'y réaliser des travaux dans le délai de deux mois, interdisant l'habitation et l'utilisation des locaux et lui imposant d'assurer le relogement des occupants ;
- le courrier du maire de Joigny du 30 décembre 2020 l'avisant de l'adoption par le conseil municipal de cette commune, le 16 décembre 2020, d'une délibération portant extension de la partie du territoire communal dans lequel la mise en location de logements est soumise à autorisation préalable.
Elle soutient que :
- les désordres constatés ne justifiaient pas la fermeture de l'immeuble et le déplacement des locataires ;
- des travaux suffisants ont été réalisés pour faire cesser le péril.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 mars 2022, la commune de Joigny conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la SCI Bourgogne Joigny ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Zupan, président-rapporteur ;
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;
- et les observations de Mme A, représentant la commune de Joigny.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 20 décembre 2020, pris en lecture des conclusions du rapport d'un expert désigné quelques jours plus tôt par le tribunal sur le fondement des dispositions alors en vigueur de l'article L. 511-3 du code de la construction et de l'habitation, le maire de Joigny a constaté l'état de péril imminent d'un immeuble collectif à usage d'habitation sis rue Goldaming, propriété de la SCI Bourgogne Joigny, et a mis celle-ci en demeure de procéder, dans le délai de deux mois, à la reprise de l'étanchéité de la terrasse, à la vérification et à la réfection des " relevés en acrotères, gaines et ouvrages en surélévation ", des crépines, des descentes d'eau dans les gaines techniques et de l'ensemble des équipements installés sur la toiture, au remplacement du dispositif de désenfumage, au nettoyage des gaines et armoires techniques, au soufflage et au séchage des gaines électriques, enfin au contrôle de l'ensemble de l'installation électrique ainsi que de l'ascenseur, le tout avec le concours d'un bureau de contrôle technique. Le même jour, le maire de Joigny a pris au sujet du même bâtiment un arrêté de péril ordinaire prescrivant la réalisation de travaux dans le délai de deux mois, interdisant l'habitation et l'utilisation de l'ensemble des locaux et imposant à la SCI Bourgogne Joigny d'assurer le relogement des occupants. La SCI Bourgogne Joigny a sollicité du maire de Joigny, par lettre du 29 décembre 2020, la mainlevée de ces deux arrêtés de péril, et doit être regardée comme sollicitant du tribunal qu'il annule la décision implicite de refus née du silence gardé par cette autorité durant deux mois. Elle conteste également un courrier du maire de Joigny du 30 décembre 2020 l'avisant de l'adoption par le conseil municipal, le 16 décembre 2020, d'une délibération portant extension de la partie du territoire communal dans lequel la mise en location de logements est soumise à autorisation préalable.
Sur les conclusions dirigées contre les arrêtés de péril du 20 octobre 2020 :
2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Le maire peut prescrire la réparation ou la démolition des murs, bâtiments ou édifices quelconques lorsqu'ils menacent ruine et qu'ils pourraient, par leur effondrement, compromettre la sécurité ou lorsque, d'une façon générale, ils n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité publique, dans les conditions prévues à l'article L. 511-2. Toutefois, si leur état fait courir un péril imminent, le maire ordonne préalablement les mesures provisoires indispensables pour écarter ce péril, dans les conditions prévues à l'article L. 511-3() ". Selon l'article L. 511-2 du même code, régissant la procédure alors dite " de péril ordinaire " : " I. - Le maire () met le propriétaire de l'immeuble menaçant ruine, et le cas échéant les personnes mentionnées au premier alinéa de l'article L. 511-1-1, en demeure de faire dans un délai déterminé, selon le cas, les réparations nécessaires pour mettre fin durablement au péril ou les travaux de démolition, ainsi que, s'il y a lieu, de prendre les mesures indispensables pour préserver les bâtiments contigus. () ". Aux termes de l'article L. 511-3 du même code : " En cas de péril imminent, le maire, après avertissement adressé au propriétaire, demande à la juridiction administrative compétente la nomination d'un expert qui, dans les vingt-quatre heures qui suivent sa nomination, examine les bâtiments, dresse constat de l'état des bâtiments mitoyens et propose des mesures de nature à mettre fin à l'imminence du péril s'il la constate. () ".
3. En premier lieu, la SCI Bourgogne Joigny soutient que le dégât des eaux d'où a résulté la procédure de péril engagée contre elle était en réalité mineur et sans incidence sur la sécurité des installations électriques du bâtiment, que l'évacuation de celui-ci n'était aucunement nécessaire et que la fuite à l'origine du sinistre a depuis lors été colmatée. Ces allégations ne sont toutefois corroborées par aucun élément probant et ne permettent en rien d'établir que les arrêtés du maire de Joigny du 20 octobre 2020 étaient entachés d'une erreur d'appréciation ou que les travaux entrepris depuis lors, à supposer qu'il en ait été effectivement réalisé, étaient de nature à justifier l'abrogation de ces arrêtés.
4. En second lieu, le détournement de pouvoir ou de procédure allégué, tenant à ce que la commune aurait engagé un état de péril et fait évacuer l'immeuble litigieux dans le seul but de se " l'accaparer à bon compte " n'est assorti d'aucun commencement de preuve.
Sur les conclusions dirigées contre le courrier du 30 décembre 2020 :
5. Selon l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".
6. Le courrier contesté du maire de Joigny du 30 décembre 2020 se borne à aviser la SCI Bourgogne Joigny de son assujettissement au régime de l'autorisation préalable à la mise en location de logements, du fait de l'extension, par une délibération du conseil municipal du 16 décembre 2020, de la partie du territoire communal où s'applique ce dispositif institué par une précédente délibération du 28 juin 2017 dans le cadre de la loi du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové. Ce courrier ayant ainsi un contenu purement informatif, il n'a pas le caractère d'un acte faisant grief et ne constitue donc pas une décision au sens de l'article R. 421-1 précité du code de justice administrative. Les conclusions dirigées contre lui sont, par suite, irrecevables.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Bourgogne Joigny n'est pas fondée à demander l'annulation des actes qu'elle conteste.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de SCI Bourgogne Joigny est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Bourgogne Joigny et à la commune de Joigny.
Fait à Dijon, le 16 février 2023.
Le président,
D. ZUPANLa greffière,
C. CHAPIRON
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026