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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2101756

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2101756

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2101756
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 juin 2021 et 6 janvier 2022, M. A B, représenté par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse et de sa fille, ensemble la décision du 27 avril 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de faire droit à sa demande de regroupement familial dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de cette demande dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre subsidiaire, la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet ne pouvait rejeter sa demande au motif tiré du caractère incomplet de son dossier sans l'avoir invité à produire la pièce manquante ;

- à titre principal, le préfet ne pouvait rejeter sa demande de regroupement familial au motif tiré de l'absence de légalisation de l'acte de naissance de son épouse dès lors qu'aucune disposition législative n'exige que l'acte de naissance soit légalisé ;

- les pièces produites à l'appui de sa demande de regroupement familial suffisent à établir l'identité de son épouse ;

- le préfet n'émet aucun doute sur l'authenticité des documents produits conformément à l'article 47 du code civil ;

- le préfet ne pouvait rejeter sa demande de regroupement familial qu'au regard des trois motifs visés par l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il remplit les conditions de logement et de ressources pour obtenir le regroupement familial au bénéfice de son épouse et de leur enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2021, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 ;

- le décret n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 ;

- la décision n° 2021-972 QPC du 18 février 2022 du Conseil Constitutionnel ;

- la décision n° 448296, 448305, 454144, 455519 du Conseil d'Etat, statuant au contentieux, du 7 avril 2022 ;

- l'avis n° 457494, 458031 du Conseil d'Etat statuant au contentieux, du 21 juin 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D

- et les observations de Me Grenier, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan titulaire d'une carte de résident délivrée en 2016, a sollicité, le 6 février 2020, le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse Mme C, ressortissante afghane, et de leur fille. Par une décision du 23 décembre 2020, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté cette demande. M. B a exercé un recours gracieux contre cette décision qui a été rejetée par une décision du 27 avril 2021. Le requérant demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur la légalité des décisions attaquées et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () ". Aux termes de l'article R. 421-4 du même code : " A l'appui de sa demande de regroupement, le ressortissant étranger présente les copies intégrales des pièces énumérées au 1° et joint les copies des pièces énumérées aux 2° à 4° des pièces suivantes : / 1° Les pièces justificatives de l'état civil des membres de la famille : l'acte de mariage ainsi que les actes de naissance du demandeur, de son conjoint et des enfants du couple comportant l'établissement du lien de filiation ; () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

3. Aux termes du II de l'article 16 de la loi du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice : " Sauf engagement international contraire, tout acte public établi par une autorité étrangère et destiné à être produit en France doit être légalisé pour y produire effet. / La légalisation est la formalité par laquelle est attestée la véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant, l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu / Un décret en Conseil d'Etat précise les actes publics concernés par le présent II et fixe les modalités de la légalisation. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 10 novembre 2020 relatif à la légalisation des actes publics établis par une autorité étrangère, applicable aux légalisations intervenues à compter du 1er janvier 2021 : " Sauf engagement international contraire, tout acte public établi par une autorité étrangère et destiné à être produit en France ou devant un ambassadeur ou chef de poste consulaire français doit être légalisé pour y produire effet. La légalisation est la formalité par laquelle est attestée la véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant, l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu. Elle donne lieu à l'apposition d'un cachet dont les caractéristiques sont définies par arrêté conjoint des ministres chargés de la justice et des affaires étrangères ".

4. A moins d'engagements internationaux contraires, la légalisation était imposée, s'agissant des actes publics étrangers destinés à être produits en France, sur le fondement de l'article 23 du titre IX du livre Ier de l'ordonnance de la marine d'août 1681, jusqu'à ce que ce texte soit abrogé par le II de l'article 7 de l'ordonnance du 21 avril 2006 relative à la partie législative du code général de la propriété des personnes publiques. L'exigence de légalisation est toutefois demeurée, sur le fondement de la coutume internationale, reconnue par une jurisprudence établie du juge judiciaire, jusqu'à l'intervention des dispositions citées ci-dessus du II de l'article 16 de la loi du 23 mars 2019. Les dispositions des 1er et 3ème alinéas de cet article ont été déclarées contraires à la Constitution, au motif qu'elles ne prévoient pas de voie de recours en cas de refus de légalisation d'actes d'état civil, par la décision n° 2021-972 QPC du 18 février 2022 du Conseil constitutionnel, qui a toutefois reporté au 31 décembre 2022 la date de leur abrogation. Par une décision n° 48296, 448305, 454144, 455519 du 7 avril 2022, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, a annulé le décret du 10 novembre 2020 relatif à la légalisation des actes publics établis par une autorité étrangère, pris pour l'application de ces dispositions législatives, en reportant la date et l'effet de cette annulation au 31 décembre 2022. Il en résulte que les dispositions citées au point 3, qui se sont substituées à compter de leur entrée en vigueur comme fondement de l'exigence de légalisation à la coutume internationale, demeurent applicables jusqu'à cette date.

5. A la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient.

6. En l'espèce, pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par M. B au bénéfice de son épouse, le préfet de la Côte-d'Or a estimé qu'en l'absence de légalisation de l'extrait d'acte de naissance de celle-ci par les autorités compétentes, ce document était dépourvu de force probante en France pour justifier de son état civil. En se bornant à constater l'absence de légalisation de l'acte de naissance de l'épouse du requérant pour écarter cet acte, sans rechercher si celui-ci présentait ou non des garanties suffisantes d'authenticité, le préfet de la Côte-d'Or a commis une erreur de droit.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 23 décembre 2020 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de regroupement familial et de la décision du 27 avril 2021 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement implique seulement que le préfet de la Côte-d'Or réexamine la demande de regroupement familial présentée par M. B au bénéfice de son épouse et de sa fille. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 23 décembre 2020 et 27 avril 2021 du préfet de la Côte-d'Or sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de procéder au réexamen de la demande de regroupement familial présentée par M. B au bénéfice de son épouse et de sa fille dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

Mme Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

N. D

Le président,

P. NICOLETLa greffière,

L. CUROT

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

lc

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